La miniature française 1750-1825
un autre, ne se fût attaqué à une académicienne, dont les moindres instants avaient leur occupation indiquée chez la Reine ou chez les princes. Il y a des raisonnements a priori qui valent des preuves.
Une présomption, certes, serait de vouloir nommer tout le monde et d’assigner à chacun sa place juste. Chronologiquement, le pourrait-on, si l’on n’a su découvrir aucun élément d’état civil rigoureux ? Qui est Paliard, dont une miniature d’homme, au millésime de 1791, est un morceau d’un très charmant abandon? M. le comte Mimerel, qui a longuement recherché ces anonymes de la miniature, et en possède aujourd’hui la réunion la plus considérable, nous a permis de choisir en ses vitrines les plus remarquables de ces oubliés ; Paliard est justement l’un de ceux-là. Il a de Hall les nervosités de main, les touches franches
et alertes, mais on dirait à son honneur qu’il a plus de respect pour les
physionomies. Lyénart, dont un minois de femme, enlevé, bâclé et fort habile, se rencontre chez M. David Weill, dont un autre, représentant la du Barry est chez M. X., est lui aussi un faux Hall, à donner illusion et à faire craindre pour d’autres œuvres mises au bénéfice du Suédois. L. Villers artiste énigmatique, parfois confondu avec Villiers Huet, a de belles manières de miniaturiste dans un portrait de la Chevalière d’Harleville, en homme, au comte Mimerel. Villers habitait rue et porte de Montmartre ; on le vit figurer aux Salons de 1793 et de 1804 ; mais le beau de
son talent est entre 1785 et 1790. C’est un dessinateur, un coloriste, un
raffiné. Il possède une galerie de tableaux contemporains, entre autres un tableau de Demarne, la Foire en Franche-Comte'. Nous savons de lui dans les collections du baron de Schlichting et de M. Doistau deux portraits de dame signés et datés de 1787, qui tiennent la comparaison avec de plus célèbres compères.
Qui donc cite Le Tellier, habitant du quai Conti en 1777, que l’Almanach historique mentionne, et qu’il dit peintre en émail? Vers ce temps Le Tellier, émule de Vestier, travaillait au compte des orfèvres Drais et Gaillard ; il exécuta même, pour une boîte, un portrait original de la Reine à lui payé 15 louis, lequel fut copié et recopié à 10 louis la pièce. En 1793, Le Tellier s’est transporté rue de Cléry, puis rue des Bons- Enfants. De sa manière, le Musée du Louvre conserve un petit portrait de femme, daté de 1771, une dame accoudée sur un coussin bleu. Une esquisse très curieuse, sur papier de carte à jouer, appartenait autrefois à Augustin qui l’avait jointe à son petit trésor de souvenirs ; une jeune fille en fichu et en costume villageois d’opéra-comique, debout au milieu d’un paysage. En prenant à l’un des héritiers d’Augustin les pauvres reliques du grand artiste, M. Pierponl-Morgan joignait cette petite fleurette jolie à tant d’autres merveilles.
Une scène de théâtre de société à l’hôtel d’Aiguillon, en 1775, appartient aujourd’hui au comte A. de Chabrillan. Le Tellier en est l’auteur, et, disons-le, ce n’est pas de premier ordre. Mais c’est ici une page d’histoire documentaire dont les rencontres sont rares. L’œuvre est, en intérêt sinon en qualité, de même ordre que le portrait de Mesdames dans un travesti par Daniel Welper. Ceci dit, lorsque nous aurons mentionné les envois de Le Tellier aux Expositions de 1793, de 1800 et même de 1812, où rien de saillant ne se peut indiquer, les renseignements de notre science bornée seront à leur complet.
Bien d’autres de moindre conséquence seraient à ranger dans le sillage de Hall ; l’un est un étranger, un peintre lourd, très Allemand de carrure et de talent, Jean-Ernest Heinsius, miniaturiste occasionnel de Mesdames, et qui laissa chez nous de menus portraits nuageux, embrumés, sans grande attache avec les nôtres. Heinsius venait de Weimar, le cas n’est point douteux, et comme tout étranger établi en France, — pour y vivre de nous et travailler au rabais, — il professait un mépris souverain de nos peintres. Aussi le vit-on demander à Hall, puis à Campana, ce que chacun d’eux possédait de plus médiocre, pour s’en créer une manière