‹ La miniature française 1750-1825 (volume 3)Chapitre 17 sur 26 · SAMBAT ET SA FILLE · texte numérisé non relu

SAMBAT ET SA FILLE

de gens de police, tel ce Tobiesen-Duby dont il met la petite-fille en portrait, de Saint-Huruge, de Fouché surtout. « Bonaparte se fait empereur ! » s’écrie-t-il en 1804. En 1805, c’est 1’ « époque où Bonaparte se fait roi d’Italie ! » Est-il si irréductible, ou voit-il dans Lucien un adversaire de son frère qu’il en fait une copie d’après un tableau? Sa clientèle se hausse, il connaît sous Bonaparte des modèles de la haute classe : Madame Monnet, femme du général; Fouché toujours, Pelini, aide de camp corse de l’Empereur; Mademoiselle Marescalchi, fille du ministre, « M. Gasson, neveu A'Emira Bonaparte». 1805 est la meilleure campagne : cinquante portraits pour 4,150 livres, le double de jadis. Ensuite il décline, soit état de sa santé, soit mauvaise réputation ou mise à l’index, il tombe de 4,000 à 2,000, puis à 8 ou 900 francs l’an. En 1814, lors de l’entrée des Alliés, il va se loger au Palais-Royal, mais quelle misère ! 14 livres en avril et 50 en juillet. Ses clients : des gardes du corps, des cochers. Il restaure la miniature de Fabre d’Eglantine, celle d’un garde royal. En tout, pour douze mois pleins, un peu moins de 1,000 francs. Heureusement, la jeune Agiathis, âgée de dix-sept ans, travaille et compense les manques. Elle est entrée à l’atelier de Gérard où, moyennant quelques cents francs, elle réplique les grands tableaux du maître. Et tandis que, vieillard aigri, perclus, Sambat ne tarit pas en imprécations contre le monde, contre les philistins qui ne le veulent comprendre, Agiathis se prodigue, passe ses nuits et le console. Celle-là est une femme sacrifiée, une martyre. A vingt ans, elle paie le loyer, la bonne, le bou-

cher, et quand Jean-Baptiste Sambat, Monsieur Cardinal de la peinture, mourra en 1827, il en coûtera 500 francs à Agiathis pour les funérailles et le deuil : en tout héritage, elle aura la charge de sa mère. Longtemps après, déjà vieille fdle, restée seule, elle se mettra en ménage avec le fils de Fabre d’Eglantine, et fera une fin moins calamiteuse que sa vie.

Des milliers de figures jetées par Sambat à tous vents, deux pièces nous sont parvenues ; l’une est Madame de Nehra en 1787 ; l’autre, à trente ans de là, un portrait de Madame Pécoul, de la Martinique, et de sa petite négresse Henriette, au milieu d’un paysage de fantaisie. Sur le vu d’une mention du carnet de Sambat, M. Auguste Pécoul a bien voulu nous montrer la miniature non signée, encore conservée dans sa famille. Depuis 1787, Sambat n’a pas gagné. Ce travail de peintre en carrosses se réclame de Dumont, à la façon dont certain barbouilleur d’enseignes se dirait élève de David. Sambat, qui aimait à se proclamer « sans bas et sans culotte » avec une sottise touchante, n’avait dû qu’à la fuite de ses confrères et à la modestie de ses prétentions l’accueil fait à son art. Il continuait ces praticiens de pacotille, installés au Palais-Royal, dont on parlait dans un précédent chapitre. 11 avait des prix fixes, un barême de pâtissier : 144 livres la pièce avec fonds et accessoires ; 100 livres le portrait ordinaire ; 72 le plus vite bâclé. Rarement il osa plus : une ou deux fois, dans la prison du Plessis, en exploitant la piété familiale de ses codétenus ; une autre fois, pour une fille légère, la citoyenne Herbstein qui souhaita être représentée nue, et qu’il dut peindre avec tous ses « accessoires » (1794).

En 1800, il se vantait d’avoir découvert <t une mixion (sic) de la gomme mellée avec de la colle qui rend stable la peinture ». Il peignit dans ce procédé la citoyenne Dervieux, Fouché et sa famille, et Madame Réal. Inconscience splendide de bousingot, convaincu par devers soi d’avoir été quelqu un, si fier de sa trouvaille qu’il en oublie son dessin, et si touché de politique qu il se fait entretenir par une enfant de seize ans 1 Au demeurant, étrange et piteuse silhouette de raté ; cervelle appauvrie que le

LOUIS-LIÉ PÉRIN

génie de Mirabeau avait mise à l’envers ; eunuque dont l’inconscience désarme 1

Tout compte fait, on eût passé sous silence un aussi maigre prestige sans les incidents de sa carrière qui aident à débrouiller d’autres histoires. Les assignats qui le font se lamenter ont été pour les artistes une passade sévère. Louis-Lié Périn, homme doué, nature sympathique et noble, paya sa dette plus rudement que Sambat. Le père de Lié Périn était manufacturier à Reims ; il n’eût admis les arts que s’ils se pussent appliquer exclusivement à la décoration des étoffes. Donc, à la première heure, avant que rien transpirât de sa vocation de « fainéant », Périn entrevoyait les oppositions et les luttes. 11 n’avait point attendu l’âge canonique pour se manifester. Né en 1753, il s’était, dès sa douzième année,

posé à Reims en portraitiste. Ce qui n’était alors qu’un déduit de gamin

prit, après l’adolescence, une galopade. D’où les remontrances d’abord très brutales, puis de moins en moins assurées, et finalement jetées pour la forme, pour « l’avoir dit » dans les discussions. Lié Périn ne parlait alors que de tableaux d’histoire ; c’est le propre des novices de s’attaquer à la pièce de résistance. Après cinq ou six ans passés en des ateliers provinciaux, sans nul profit de conséquence, Lié parla de Paris, ce qui

souleva un nouvel ouragan. A peu de chose près, il avait dû s’enfuir

pour rejoindre le coche, et cependant il n’était plus un enfant. On était en 1778, ce qui lui comptait un bon quart de siècle. L’époque était assez heureuse; par des paroles de camarades revenus de la capitale, il savait que les artistes de tout poil trouvaient facilement à s’employer. La Cour avait mis à très haut point la passion des fanfreluches, et le père Périn disait assez que la peinture n’était que cela, que les manieurs de pinceau étaient des bambocheurs, pour inspirer à son fils l’envie irrésistible. Celui-ci répondait à ces objections que Hall ou Roslin n’étaient point des coureurs de guinguettes, Roslin surtout dont il se proposait de solliciter les bons conseils dès son arrivée. Quant à la question d’argent, l’exemple de deux jeunes, Dumont, de Lunéville, et Sicardi, d’Avignon, pour ne dire qu’eux, prouvait assez combien, avec un peu de conduite et de tra-

LOUIS-LIÉ PÉRIS

mule idéale, fournissant des ensembles nacrés et doux, où j les accessoires se faisaient moussus et pimpants. Rù: er plut davantage aux désœuvrés, que les partis pris de Hall ou

cl niaient déjà plus. Dès 1785,

.•in exécute, dans ce jeu i édit, un extraordinaire portrait de ia duchesse de la Rochefoucauld, aujourd'hui au Louvre, œuvre quelque peu anglaise d’aspect, où, depuis le visage mince et tL à l’énorme capote

tout proclame encore l’orientation - . S

quelque Downrunn. Cependant le dis/, ai l’on peut dire. Ce n'est pas du rance. Pour se produire, il lui faudra

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