‹ La miniature française 1750-1825 (volume 3)Chapitre 20 sur 26 · JACQUES LEMOINE · texte numérisé non relu

JACQUES LEMOINE

miniature d’homme en gilet jaune, à M. Alphonse Kann, porte en soi des présomptions sérieuses en faveur du même. Voilà pour l’indiscutable. Pour le douteux, ce serait la grande miniature carrée, datée de 1787, signée Lemoine, dans l’instant, à M. Doistau. C’est une dame, assise à une fenêtre ornée d’une « jalousie », avec ses deux enfants, fils et fille; elle, âgée d’environ trentecinq ans, le fils de dix ou douze, et la fille de quinze. On conviendra facilement que la technique de cette œuvre exceptionnelle s’accorde de tous points au portrait de Lemoine à M. Le Breton. Les touches plaquées en teintes plates, les ombres dures et crues vont de pair dans les deux cas. Bien ceci, et toute hésitation cesserait si Madame Victoire Lemoine n’était peintre et pastelliste; mais nous avons dit qu’elle l’est. Elle expose des tableaux aux Salons de 1796 et de 1798 , conjointement avec des miniatures. L’objection grave contre elle, c’est qu’elle n’a paru aux expositions qu’en 1796 ; la constatation favorable, c’est qu’elle montrera, dans un des derniers Salons du siècle, un portrait de dame à sa fenêtre. Cette fantaisie n’est point si commune qu’on ne la remarque. Ce rapprochement a sa valeur. Faut-il penser — et cela s’est vu d’autre part — que Madame Lemoine cherche à créer un imbroglio entre Lemoine, homme célèbre, et elle, très inconnue? Tout, d’ailleurs, est motif à confusion dans cette très belle pièce . On a donné la dame représentée comme Marie-Antoinette avec ses deux enfants, le Dauphin et Madame Royale. La méprise est manifeste; d’abord, aucun des trois personnages ne ressemble aux effigies officielles reconnues. Puis, en 1787, le Dauphin est un bébé et non un garçonnet , et la Reine n’a jamais connu ce masque rond de bourgeoise cossue . La signature hermaphrodite des deux Lemoine est impuissante à trancher le débat. On inclinerait vers l’homme, non sans d’expresses réserves.

Jacques Lemoine est mort en 1814 , en bon renom d’artiste célèbre et arrivé. On lui devait la peinture du plafond du Théâtre des Arts, à Rouen, disparue dans un incendie. Plusieurs de ses gouaches eurent les honneurs

de la gravure en couleurs, et, pour le temps, ceei est une note de réputation. Sa Saint-Huberty , gravée par Janinet, est devenue une estampe rare. Madame Lemoine aura l’avantage d’être restée à Paris lorsqu’il est retourné à Rouen. En 1796, elle habite rue de la Loi, et en 1798, rue des Moulins; après cette date, elle fait peu parler d’elle, alors que son homonyme persévère et expédie de Rouen des dessins aux Salons de peinture. Née deux ans avant Jacques Lemoine, en 1754, elle meurt en 1820, quatre ans avant lui, sans avoir pu forcer la renommée.

Le séduisant Hall a trop complètement troublé les coquettes de son temps pour n’avoir pas, à sa suite, toutes les femmes artistes. Peu d’entre celles-ci lui résistent, au moins dans leur jeunesse. Elles vont, d’instinct, aux rubans et aux chiffons, comme aussi, de préférence, à la miniature, petit art décent, propret, par lequel, tout de même, on peut montrer un grand talent si on l’a, et si l’on en manque, s’en tirer par le charme et l’esprit. Madame Lemoine ne saurait être invoquée ici; elle a une identité trop vague. Mais on a Aglaé de Joly, dame Cadet de Gassicourt ; Mademoiselle Landrangin, devenue Madame Marie-Adélaïde Durieux ; Mademoiselle Nanine Yallain , mariée à M. Piètre; la citoyenne Huin , même Mademoiselle Chalette, trois fois mariée : à M. Lorcet, à M. Perrin, enfin à M. Dumas. Et ce ne sont point là les plus célèbres; trois élèves de Madame Labille-Guiard au moins tiendront une place à part : Mademoiselle Frémy, Madame Jeanne Dabos, née Bernard, Mademoiselle Marie-Gabrielle Gapet, la plus en vue de toutes avec Mademoiselle de Noireterre, son aînée de quelques années.

En résumant à grands traits leur carrière, on dira que Madame Aglaé de Joly, qui mourra en 1801, a épousé le chirurgien Cadet de Gassicourt, dont une légende fait un bâtard du roi Louis XV. Elle est élève de Weyler pour l’émail, et devient peintre de la Reine en 1787. On sait d’elle un émail représentant Necker , et deux boîtes , autrefois au duc d’Aumont, ornées des portraits de Racine et de Lekain. Elle expose en 1791, une seule fois ; après la Révolution, on n’en parle plus nulle part.

Marie-Adélaïde Landrangin, mariée à M. Durieux, ne se réclame d’aucun

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maître. On la voit paraître aux Artistes libres de la rue de Cléry, en 1791, avec des cadres de miniatures; et, sdccessivement, aux Salons de 1793 , 1795 , 1798 . Ce n’est point une gloire . Pas une gloire non plus, Mademoiselle Gousseau ou Gousseu, qui fabrique des Hall de pacotille et qui envoie, elle aussi, aux Artistes libres, « un cadre de vingt -quatre pouces de long sur vingt de haut, renfermant plusieurs portraits en miniature ». Quant à Madame Piètre, née Nanine Vallain, élève de David et

de Suvée, c’est une laborieuse qui, dès 1787, a exposé à la Jeunesse, qui

paraîtra à tous les Salons jusqu’en 1810, sans laisser rien qui la classe.

De même pour la citoyenne Huin, également élève de David, demeurant 51, rue Mêlée, et dont l’apparition aux Salons de 1796, 1798, 1799, 1801, reste inaperçue . Mademoiselle Chalette , qui changera trois fois de nom par des alliances successives, est née vers 1757 ; elle peint encore, en 1807, de curieux portraits de femme, dans la façon serrée et décisive de Dominique Ingres ou de Fontallard. Ce n’est ni médiocre, ni non plus de première grandeur.

Ce qui sera hors pair, c’est la petite escouade des élèves de Madame Labille-Guiard . Cette demoiselle Frémy , qui paraît au Salon de la Correspondance de La Blancherie à un âge où les autres apprennent, et dont les portraits déchaînent l’enthousiasme du Bulletin ; puis Jeanne Dabos, née Bernard, une des plus jeunes, — elle est de 1763 et mourra en 1842, — qui travaille dès 1783, et épousera Laurent Dabos, élève de Vincent et peintre de l’archichancelier Cambacérès. Mademoiselle Bernard expose en 1791, mais elle ne fit de miniatures que pour nous montrer son amour des falbalas et des fleurs. Plus tard, une fois mariée, elle recevra de la reine d’Etrurie une grande médaille d’or.

Restent Mesdemoiselles de Noireterre et Capet. Par l’âge, c’est Mademoiselle de Noireterre qui prime; par le talent, c’est à égalité. C’est la personne la plus laide et la plus disgraciée qui soit, mais elle eut l’esprit de ne s’en point cacher ; car, si nous le savons, c’est grâce à une miniature exécutée par elle avec une science de détails et un luxe de vérité dont peu de femmes sont capables. De son mérite ou de son esprit, qui

l’emporte? Les Tablettes de la Renommée tenaient pour l’esprit, car c’est être mieux qu’un peintre, d’amener sur un visage les tares ou les qualités morales d’un modèle. Chez Mademoiselle de Noireterre, on voit aussi bien le dedans que le dehors ; pas un de ses patients n’y échappe; elle a, du bossu, la malicieuse et ironique recherche des défauts dans autrui. Seulement, elle est femme, foncièrement, irrésistiblement de son sexe, et il ne lui déplaît point de décorer ces êtres disgraciés au physique ou au moral, qui sont ses clients, d’étoffes jolies, de flots de satin, et généralement de parures d’idoles. On la remarque, on l’estime même, puisque des graveurs traduisent certains de ses portraits, et que ses victimes, parées comme des châsses, ne devinent point l’ironie de son jeu malin. Seulement, elle produit peu. On a vu autrefois, rue de Sèze, deux cadres provenant d’elle, et qu’on dit appartenir à Mademoiselle Jumel. C’était matière à réflexions philosophiques. Il est sûr qu’une femme vilaine ne voit pas les autres en beau.

A la fin, Marie-Gabrielle Capet s’annonce; jusque sous Napoléon, après avoir traversé les pires instants, elle arbore ses regrets éternels à la barbe de David et des classiques incoercibles. Non qu’elle veuille manifester une opinion ou protester; elle s’est tout bonnement identifiée avec Madame Guiard, sa patronne et sa bienfaitrice , et s’est si radicalement assimilé les principes de l’ancien temps qu’on la croirait, à ses débuts, la contemporaine de Vestier ou de Madame Yigée. A beaucoup près, ce n’est point le cas. Elle naît à Lyon, en 1761; elle est fille d’un homme de service dont la condition est précaire. Comment vint-elle à Paris , et pourquoi y vint-elle ? On dit qu’une marraine , portière dans une prison , la reçut à son arrivée, et, par des relations, la confia à Madame Labille-Guiard. On ne saurait rien affirmer de précis. On sait une chose, c’est qu’en 1781, les soins de Madame Guiard lui ont donné une force suffisante pour qu’elle

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se risque d exposer à la Jeunesse , sur la place Dauphine . Déjà elle a quitté sa marraine et elle loge rue Richelieu, au coin de la rue des Boucheries, dans 1 appartement de Madame Guiard, en compagnie d’une préférée, Mademoiselle Rosemont, qui, plus tard, épousera le graveur Bervic. Ce qu elle fait, on le devine : sous le prétexte d’une affection particulière et de leçons bénévoles, elle a les gros ouvrages de l’atelier, le soin des couleurs et des palettes, elle balaie, elle range. Moyennant cela, on lui abandonne de menus travaux, la copie de certains portraits, la préparation des dessous. Dix années se passent à de tels apprentissages, et, si l’on trouve d’elle une miniature venue de cette époque , comme serait celle du cabinet Panhard, — qu’on veut être son propre portrait, — rien n’est plus ordinaire.

Une représentation plus assurée de sa figure est dans le tableau, dont il a été parlé déjà, où Madame Labille-Guiard s’est montrée dans son beau, devant deux jeunes filles, qui sont Mesdemoiselles Capet et Rosemont. Madame Guiard , née Labille , n’a jamais été jolie ; elle a le chanfrein busqué, des traits hommasses ; elle est dondon. A son âge, et avec la réputation qu’elle s’est acquise , elle se doit à elle-même de se réserver la place d’honneur; elle n’y a point manqué. En arrière d’elle, en repoussoir, avec leur tenue très simple, les deux jeunes filles laissent à la toilette tapageuse de leur maîtresse, à son chapeau emplumé, aux dentelles, à sa pose olympienne, toute la valeur souhaitée.

Mademoiselle Capet ne brille pas ; elle est de physionomie banale et renfrognée. Disons le vrai, cette toile frise le ridicule. C’est une enseigne de professeur. Par contre, que fera l’excellente Gabrielle Capet, lorsqu’elle s’avisera de

portraicturer la patronne? Hall ayant à peindre une fille jolie, jeune, évaporée et mise comme une princesse, n’aurait su mentir plus effrontément. Elle bâtit de Madame Guiard une effigie diaphane, aérienne, où les casoars, les « esprits », les soies bleues et les mousselines font un nuage. Au beau milieu de tout cet attirail pimpant, une frimousse busquée, élégante, — qu’on n’avait point baptisée encore, mais qui est, à n’en pas douter, le rajeunissement idéal de la « chère bonne amie », — provoque l’admiration de son œil en coin. L’œuvre est aujourd’hui conservée chez Madame Guérard; en l’absence de signature, on la dirait de Lié Périn. Mademoiselle Capet a craint qu’on s’y trompât; elle a signé G. Capet, afin que nul n’en ignore.

Pour une artiste qui vit dans le commerce des ci-devant, qui se réclame moralement de l’ancien état de choses, quel nom que celui-là! En 1793, au moment où le mobilier royal, confisqué dans les résidences de la cour, s’ornait d’étiquettes d’origine : Louis Capet, Stanislas-Xavier Capet, femme Antoinette Capet, celui de Gabrielle Capet, retrouvé chez une élève du peintre attitré de Mesdames , tantes de Louis XVI , sonnait de façon redoutable . Il fallait qu’à force de gages donnés aux nouveaux maîtres, par la révélation de ses origines plébéiennes et minables, la citoyenne Capet s’affirmât dans le sens de la liberté et de l’égalité . C’est la cause de certains portraits, peints par elle sous la Terreur, destinés à donner le change et à effacer la tare involontaire de sa famille. Même lorsque les fureurs se sont apaisées, au Salon de 1798, Gabrielle Capet n’envoie que des produits à l’estampille démocratique : la citoyenne Guiard, le citoyen Vincent, le citoyen F., le citoyen C. P. En 1799, c’est la citoyenne D., tenant son enfant, le citoyen Suvée, le citoyen Mesnier, et d’autres. D’avoir eu très peur , elle poursuit la phraséologie révolutionnaire par manière de précaution. Il est vrai que, dès l’année 1800, elle expose « Madame Vincent, ci-devant Guiard », parce que c’est la date où Madame Guiard, enfin divorcée, épousera son ami d’enfance. Seulement elle corrige le méchant effet , en désignant son autre envoi de cette sorte : « Portrait du citoyen Houdon, travaillant au bronze de Voltaire », miniature au quart de la grandeur naturelle !

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Sur quelle matière Houdon avait -il été peint ? Isabey ni Augustin n’avaient encore rendu pratique la plaque d’ivoire réservée pour la tête, et collée sur un carton dont on s’efforcait de dissimuler les sutures, au milieu d’accessoires ménagés habilement. A part la grande miniature d’Augustin, parue en 1796, ce moyen n’est guère employé encore. Gabrielle Capet fut l’une des premières à s’en servir.

Dès ce moment, elle se conforme aux théories récentes ; elle embrasse résolument la voie davidienne. Ses amis Vincent sont dans les premiers à lui conseiller cette volte-face. Ses tons deviennent gris et sombres. Sa miniature de Vincent, la sienne, conservées chez Madame Guérard ; une autre de Vincent, à M. Alphonse Kann, datée de l’an VI ; un écolier à sa table, chez M. Fitz- Henry, dont on faisait un faux Louis XVII ; ceux-là, et bien d’autres encore, sont d’une facture toute masculine et très franchement conçue dans le mode récent . On ne peut douter que l’auteur n’en soit un peintre excellent ni une nature originale . Vincent surtout, représenté assis, tenant son crayon et son cartable, avec ses yeux de presbyte débarrassés de leurs bésicles à la Chardin, se présente comme un morceau de grande allure. De même son portrait à elle — fille à la quarantaine, fripée et sèche — atteint au chef-d’œuvre. Entre ses travaux de cette fin de siècle et ses œuvres d’auparavant, il s’est fait dans son jeu des transformations radicales. Elle a désencombré ses intentions de mille superfluités qui, par l’entremise de Madame Guiard, venaient en droite ligne de Madame Vigée ou de Hall. Qu’on regarde le portrait du graveur Miger, peint à l’huile par elle, et conservé au Cabinet des Estampes, c’est du David. Le curieux de l’histoire, c’est que tout vient encore des Vincent et de leur rapprochement avec le maître omnipotent de l’Ecole française. Grâce au logis qu’ils ont obtenu au Palais Mazarin, — entre deux cours, au-dessous de la bibliothèque, — les dissidences se sont apaisées, et c’est maintenant faire politesse à la « ci-devant Guiard » que d’admirer l’auteur des Sabines ; on l’admire, en femme, en se laissant dominer, c’est la règle. On a beau montrer, dans la lutte quotidienne, un caractère viril et des résolutions d’homme, on a ses faiblesses de nature, et il est si

agréable de penser par le cerveau d’un autre 1 En petit, Mademoiselle Capet cherche à parodier ce que David fait en majestueux. Quelle meilleure preuve en veut-on que la critique de Chaussard dans son Pausanias de 1806 : « Dans sa miniature,

— il parle de Mademoiselle Capet,

— le ton est prononcé, les masses sont justes, mais il y manque du fini! » Habitué à Augustin et à Sicardi, Chaussard est dérouté par la marche

un peu masculine de cette fille émancipée ; elle a trop gardé d’errements de jeunesse, trop de fioritures inconscientes du xvm“ siècle pour plaire réellement aux nouveaux promus. Elle s’y emploie de son mieux, elle le désire, elle n’y parvient pas toujours, surtout dans le portrait de femme. Prud’hon, non plus, n’avait pu mettre au rancart ses réminiscences ; pour lui, d’ailleurs, c’eût été bien tant pis !

Après 1805, Mademoiselle Capet disparaît ; elle vivra pourtant jusqu’en 1818, mais la mort de Madame Vincent, survenue dans l’année 1803, lui avait porté un coup terrible. Elle paraît s’être abandonnée et retirée du monde sur ses cinquante ans.

Elles furent, « dans la partie », un assez bon nombre de filles à marier que la Révolution détourna de la vie normale . Trop attachées aux anciens usages , mijaurées un peu , et dédaigneuses des croquants de la nouvelle loi, elles allaient, suivant leur état, parasiter dans le ménage d’autrui. L’ancien régime les eût nommées des complaisantes, les Romains eussent dit des clientes . Mademoiselle Capet fut chez les Vincent ; Marguerite Gérard, chez Fragonard; Constance Mayer, chez Prud’hon ; pour dire juste , cela ne finissait pas toujours sur des roses . La peinture fut très souvent le prétexte d’intrigues ; elle l’aurait été chez Frago, elle le sera chez Prud’hon. Que de « massières » rencontrées, non seulement chez

agréable de penser par bd’un autre I En petit, Madew - !le Capet cherche à parodier ce que David fait en majestueux. Quelle meilleure preuve en veut-on que la critique de Chaussard dans son Pausanias de 1806 : « Dans sa miniature,

— il parle de Mademoiselle Capet,

— le ton est prononcé, les masses sont justes, mais il y manque du fini ! » Habitué à Augustin et à Sicardi, Chaussard est dérouté par la marche

un peu masculine de cette fille émancipée ; elle a trop gardé d’errements de jeunesse, trop de fioritures inconscientes du xvni* siècle pour plaire réellement au-< nouveaux promus. Elle s’y emploie de son mieux, elle le désire, elle l’y parvient pas toujours, surtout dans le portrait de femme. :.Tboït, non plus, n’avait pu mettre au rancart se- réminiscences; pour ailleurs, c'eût été bien tant pis I

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les grands maîtres , mais aussi chez les miniaturistes professeurs I Nous l’avons dit, les dames recherchent volontiers cet art élégant et intime, accommodé à leur vision, à leurs moyens minutieux et dociles. De là, tant de petits romans, soupçonnés dans l’entourage des miniaturistes arrivés ; et si l’un d’eux tient séminaire de jolies filles, que de ruses pour se concilier les bonnes grâces du patron I

Chez Fragonard, ce n’avait pas été en l’honneur de la miniature, mais on eut vent, tout de même, de petites histoires. On disait que le patron avait épousé à la fois les deux sœurs Gérard; il serait oiseux de s’attarder à de tels sujets. Ce qui demeure, c’est que les deux sœurs firent de la miniature; une femme peintre y a toujours inclination. Marguerite Gérard, fille très belle, très Arlésienne de type, bien qu’elle fût de Grasse, et qui eût été largement la fille d’Honoré, son beau-frère, puisqu’elle était de 1761 et lui de 1732, Marguerite, qui avait touché à tout, au dessin, au pastel, à l’aquarelle, à l’eau-forte, composa d’abord de petites aquarelles sur ivoire, assez lestement troussées. Nul doute, on l’a dit déjà, que les miniatures reportées à l’illustre Frago, fussent, par moitié, de sa sœur et d’elle; tout était en commun dans la maison. Mais, après la mort de Fragonard, en août 1806, il se produisit, dans la méthode et dans l’esthétique de Marguerite Gérard, un travail identique à celui remarqué chez Mademoiselle Capet. Par sympathie de nom, elle semble tourner à François Gérard; et les très rares ivoires de sa main venus de ce temps, en ont la note formelle. Ce n’est plus le brio, le papillonnage de Frago, c’est le posé, le compassé de Gérard avec un soupçon de David et de Boilly, mais sans plus rien de « l’initiateur ».

Un autre souffre-douleur de ses élèves, — car lui épousait, le pauvre!

ce fut Étienne-Charles Leguay. A quelques mois de différence, il a le même âge que Mesdemoiselles Gérard et Capet. Il débute dans la miniature et la porcelaine , et travaille aux décorations de Sèvres . Avant 1789, il a exécuté des portraits, et sa famille conservait naguère des esquisses de très bonne mine , peintes avant la Révolution . Il a de l’habileté et de la grâce ; et, en 1791, il épouse Mademoiselle Sophie Giguet, qu’on aperçoit dans une miniature donnée au Louvre par Madame Élisa Leguay. Dans cette pièce, où l’artiste s’est montré aux côtés de sa jeune femme , très nonchalamment appuyée sur son épaule , Leguay est davidien complet. De son propre visage il arrange comme une paraphrase de celui de David, moins la fluxion célèbre. Dans ses yeux, il y a une douceur infinie et de la soumission, de l’obédience. Sophie Giguet, elle, par sa pose même, indique la mainmise sur le brave et naïf bonhomme. Cette oeuvre, qui restera une des meilleures de Leguay, parut au Salon de 1795, la première fois qu’il exposa en public. Dans l’année 1796, Madame Leguay a envoyé, de ses produits à elle, plusieurs dessins, au milieu de miniatures et de porcelaines de son mari , entre autres une Baigneuse dont on dit du bien . En 1801 , Sophie Giguet est morte et déjà remplacée par une personne dont la volonté et l’autorité n’ont pas laissé à Leguay le temps de la réflexion , Madame Victoire Jaquotot. Il travaille alors pour les porcelaines de Dihl et Guirard; il peint des miniatures, il se prodigue; cependant Madame Jaquotot entend conserver son nom. Elle est dame Leguay, mais avant tout Jaquotot, et non moins Victoire. Elle a, en 1801, date de son « hymen », vingt-trois ans, étant née en 1778. On la sait gaillarde, maîtresse femme, très autoritaire, et d’une suffisance qui grandit dans le succès. Elle a du succès, elle s’impose; de 1806 à 1810, les Salons de peinture retiennent ce nom de Jaquotot qu’elle conserve, au nez de Leguay , dont elle fait un homme très malheureux . Et cependant, c’est bien hasard qu’elle invente ; le meilleur d’elle est copié d’après les maîtres : Raphaël, Rubens, Vinci. Le service de Sèvres qu elle décore, et qui fut remis par Napoléon à Alexandre , lors de la paix de Tilsit, marque son point de départ. Après cette date de 1807, elle entend

CHASSELAT. — BORNET

n’être plus Leguay, elle peut marcher seule; elle a beau rester 48, rue de Bondy, au domicile conjugal, elle fait palette à part. De ce divorce moral à l’autre , il n’y eut qu’un pas , très vite franchi . En 1810, l’affaire est réglée. Leguay est libre, et Madame Jaquotot non moins. Toutefois, le bon artiste, né pour l’esclavage, proie de ses élèves, n’a pas joui longtemps de son repos. L’année 1810, au moment où Napoléon quittait Joséphine pour Marie-Louise, Leguay remplaçait Madame Jaquotot par une troisième cc massière », Caroline de Courtin.

Tout ce qu’on avait connu de lui dans le précédent siècle annonçait une technique heureuse, avisée, une divination câline des physionomies, et la gaieté de bon aloi. Ceci le suivra sous l’Empire et la Restauration, en dépit de ses misères intimes. Mais il était parti sur une donnée, sur des goûts, et, sans transition, il est transporté à un siècle de tout cela. Il fut, comme tous les contemporains dont il a été déjà question, comme d’autres encore, tels que Chasselat, Bornet, Civi ou Notté même, un miparti de deux courants opposés : Boucher et David. Encore Pierre Chasselat est-il de 1753 et disparaîtra en 1814. A la Révolution, sa carrière

sera aux trois quarts finie, car il a été peintre en miniature de Mesdames,

et ce n’est point une raison pour trouver du travail auprès de Robespierre. Ce qu’on connaît de lui alors est trop délibérément « ci-devant » pour agréer. La Dame au chien, du musée du Louvre ; les Dames au

piano, à M. Doistau, sont de la pure aristocratie, du Baudouin, du

Lawreince ou du Hall. Une bonne part des miniatures aujourd’hui signées de Lawreince, ou à lui attribuées, sont, en réalité, de Pierre Chasselat; il s’en faut faire une raison, et c’est pourquoi, ayant longuement parlé de Hall, on a négligé l’autre. Chasselat, qui essaie d’exposer, en 1793, un cadre de miniature, qui réapparaît en 1806 et en 1810, meurt en 1814, décontenancé, perdant pied et ne comprenant plus rien aux choses.

Bornet, dont on a dit quelque chose déjà, connaît les pareilles aventures. A peine adolescent, il est émailleur et se montre à l’hôtel Jabach en 1777 ; puis il semble disparaître. Il ressuscite, à vingt ans de là, au Salon de 1798, où il fait piteuse figure. Cependant on l'avait vu, entre

temps, peindre un exquis portrait de cette femme laide que fut Louise de Savoie-Carignan, princesse de Lamballe, signé Bornet 89, et conservé au Louvre sous le n° 213. La lettre est précise, la signature n’est pas douteuse, mais Bornet n’a pas eu de science. Il est sensible à tout le monde qu’il travaille d’après un modèle peint de Madame Vigée, de Duplessis ou de quelque autre. Par contre, la dame en corsage bleu, de la collection Mimerel, est une besogne originale de 1790 environ ; quant au personnage de 1795, également au comte Mimerel, ce serait une des miniatures exposées en 1798. C’est plus modeste.

On a nommé Civi et Notté ; de ces deux hommes, Claude- Jacques Notté est l’aîné ; son extrait de naissance lui assigne pour origine la ville de Nanteuil, et pour date l’année 1753. A l’âge de vingt-neuf ans (1782), il expose chez La Blancherie , au Salon de la Correspondance. Il végète ensuite pendant une dizaine d’années , et précisément parce qu’il n’a pas le renom, parce que son talent n’a point forcé le sort, il embrasse avec fureur les idées libérales . Comment ce garçon habile , dont un cahier d’album nous a conservé les principaux relevés de miniatures, qui dépasse Sambat de toute sa valeur d’artiste, devient-il capitaine d’une compagnie de Garde nationale dans le Ier arrondissement ? Nouveau problème de ces temps singuliers. Le fait est qu’il est capitaine, qu’il prend son grade très au sérieux, et qu’il a sous ses ordres l’accusateur public Fouquier- Tinville ! D’ailleurs, son importance politique ne le détourne nullement de sa profession. Tout en commandant ses patrouilles, en fournissant des gardes à la guillotine ou aux prisons, il continue à travailler. En 1793,

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