‹ La miniature française 1750-1825 (volume 3)Chapitre 12 sur 26 · F. DUMONT. — LA K OCHEJAQUEI.BIN · texte numérisé non relu

F. DUMONT. — LA K OCHEJAQUEI.BIN

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FRANÇOIS DUMONT

une parole échappée, une manifestation de sympathie en l’honneur du Roi, l’oubli d’une cocarde, on l’écroua.

Il laissait derrière lui une femme épouvantée et deux tout petits enfants ; il n’était pas le seul ! Dans la société rencontrée en prison, une majorité se trouvait le connaître, clientèle jadis hautaine et superbe, pour l’instant désolée et misérable.

Au Plessis, à la Force, aux Madelonnettes, bon nombre de peintres, ci-devant royaux, expiaient les heures tranquilles, tels Mouchet de Gray, Boze, Le Dru, et, de ceux-là le nombre grossit vite, certains vendraient leur ami pour sauver leur vie, témoin Joseph Boze, des Martigues.

Au 9 thermidor Dumont fut élargi; mais il n’avait pas, à l’exemple d’autres qu’on croirait écroués par faveur , tant la geôle leur fut profitable , augmenté de beaucoup son pécule. Certaines miniatures pourtant pourraient avoir cette origine; une paraît sûre, celle de ce M. de Damas, aujourd’hui chez M. Verdé-Delisle, lequel M. de Damas alla, d’une pose donnée à Dumont, tout droit à la guillotine; on croirait aussi le prétendu La Rochejaquelein de M. Fitz-Henry, et les deux frères Saint-Paul de M. Warneck. Un portrait de l’acteur Mandini, conçu dans la même gamme de coloris et de dessin que ceux-là, fut d’ailleurs exposé par Dumont au Salon de 1793. Mandini eut besoin d’une réplique, car l’une de ses effigies est au Louvre, l’autre chez Madame George Duruy.

Vers ces instants, Dumont a simplifié et élargi ses moyens. Il marche à grandes touches hardies et libres. Il semble plus coloriste, au moins dans le La Rochejaquelein, habillé d’étoffes criardes. Les visages qu’il montre paraissent ceux de membres d’une même famille; uniformément le nez y a une importance exagérée, les bouches rient, les yeux expriment la sérénité ou la joie. Étrange tactique vis-à-vis de gens qui se savent marqués pour le

drame et vivent dans l’angoisse! A moins que l’espérance de laisser aux siens une figure chère ne leur donnât le courage d’une attitude résolue et insouciante. Faute d’inscriptions, qui eussent livré ces reliques aux policiers, ces objets restent anonymes pour nous. Ils sont tombés dans le nivellement des marchands de curiosités, et le nom qu’on leur impose est le plus souvent un mensonge.

En 1794, à peine libéré, Dumont retrouve son ami l’architecte Vaudoyer; il fait d’après lui une miniature qui ne contredit nullement ce que nous venons de dire. Vaudoyer y porte l’habit des conventionnels, il a un gros nez, une bouche souriante, des cheveux épars. Eût- il égaré son état civil, qu’on le réputerait un montagnard de la bonne sorte ; on aurait d’ailleurs pareille impression devant les portraits de M. de Damas ou des frères Saint-Paul. Dumont uniformise ses modèles et les date expressément. Le portrait de Vaudoyer est chez son petit-fils, il est signé et porte son millésime ; il a donc la certitude absolue . C’est d’ailleurs par les Lagrenée que Dumont a connu Vaudoyer. Celui-ci a épousé Mademoiselle Julie Lagrenée, que Dumont a aperçue à Rome dans sa belle jeunesse et qu’il peindra également en 1800. Quand il revit son ami, Dumont a la joie de rejoindre un camarade presque de son âge, - — Vaudoyer a cinq ans moins que lui, étant né en 1756, — un artiste échappé lui aussi aux méchantes histoires.

Le mieux, c’est que la prison n’a point fait perdre à Dumont son appartement au Louvre ; en 1795, quand il enverra au Salon un cadre de miniatures, sans désignation plus expresse, il est toujours aux galeries du Louvre, devenues les Galeries du Muséum. Il y sera en 1796, en 1798, en 1800 et jusqu’en 1806, qu’on le voit habiter 13, rue Royale, et en 1810, Cour des Fontaines, n’ 5. Sous l’Empire, on ne peut pas dire que ce soit la retraite pour lui, puisque tous les Salons ont des œuvres de sa main ; en 1806, le portrait de l’Empereur, le sien propre et celui de Lagrenée, mort l'année d’avant, professeur à l’Ecole de Peinture.

A vrai dire, il n’est plus le Dumont de jadis. D’autres talents sont venus

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