SON PORTRAIT PAR LUI-MÊME
A soii arrivée à Paris on 1781 f.4 M. Pierpo/ii-Mor^anJ Page 171
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J. -B. -J. AUGUSTIN
cains seuls peuvent se risquer à lui demander séance.
En 1814, Augustin a reçu sa première médaille, qui équivalait à notre médaille d’honneur; il avait eu la deuxième en 1806 ! On ne connaissait pas les carrières « subites » alors, voilà qui le prouve.
Pauline Augustin soutient son mari fatigué, et désolé de sa fatigue; elle se prodigue en petits soins touchants.
Si indissolublement liée à ses travaux, elle en était arrivée à se confondre et à le tromper lui-même. On soupçonne que cette main pieuse et plus jeune apportait un réconfort que le patron ne devinait pas toujours. Il y a, chez M. Jean de Richter, deux portraits au crayon, homme et femme, signés Pauline Augustin, 1819, qui nous renseignent sur les soumissions de l’élève à son professeur. C’était chose connue et admise alors, car, dans la notice nécrologique consacrée par le Moniteur universel à la mémoire du peintre, Pauline était présentée comme « une épouse qui doit à ses leçons le beau talent qu’elle a acquis ». Un temps vint, après 1830, où ni travail, ni sorties, ni lectures ne furent permis à Augustin. Infirme et perclus, il était une proie facile. Comment le choléra vint-il chercher dans son lit ce pauvre corps débilité et misérable qui se cachait? Le 13 avril 1832, il était mort; on l’enterra au Père-Lachaise.
Depuis quelques mois, il avait dù abandonner son logement de la rue Croix-des-Petits-Champs. L’Indicateur de Cambon le signale comme y habitant encore en 1831. Il était venu au n» 3 de l’impasse Conti, entre la Monnaie et l’Institut, chercher un coin plus tranquille. Lui mort, sa veuve avait continué à habiter là sept ou huit ans. C’est dans cette maison que les jeudi 19 , vendredi 20 et samedi 21 décembre 1839 eut lieu , par le ministère de Ch. Paillet, commissaire-expert honoraire du Musée royal, la vente « des tableaux anciens et modernes des Écoles d’Italie, des Pays- Bas et de France, dessins encadrés, estampes en feuilles et en recueil, table en mosaïque, plâtres d’atelier, tabatières précieuses, miniatures et émaux peints par feu M. Augustin, le tout provenant de son cabinet »... L’exposition avait été publique du dimanche 15 au mercredi 18, de midi à quatre heures.
Les miniatures de la main d’Augustin figuraient au catalogue sous les numéros 98 à 126. Elles restèrent à Pauline Augustin, qui les racheta pour la plus grande part. L’émail de Joséphine, le chef-d’œuvre, aujourd’hui à M. de Coincy ; le baron Denon, au baron de Saint-Joseph ; le duc de Berry, au même; Frédéric Duvernoy, à M. Pierpont-Morgan ; Madame P..., à M. Stettiner; le portrait d’Augustin en émail, regrets éternels pour le musée du Louvre, à M. Pierpont-Morgan, le général Westermann, à M. Fitz- Henry ; Madame Tallien , à M . E . Taigny , avaient tous été repris par la veuve, qui les joignit à divers tableaux de maîtres, choisis parmi ceux que son mari affectionnait le plus. Elle n’eût point voulu cette vente, mais elle dut se plier aux exigences des héritiers naturels de son mari. Le nid était bousculé à jamais. Dumont eut, pour sauver ses reliques, le docteur Gilles, héritier de son petit-fils; Isabey, Madame Rolle, amie et héritière de sa petite-fille; Hall, Madame Dille. Ce qui restait d’Augustin et avait été préservé par sa femme, miniatures, albums de croquis ou d’études, listes d’œuvres, tout est parti de France ; et non seulement ce que nous venons de dire, mais les intimités, les portraits de lui ou d’elle, la vue de l’atelier, les beaux-parents, tout, jusqu’aux souvenirs et aux papiers. Il ne reste chez nous que l’émail de Joséphine, le portrait de Calamard, l’émail de Denon, une tête de Bacchus en camée, un homme inconnu en manches de chemise, que garde l’un des héritiers, M. de Coincy.
Son sacrifice consommé, Pauline s’était retirée à Arras, où elle mourut en 1865, âgée de quatre-vingt-quatre ans.
Augustin, qui n’a de maître que la nature, qui ne procède de personne, procède en fait de tout le monde. Glaucus très averti, il s’est approprié des recettes, s’est assimilé des intentions que d’autres avaient eues avant lui. 11 ne fait que les transposer et les grandir. Au plein de sa réputation, il admet sur sa palette plus de vingt-cinq nuances diverses pour les chairs, quand, avant 1781, il se contentait d’une demi-douzaine. Il a
J. -B. -J. AUGUSTIN
le vermillon, les laques garance, rose, brune et cerise, les précipités vert et rouge, le jaune d’or; trois ocres, ceux de Venise, de Wolfenbüttel et l’ocre de rue; les terres de Sienne, naturelle ou brûlée; les bruns, le bleu d’outremer et de cobalt, le mars bistre et violet, le bleu de Prusse et le noir d’ivoire, qui reviennent dans la disposition banale des palettes, comme le ce nez rond » et le « visage ovale » des passeports. Pour les fonds, quelques particularités : le cobalt, le jonquille n“ 3, le jaune capucine, le jaune de Naples, avec, tout naturellement, le noir d’ivoire et le bleu de Prusse.
La marche de son travail n’est ni spontanée , ni très libérale ; ses débuts lui ont laissé une timidité. Tandis que Hall ou Dumont couvrent leur ivoire en eberebant l’effet général pour revenir ensuite sur les détails, Augustin aime à ne donner les tons définitifs du visage qu’une fois l’entourage à son point. Cependant, rien en lui n’est irréductible. Il y a, dans la collection Alphonse Kann , deux œuvres de la jeunesse du peintre, — disons de 1790 environ, — deux esquisses de groupes non terminées, dont l’une montre une mère et ses deux fils, 1 autre un père et ses quatre filles. Dans ces bijoux, les têtes sont à leur point et se découpent très net sur le fond d’ivoire nu. Ces deux pièces proviennent, diton, de la famille d’Augustin, mais elles ne figurent point à son catalogue, ce qui serait une preuve en faveur de portraits de la famille proche, soit des Ducruet, soit d’Augustin; en 1790, les Ducruet, ce serait bien tôt, et les Augustin n’ont pas de ces attitudes de seigneurs. Quoi qu’il en puisse être, ce sont là deux pièces d’un intérêt hors ligne. Toutes deux ont conservé leur écrin de support en cuir, avec le pied qui permettait de les dresser comme un chevalet sur une table ou une cheminée. Les listes du peintre n’ont pas conservé la mention de ces objets. S’agirait-il là « des filles réunies en groupe et les fils de la présidente Bernard », lesquels étaient en tout huit personnes, juste le nombre de figures comptées dans les deux esquisses de M. A. Kann ? Serait-ce la famille de ce M. de Persigny, huit personnes également, qui n’a jamais payé les 420 livres convenues pour le travail ? Rien ne le confirme , ni pour les uns ni pour
les autres, mais les noms importent peu si les miniatures sont des chefsd’œuvre ; et elles le sont.
Pour sa préparation du portrait de Caroline de Naples, en 1808, même jeu encore. La tête seule sera poussée au centre d’un ivoire à peine touché par ailleurs. Son mode d’opération est bien celui des très anciens peintres en miniature, qui tantôt réservaient la tète et les mains de leurs personnages au milieu d’accessoires terminés, tandis qu’ils ne donnaient que les visages et mettaient l’entourage à l’unisson. C’est d’impulsion, au hasard, qu’il tient ces marches opposées, suivant la lumière qu’il a ou les facilités de pose qu’il rencontre . Dans les groupes , il convenait d’avoir d’abord toutes les figures ressemblantes, car les fonds une fois ' terminés , la moindre physionomie manquée détruisait et ruinait l’ensemble. L’esprit méthodique d’Augustin faisait entrer tous ces aléas en ligne de compte, il était de ceux qui n’aiment ni tâtonner, ni attendre les réussites fortuites.
Ce tour de force des groupements , qui en désarçonnait tant d’autres, est pour lui un excitant . Il s’y prenait adroitement , en préparant l’un
après l’autre chacun de ses personnages dans la pose arrêtée sur le croquis général. Ensuite, au moyen de calques, il les disposait avec élégance et mariait leurs attitudes entre elles. C’est toute la raison de ces études de cheveux, de mains, de robes, de ces oroquetons à la mine de plomb déterminant les allures respectives des modèles.
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J. -B. -J. A ÜGUSTIN. ^ MADAME DE KEECADO lA M. Stettiner]
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GOUNOD(?) ou DUBOURG(?).
(A M. le comie Mimerel) Page 17Ô
comprendre s’ils devaient figurer seuls dans une miniature; ils ont des déhanchements inexplicablcc pour des solitaires.
Nous l’avous dit, la coiffure est une de sef préoccupations ; il fixe la forme éphémère, qui serait sûrement perdue à la pose suivante. Ces documents sur fialure, il les multiplie à un point que bien fieu de portraitistes avaient tenté avant lui ; malgré qu’il le nie, Ingres “iura demandé à Augustin tant de ptaliques, que les contemporains riéine en conviendront. Voilà où la gloriole un peu trop répétée t d’élève de la nature » trouverait son excuse. Obligé de tout prendre au modèle, puisque les ficelles d’atelier lui manquent, Augustin n’omet aucun détail et n’esquive aucune difficulté. Il ne fera point, à l’aide de subterfuges et de roueries, disparaître les mains de son modèle, comme un écolier cachant son livre de leçons; il donne, au contraire, une prééminence à la main ; il la veut élégante, souple ef ; icn à sa place. Toutes les pages de ses cahiers contiennent des études de ce genre, non de mains quelconques, maie de maint d’un modèle déterminé, l.;,- mains ont pour lui un esprit singulier. b.iir personnalité propre : elles ont des qualités plastiques et des qualités morales ; elles sont franches, fausses, accueillantes ou réservées. A distinctions égales entre deux femmes , la main est la démarcation sûre et l’annonce de la race. Augustin, qui sait admirablement faire exprimer à une tête les petites préoccupations intérieures , demande à la main