‹ La miniature française 1750-1825 (volume 3)Chapitre 18 sur 26 · L.-L. PÉRIN. — JEUNE FILLE · texte numérisé non relu

L.-L. PÉRIN. — JEUNE FILLE

(Musée du Louvre)

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Lié Périn exécute, dans ce jeu inédit, un extraordinaire portrait de la duchesse de la Rochefoucauld, aujourd’hui au Louvre, œuvre quelque peu anglaise d’aspect, où, depuis le visage mince et diaphane à 1 énorme capote Gainsborough et les fichus nuageux, tout proclame encore l’orientation mal assurée. Eût-on trouvé le portrait sans signature ou sans origine, on l’eût dit la copie d’un Reynolds par quelque Downmann. Cependant le visage y apparaît fort étudié, fort Sicardisê, si l’on peut dire. Ce n’est pas du Périn décisif, c’est une jolie espérance. Pour se produire, il lui faudra attendre, — car il n’est point de l’Académie et n’en sera jamais, — patienter jusqu’en 1791, quand les portes du Salon s’ouvriront libéralement à tout le monde. C’est Madame Périn « peinte par son époux » qui a l’étrenne de ce premier effort.

Ame tendre, Lié Périn s’est tout naturellement marié. Au moment de la Terreur, il habite la « rue Honoré, maison Daligre », nous dirions l’Hôtel d’Aligre , rue Saint-Honoré. Comme il a mieux à faire, grands dieux ! que de politiquer, il ignore les nuances d’opinions transitoires qui divisent les hommes. Le fermier général Dufresny lui avait demandé la copie d’un Greuze, la Prière du Matin, qu’il souhaitait posséder en miniature. On était assez près des heures acerbes, mais Lié Périn travaillait toujours. L’œuvre était à peine terminée que Dufresny montait à l’échafaud, laissant à l’artiste la miniature impayée. Périn ne chercha point à

démêler si la justice avait été juste; un ami était mort, il en avait une grosse peine. La Prière du Matin fut gardée par lui comme un souvenir et un fétiche dont il ne se sépara jamais. Ce fut encore une piété envers sa mémoire que d’offrir au Louvre ce pauvre objet, lequel n’eût point manqué d’attirer à Périn une mauvaise querelle au cas où l’aventure eût été ébruitée. Mais il parlait si peu et tenait un rang si modeste!

Que de prétextes n’eût-il pas fournis contre lui si quelque Levaker, comme pour Joseph Boze, eût prétendu éplucher son civisme! Périn était de la classe des sages que leur philosophie tient à égale distance des camps adverses. C’était l’application morale de ses théories en miniature, et la paraphrase du latin : la vertu se tient au milieu. Tout ce que nous savons de son oeuvre, de ses fréquentations, des modèles qui lui viennent, ne laisse entrevoir ni un Dumont, ni un Notté , ni un Sambat. S’il a fréquenté chez Roslin , dont la sœur, Madame Ténière, lui léguera son portrait — • fait par lui et aujourd’hui passé à M. Doistau, — s’il a peint Mademoiselle Ferey, sœur d’un capitaine, la duchesse d’Orléans, Madame de la Rochefoucauld, le chancelier Maupeou ou le chirurgien Pinson, tous gens de la société, on lui a connu des accointances moins aristocrates, dans le temps où les ci-devant n’avaient plus la faveur. Lié Périn conservait son esprit libre et compatissant, ce que ne dément point la mélancolie souriante de son visage, aimable et très fin. Il ne comprit pas plus qu’on guillotinât Madame Roland ou Desmoulins que Dufresny ou Louis XVI. Mais, par-dessus tout, il fut un sentimental, un amoureux de la femme, qu’il idéalisait, qu’il traitait en adorateur. On le voit bien lorsqu’il consacre de très séduisantes études à cette femme charmante, Madame Lescot, mère de Madame Haudebourg-Lescot, brune, déjà un peu marquée, mais exquise sous son bonnet de linon blanc ; à Mademoiselle Ferey, sœur de ce Ferey qui sera d’abord capitaine de grenadiers , pensionnaire de Louis XVI, deviendra, comme tant d’autres, général de division, baron de l’Empire, et disparaîtra en gloire à la bataille des Arapiles; ces deux portraits aujourd’hui à M. J. de Richter, parent des Ferey. Et chez Madame Achille Fould on trouve le buste joli et mignard de femme en « cabriolet »

LOUIS-LIÉ PÉRIN

(chapeau enrubanné, dont les nœuds pointent vers le ciel), et qu’on nomme Madame de Longpré, presque identique à une belle fille anonyme, éblouissante de chair jeune, que la succession de Périn a remise au musée du Louvre. Si l’on veut, diverses autres frimousses agaçantes, minaudières, dont l’une au comte Mimerel, dont les autres appartiennent aux collections Panhard ou Doistau, se viennent joindre à l’essaim des beautés décrites par lui en si peu d’années. Les Périn sont rares, certes, mais une carrière commencée en 1785 et brutalement arrêtée en 1799, ce n’est que quinze ans à peine; encore ne faut-il point faire état des mortes saisons — c’est le cas de dire - — qui vont de 1793 à 1795, et du peu d’enthousiasme pour des travaux rappelant Hall, entre 1795 et 1799. Un genre mi-parti comme était celui de Périn, et qui apportait en pleine orgie gréco-romaine des revenez-y de poudre à la maréchale, de coiffures à la Reine ou de mouches, n’était plus de jeu. Périn gagnait peu, et les assignats fatals à Sambat achevèrent de le ruiner. Les oppositions de son père lui revinrent en mémoire pendant une maladie, éprouvée en 1799. Son parti fut vite pris. Malgré que, déjà, les affaires publiques changeassent de tournure, il ne se sentit point l’étoffe physique ni le courage de transformer sa manière dans le sens de David. A quarante-six ans, l’effort coûte. Emmenant avec lui sa famille, il reprit la route de Reims, et, des quelques sous qui lui restaient, il monta une fabrique de laine. Sa soumission à la destinée l’empêcha de se plaindre ; son père avait donc eu raison, qui s’était si formellement opposé à son caprice; alors il surveillait ses ateliers, et si le hasard lui donnait une heure, il courait à ses pinceaux.

Toutefois il n’exposa plus jamais ; il se rendait compte que , d'être éloigné de la grande ville, son talent ne gagnait plus. On le voyait accourir à l’ouverture des Salons, prendre langue, s’intéresser aux camarades et laisser échapper un regret furtif. Celui-là fut une nature, un bel artiste, et, si nous prenions le langage de son temps, nous dirions qu’il fut le Cincinnatus de la miniature. En 1817, il était mort.

Esthétiquement parlant, la carrière de Jacques-Antoine-Marie Lemoine

se présenta pareille. Lemoine est né à Rouen en 1752; dès son apprentissage à l’atelier de Maurice-Quentin de La Tour, il touche à tout : à la peinture, au pastel, à l’émail, même à la porcelaine et à la gouache sur ivoire. Mais, Lemoine le sait trop, l’enseignement de ces artistes illustres, dont les minutes ont leur emploi, ne vaut guère. Désespérant de pouvoir atteindre, même de loin, à la maîtrise déroutante du patron, abandonné à lui-même, Lemoine s’était pris à regarder, puis à admirer les gouaches de Baudouin , les ivoires de Hall ou les peintures de Madame Vigée. Il n’a pas vingt -quatre ans, en 1776, qu’il tient atelier de professeur de dessin et qu’il cherche sa vie . Ici , une difficulté se présente. Ce nom qu’il porte est également celui d’une femme qui ne lui est rien, ni parente , ni alliée , ni même connaissance . Les seuls points de contact sont : d’abord le nom, Marie - Victoire Lemoine; la signature, Lemoine tout court , comme lui-même ; la marche parallèle en art, puisqu’elle exécute des tableaux, des pastels, de la miniature et de la porcelaine . La différence d’âge — deux ans — est én faveur de Madame Lemoine; elle est élève de Ménageot et exposera à son tour. Ce sont là beaucoup de causes de confusion et de méprises pour nous. Les contemporains ne s’y trompaient guère, mais nous, qui avons perdu le fil conducteur ! Très certainement, le portrait de Lemoine par lui-même, appartenant à M. Gaston Le Breton, de Rouen, ne laisse aucun doute. La figure en est habile, signée et datée de 1793, et, comme le modelé, l’esprit général, la touche libérale et nette, tout est d’un peintre, même, si l’on veut, d’un pastelliste habitué aux largesses de main. Jacques- Antoine Lemoine en peut être dit l’auteur avec toute certitude. Une autre

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