‹ La miniature française 1750-1825 (volume 2)Chapitre 17 sur 52 · CH. BOURGEOIS · texte numérisé non relu

CH. BOURGEOIS

« partait pour la Syrie » , car tout lui réussissait à cette heure.

Un beau matin de 1815, il se retrouva à Bpinal, conservateur du Musée lorrain; il prenait ses invalides et se terrait ; la Restauration le trouvait un peu forcé dans son impérialisme. Et voilà que Louis - Philippe le prenait en gré lorsque, au commencement de 1832, en suite d’une publication entreprise par lui, le Roi lui envoya la croix. On ne l’avait point prévenu, la joie et le saisissement le tuèrent raide.

L’année était mauvaise aux miniaturistes, Augustin, Laurent, Charles Bourgeois. Et pour Bourgeois, cette particularité d’être né la même année, 1759, et mort la même année, 1832, que Jean-Baptiste Augustin. Il se nommait Charles - Guillaume - Alexandre , et venait d’Amiens. Son premier maître avait été l’émailleur Kindy. Tout ce que nous savons de sa personne est dans le dictionnaire de Bellier de la Chavignerie et dans un article de Gence, paru dans la deuxième édition de la Biographie Michaud. C’est donc à n’y point revenir, ou si peu.

De bonne heure, il avait pris la miniature, moins par goût peut-être que pour connaître un procédé de plus. Il est de ces curieux touchant à tout, dont la vie se consume en recherches , en expériences , à la mode de ces historiens qui mettent une existence à accumuler des documents et n’écrivent pas le livre. Bourgeois manquait d’audace parce que, entre tant de choses apprises, il avait négligé le dessin. Il avait de la timidité en présence du modèle, s’il lui arrivait de peindre un portrait. Il cherchait le profil de préférence, ainsi que les débutants ou les praticiens de physionotrace. Graveur par surcroît, un peu chimiste, il étudiait des vernis, des compositions d’eau -forte; puis, revenant à la miniature, il

publiait des mémoires sur les couleurs qui lui valurent de la considération. Le moindre petit chef-d’œuvre eût mieux compté que tant de phrases; il se contenta de montrer quelque habileté dans de gracieuses effigies en camées, limpides et aériennes, dont nos goûts récents exagèrent l’importance.

Bourgeois est installé, comme un alchimiste, dans une vieille maison portant le n“ 530 de la rue des Moulins; c’est là qu’en 1800 il donne séance et manipule ses produits alternativement. En sincérité, il accorde le pas à la chimie sur l’art , à la matière colorante sur le dessin . Un jour il expose le portrait du citoyen Josse, chimiste ; il lui importe peu que Josse ressemble, tout son intérêt se concentre sur la couleur employée. « Nota, écrit-il au livret, ce portrait a été peint avec les couleurs fabriquées par le G. Josse, chimiste de la manufacture de porcelaine de la rue Amelot, n“ 9. » En 1801, ce sont deux miniatures qu’il montre sous un même numéro ; l’une et l’autre sont exécutées « avec des couleurs de sa composition ». En 1804, il envoie des têtes d’étude sur porcelaine; en 1806, un cadre; en 1810, la baronne de B..., entourée de ses enfants. Une de ses œuvres les plus reculées comme date est au millésime de 1797; c’est un délicat profil de femme , coiffée d’une marmotte à aigrette , habillée d’une redingote à revers, conservée dans la collection Doistau. Madame la comtesse E. de Pourtalès possède de lui une médaille de Madame de Tourzel, née de Pons, d’un travail fluide et raffiné ; M. Doistau, encore, deux profils liés, d’un homme et d’une femme, datés de l’an VIII; M. Verdé- Delisle, le portrait de Laugier-Pléville, gendre de l’amiral Pléville, dont la fille. Madame Laugier, avait, dit-on, refusé la main de Bonaparte. On sait encore un Bourgeois chez M. Bernard Franck, et cinq ou six autres tout pareils, en divers lieux ; c’est le total, et c’est très peu. En 1817, on le retrouve place Dauphine, au 24 ; il expose encore, il continue même jusqu en 1824, mais sans encombrer personne de sa gloire. Miet, dans son Essai sur le Salon de 1817, assure que Bourgeois « fait des miniatures estimables; les tetes y sont justes et vraies. L’artiste a un procédé à lui, il va par teintes glacées , ce qui change de la monotonie du procédé.

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