AUGUSTIN
comprendre s’ils devaient figurer seuls dans une miniature; ils ont des déhanchements inexplicables pour des solitaires.
Nous l’avons dit, la coiffure est une de ses préoccupations ; il fixe la forme éphémère, qui serait sûrement perdue à la pose suivante. Ces documents sur nature, il les multiplie à un point que bien peu de portraitistes avaient tenté avant lui ; malgré qu’il le nie, Ingres aura demandé à Augustin tant de pratiques, que les contemporains même en conviendront. Voilà où la gloriole un peu trop répétée « d’élève de la nature » trouverait son excuse. Obligé de tout prendre au modèle, puisque les ficelles d’atelier lui manquent, Augustin n’omet aucun détail et n’esquive aucune difficulté. Il ne fera point, à l’aide de subterfuges et de roueries, disparaître les mains de son modèle, comme un écolier cachant son livre de leçons; il donne, au contraire, une prééminence à la main ; il la veut élégante, souple et bien à sa place. Toutes les pages de ses cahiers contiennent des études de ce genre , non de mains quelconques, mais de mains d’un modèle déterminé. Les mains ont pour lui un esprit singulier, leur personnalité propre ; elles ont des qualités plastiques et des qualités morales ; elles sont franches, fausses, accueillantes ou réservées. A distinctions égales entre deux femmes , la main est la démarcation sûre et l’annonce de la race. Augustin, qui sait admirablement faire exprimer à une tête les petites préoccupations intérieures , demande à la main
bien plus encore . Toutes les coquettes de marque savent ceci , mais il en coûte beaucoup d’argent de se vouloir des mains. On y tient si Ton est Madame de Montalivet, la reine Caroline, Mademoiselle Blanchi , Lady Elcho ou la duchesse d’Angoulême. Chez cette Lady Elcho, dont une esquisse au crayon sur ivoire est chez M. Morgan, les mains révèlent une âme indolente et endormie. Les mains sur le cœur qu’on lui voit sont d’essence romantique ; l’idée en vient, comme on disait, de la Vénus de Médicis en plâtre installée dans l’atelier du maître. Elles seront pour lui comme une signature, et ceci, il Ta avant que Girard ou Isabey y eussent songé. Dès 1790, il a mis cette formule dans son petit arsenal de secrets, et il l’exploite volontiers. En 1792, il place à la hauteur du sein gauche Tune des mains, fouilleuses et gamines, de la petite dame au chapeau pointu retrouvée dans la collection Fitz-Henry ; l’autre s’est laissée choir négligemment le long de la jupe. Sans doute on sent que le brave artiste n’a point indéfiniment des gestes à ses souhaits, et qu’il évolue dans une fourniture restreinte. Pour bien dire, même, il a toujours un peu de crainte, car, la main manquée, tout est à reprendre. Sans mains, un portrait c’est tant; avec mains, c’est le double. En réalité, une figure et deux mains sont trois portraits, en travail et en recherches.
11 tient la chevelure pour fort importante aussi ; il sait combien un arrangement, relevé ou bas, transforme une physionomie ; il reconnaît donc aux cheveux une signification tout aussi difficile à surprendre dans son terme vrai que les traits d’un visage. On appelle, en sa présence, le maître coilfeur, et c’est ce qu’il trouve bien qu’on adopte. Tout aussitôt il prend son crayon et ses pinceaux, et, sur un papier jaunâtre, il fixe, ainsi qu’en une photographie, le modèle adopté. Faut-il répéter que ses albums sont remplis de ces têtes coiffées, compliquées ou simples ? Simples pour Caroline de Naples, Pauline Borghèse ou la princesse de Schwarzenberg ; compliquées, empanachées, fleuries, comme plus tard sous la Restauration, pour les Anglaises, pour les rastaquouères du Chili ou du Brésil, même pour les dames de la duchesse de Berry, entre autres cette belle marquise de Podenas, une des femmes d’honneur, dont le front est un par-
J. -B. -J. AUGUSTIN
terre de marguerites et de roses. Tant de mal qu’il se donnât à conserver aux brunes leur piquant, aux blondes leur langueur, il ne trouvait pas grâce devant les écrivaillons : « Augustin fait très bien la miniature, expriment béatement les Petites Vérités, mais ses portraits n’ont point d’expression et manquent généralement de vigueur. » Dirait -on plus de sottises en moins de mots ? Ceux qui les écrivent ont soin d’ailleurs de se qualifier « une société d’envieux, d’intrigants et de cabaleurs », sous lesquels il n’est point difficile de deviner Sylvain Maréchal et Fabien Pillet. Cela n’a donc aucune importance, car reprocher son manque de vigueur à l’artiste qui nous a donné Calamard ou Duvernoy, qui a peint en des formats microscopiques des tableaux complets , avec personnages de second plan, paysages de fond et architecture, ce n’est que bête. Car, ce paysage, il ne le prend pas à la façon de certains, sur des paravents, au petit bonheur, il s’en va l’étudier sur place s’il faut, et ses esquisses ont, sur ce point spécial, une ampleur et une vérité que les plus braves de son temps ignorent ou dédaignent. Un de ses cahiers renferme une vue de la ville de Montdidier qui est un morceau incomparable . Il faut remonter à Jean Fouquet ou descendre jusqu’à nous pour retrouver rien qui cadre avec cette œuvre attachante et imprévue. Eût-il voulu composer des scènes à la Blarenberghe , il aurait été, là aussi, l’un des premiers. Par amusette quelquefois, ainsi que dans un remarquable portrait de Mademoiselle Bianchi, cantatrice italienne de l’Opéra-Bouffe, peint par lui en 1802, il demande à un autre, Mérimée le père, une vue de la campagne romaine. Mais, très sûrement, Mérimée n’a fourni que le dessin, Augustin l’a traduit en miniature.
Sa célébrité lui avait valu d’ardentes jalousies ; il était de ceux à qui les ratés ne pardonnent guère , parce que, le trouvant brave homme et tout simple , ils se mettent sur le même pied que lui et s’étonnent de n’être pas au moins ce qu’il est. Toutefois, ses admirateurs et ses amis se présentaient en cohorte plus serrée. La notice nécrologique du Moniteur, à la date du 8 mai 1832, trois semaines après sa mort, n’exagère point en le présentant comme un brave cœur, obligeant et doux envers les qué-
mandeurs de conseils . Hall et Dumont , et combien d’autres ! s’étaient formellement écartés des importuns ; ils composaient leurs oeuvres dans le silence et la retraite . Ils eussent cherché la pierre philosophale qu’on n’eût pu les voir ni mieux cachés ni plus sévèrement défendus contre les indiscrétions. Sollicité par son jeune compatriote Isabey, Dumont l’avait bonnement éconduit. Augustin est tout le contraire. A trente ans, après dix ans seulement de séjour à Paris , il a un atelier et des élèves . Un même compte déjà, Jean-Antoine Pinchon, fils des Pinchon qui l’ont accueilli et hébergé lors de son arrivée à Paris. Jean-Antoine sortait de l’atelier de Vincent ; Augustin le mit à la miniature. De 1795 à 1800, Pinchon expose à tous les Salons. L’une de ses pièces de début , naïve encore et assez gauche, et signée J. Pinchon, 1795, représente un mirliflor de l’an IV, dont on a voulu faire un Fouquier-Tinville jeune . La date semble éliminatoire, car, en 1795, où est Fouquier ? A six ans de là, Pinchon aura pris des forces, et son talent s’étant affirmé, il part pour la Russie, où les Français sont assurés d’un bon accueil.
En 1801, J. -A. Pinchon est peintre d’Alexandre I" et de l’impératrice Elisabeth. Le comte J. -S. Chérémetieff possède de Pinchon les portraits de l’Empereur et de sa femme peints vers ces époques ; ce sont des constatations décisives ; Pinchon est un élève remarquable d’Augustin. Au cas où ces médaillons fussent restés anonymes , il n’eût point été sot de songer au maître. La signature est là, mais elle a du vague, car en 1904, à Pétersbourg, lors d’une exposition où figuraient les deux miniatures, Pinchon se nommait Pinchow, et l’on en faisait un Anglais !
Dans sa garçonnière étroite du 22, rue Saint-Etienne, Augustin
LBS ÉLÈVES FEMMES
n’avait guère mo^reu de loger des élèves en nombre; une jeune fille eût acquis mauvais renom de s'j risquer. Il fallait donc que, pour celles-ci, il se déplaç&t et courèt le cachet à domicile, ce qui lui faisait perdre un temps énorme, il avait eu, de cette sorte, diverses élèves femmes, Alexandrine Orcelle entre autres , l’une des premières , qui habitait asses près , rue Kauteville, et qui exposa, en 1796 et 1799, des cadres de miniatures dont Augustin eût pu réclamer une bonne part. Puis il avait dirigé les travaux de Mademoiselle Chaceré • Beaurepaire , rue Neuve - Égalité ; mais celle-ci habitait avec ses parents, et ses visites à l’atelier se passaient en présence de la mère. Rien ne nous est resté de Mademoiselle Chaceré, qui envoie pourtant de nombreuses miniatures aux Salons de 1798, 1799 et 1800. Entre 1800 et 1827, elle disparatt, et tout à coup, après ces vingtsept ans, elle revient sous le nom de Madame Gaillard. Sa disparition s'explique ainsi : après 1800, elle s’est mariée, a eu des enfants à élever et s’est consacrée à leur éducation. Puis le ménage eut des gènes et l’on dut reprendre le collier de misère ; cependant, rien qui marque, sauf, en 1817, un passage au Salon.
Une autre élève fut Henriette -Cèsarine- Flore Davin, mais celle-là est, dés l’origine, une femme mariée qui travaille pour vivre. Elle est née en 1773 et mourra en 1844. Ce qu'elle demande à Augustin, c’est bien moins un perfectionnement dans l’art de miniature, qu’une gymnastique d'enseignement. Cèsarine Davin expose de 1798 à 1819 ; elle débute par des portraits qu’elle a soin de nommer : la citoyenne Sallantin , femme d’un srteer àp Feydeau; sous le titre Amour paternel et Amour maternel, elle montre son mari et deux de ses enfai^,.^/?j^-mèi]^^-j(^^ypy/.defnigt';pé. Madame Davin ae peut réclamer d'Augustin sans»%««BÙ>4>’a .èaKtmédisance ; d'ailleurs, le Mercure de Frtenee de 1802 la prend ptlfaF'tln homme et la célèbre au mascnlia. Succesaiveasent elle habite rue du Doyenné, rue det Filles -Saint -Thomas, 3 et 56. En 1800, elle peint un de ses enfants au milieu d’un paysage; elle provoque la x sensibilité > dans un sujet : i Une Jeune poruonoe afûigée du sort de Clarisse Harlovre, dont elle lit le tealassent. s En 1801, c’est le portrait du citoyen Suvée, directeur de l’Ecole
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En 1801, J. -A. Pinchon est peintre d’Alexandre P' tt Élisabeth. Le comte J. -S. Chérémetieff possède de Pin< t. l'Empereur et de sa femme peints vers ces époques . ..
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