FRANÇOIS DUMONT. — ARISTIDE DUMONT
mettre leur jeunesse au service de la même cause; Augustin d’abord, et plus encore ce jeune Isabey, de Nancy, aperçu autrefois si humble, si petit bonhomme, passé tout subitement au premier échelon, laissant Dumont aussi loin en arrière que Dumont y avait laissé Hall. Quand, en 1799 ou 1800 (dans l’an VII), il offrira à Vaudoyer le portrait de sa femme Julie Lagrenée, habillée d’une tunique grecque, coiffée à la grecque, drapée dans un péplum grec, il parodiera Augustin, ses poses et ses toilettes, sans beaucoup de bonheur. Un temps, Dumont avait pesé sur son jeune confrère, aux environs de 1784; maintenant, Augustin le lui rendait avec usure.
On voyait Dumont accorder à la miniature des intentions de peinture d’histoire, avec une Atalante de 1806, et une Vénus de 1810. Ses portraits auront dorénavant un compassé, une raideur pénible, qui ira s’accentuant d’une journée à l’autre. On le remarque en 1814, quand les Bourbons, restaurés, payent leur dette de reconnaissance à la fidélité loyaliste du peintre par des commandes officielles. Pour qui sait voir, la Marie-Antoinette faite par lui « de souvenir », en costume Empire, est une pure misère. Puis ce furent le duc et la duchesse d’AngouIème, le dauphin Louis ,XV1I ; les premiers lourds, engoncés; le dernier, bâclé de mémoire, nous dirions de chic, à peine sortable.
C’est bien un déclin de carrière, car, après 1814, on a peu de choses à dire sur lui. Les tics se sont exagérés, le dessin s’est alourdi, la couleur est devenue gauche. On le sent désorienté par des idées inconnues à sa jeunesse, et fort empêché de les tenter. Les Bourbons ayant disparu une seconde fois, cet homme de quatre-vingts ans, contempteur de nouveautés, en reçut un choc brutal. Aucune illusion ne lui demeurait; il se laissa mourir le 27 août 1831.
De son nom, personne qui le continuât. On avait connu sous l’Empire un garçon dégingandé, travaillant à l’atelier de David et grand ami du jeune Ingres sur ses débuts. C’était Aristide Dumont, le premier-né de François et de Madame Dumont, née Vestier. Sa vocation n était point irrésistible, cas ordinaire des fils dont les pères ont eu de la peine.
Aristide alla prendre du repos dans l’administration des Beaux-Arts ; on l’avait marié à la fille du géologue Dufresne. Aristide Dumont dut à Ingres d’avoir été tiré de l’oubli ; ce dernier le représenta dans un inimitable crayon, en costume d’officier de grenadiers de la Garde nationale, debout à côté de Madame Dumont assise. Lui, avec une physionomie stérile de garçon maigre et fadasse ; elle, grosse dame, très bourgeoise, très quelconque.
Bias, second fils de François Dumont, né en 1792, fut à dix-neuf ans pharmacien militaire à Strasbourg; il vivait encore en 1870, et son unique enfant, un garçon, étant mort, il confia le souvenir des Dumont au docteur Gillet, ami de son fils. C’est grâce au docteur Gillet que le Louvre est entré en possession d’œuvres de Dumont choisies parmi les plus décisives; un médaillon, entre autres, datant de la Restauration, où sont profilés en médailles sa femme, née Vestier, lui-même, sa fille et Aristide. Un portrait de Madame Vestier mère, fille de Révérend, date de 1784 environ, au temps où Dumont avait peint Madame Lagrenée; il est curieux de constater ici quelle grande part d’influence le jeune compatriote Augustin, dont les prétentions au personnalisme sont extrêmes, aura reçue des œuvres produites par Dumont entre 1781 et 1786, à l’époque de sa venue. Augustin est entré à Paris durant le carême de 1781, et se proclame « élève de la nature et de la méditation », mais cette méditation s’exerça surtout en présence de miniatures signées Dumont. Qu’on oppose au portrait de Madame Vestier, à celui d’une jeune femme, portant le n° 220 au musée du Louvre, la miniature d’Augustin représentant Madame de Kercado, appartenant à M. Stettiner, on ne doutera guère. Inversement, lorsque Dumont donnera son Chérubini, son Arnault même (tous
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