LE TELLIER. — C.-A. BELIN. — LUC SICARD
en habit d’arlequin qu’il estimait fort personnelle. On sait de lui, dans la collection Panhard, une assez jolie petite esquisse, Madame d’Aubusson au bord de la mer. 11 avait exposé aussi à la Correspondance en 1782 la famille d’Espagnac. Mais il peignait surtout à l’huile, comme il parlait, avec un accent d’Outre-Rhin, un peu trop sensible et sans beaucoup de grâce.
De Hall à Le Tellier, en y ajoutant encore des retardataires tels Belin (Claude-Alexandre) dont le comte Mimerel nous a présenté une remarquable effigie d’homme âgé — sorte de Franklin qui aurait des cheveux — signée et datée 1794, tout ce monde habile, déluré, plein de ressources imprévues est né dans la première moitié du siècle. C’est, pour être juste, un expédient de classement, choisi par nous, mais sans grande valeur scientifique. Nous avons cherché ainsi à grouper autour de Hall, ceux de ses confrères, qui, sans se réclamer expressément de lui, semblent continuer et élargir sa pratique. De cette phase éclatante il reste un homme dont la vie est à peu près inconnue, mais qui demeura, en pleine orgie de techniques, le miniaturiste de la bonne observance française, descendant direct et traditionnel des anciens, Luc Sicard, dit Louis Sicardi d’Avignon.
La mode provençale, dès le xv“ siècle, est que les « gens de mestier i> italianisent la désinence de leur patronymique. Non pas même italianisent, mais bien plutôt latinisent, en affublant leur nom d’un génitif. Luc Sicard eut d’autant plus hâte de s’accorder à l’usage que le Sicardi lui parut sonner plus allègrement. Sur son enfance, sur son stage aux ateliers, sur ses patrons même, pas une notion sûre. Lorsqu’on le mentionne il est déjà assez lui-même pour être employé aux dons du Roi. 11 a ses trente-cinq ans.
On lui vit dès la première révélation de son personnage une formule arrêtée et nette, un fini, uni à un fondu de tons, que les miniaturistes dédaignaient depuis un demi-siècle. Sicardi apportait de sa province un jeu qui semblait inédit, mais qui venait en droite ligne des enlumineurs de jadis : un besoin de tout dire, une conscience que se fussent souhaitée un Enguerrand Charton ou un Changenet de trois cents ans auparavant. Sicardi pointillé ses chairs avec une perfection et un nuancé qui stupéfient lorsqu’on estime le labeur représenté par cette mosaïque imperceptible.
Les habits seront parfois traités avec plus de largeur, les fonds plus librement cherchés, sans en faire toutefois une règle immuable. C’est, dans cette note pleine de sincérité et de franchise, très peu courtisanesque, que les portraits de grands personnages sont livrés par lui au service des Menus ; c’est cette vérité spirituelle, un peu ironique, dont la phrase a tant plu à la Cour. Quelqu’un de bon rang à déclaré que cela était la vie même, ce qui fut tantôt admis et répandu en tous lieux. Il en paraissait ainsi à cause de la maîtrise du dessin initial, de l’aménagement des dessous qui ne laissait rien au caprice. Du 19 décembre 1780 au 21 février 1784, en quatre ans, Sicardi fournit au chapitre des dons royaux une trentaine de miniatures dont une, en 1780, ira au chevalier Zéno, ambassadeur à Venise ; et une autre sera offerte au prince Doria Pamphili, nonce du pape, venu en France pour apporter au Dauphin cc les langes bénis, » et le portrait du Roi sera, pour la circonstance, appliqué sur une boîte de 30,000 livres. Puis, ce seront des souvenirs pour le duc de Gravina, pour le chevalier de Virieu, pour le comte O’Reilly, capitaine général de l’Andalousie, pour Lord Fitz-IIerbert, ministre du roi George III. D’autres ni moins précieux, ni moins soignés par Sicardi, seront remis au duc de Manchester, au comte Warner, au prince Bariatinski et à nombre de gens
qualifiés et tous fort amateurs. Mais Sicardi est un miniaturiste d’essence, seulement un miniaturiste; il sera loué, admiré, membre de l’Académie de Bordeaux dès 1771 à moins de trente ans ; il ne sera jamais agréé à l’Académie royale.
On a de la peine à croire qu’un artiste, déjà fort en vue en 1780, ait pu continuer son genre ténu jusqu’en 1817, date de l’un de ses derniers portraits. Alors, étonné que l’on est aussi de le voir nommer, tantôt Luc, tantôt Louis, surpris aussi que les livrets mentionnent Sicardi père et Sicardi