‹ La miniature française 1750-1825Chapitre 25 sur 26 · J. -H. FRAGONARD · texte numérisé non relu

J. -H. FRAGONARD

AL.-ÉV. FltAGONA HD (A M. A. Ve il- Picard) Page 07

ANTOINE VESTIER

Dumont, son jeune confrère de l’Académie, et il l’avait dite en miniature dans sa pose la plus avantageuse, tenant sa palette. Quant au reste, il est difficile de fournir une liste de ses oeuvres. Les Salons de l’Académie, entre 1785 et 1798, ne signalent que des cadres de miniatures sous un numéro unique, sans désignation, sauf que, en 1796, il nous désigne : <t une dame pinçant de la guitare ». Lui, si fier de son Latude, est cependant inquiété par la marche en avant du révolutionnaire Louis David. Les arts mineurs, sous toutes leurs formes, lui paraissent négligeables; il a honte des ci-devant peints par lui avant « l’ère de la Liberté ». Nous ne saurons donc jamais qui est la dame âgée, assise dans une large bergère et lisant une lettre. Serait-ce Marie-Anne Révérend sur ses soixante ans ? on le voudrait penser, tant le peintre a mis d’intimité et de caresse en ce petit cadre conservé intact par M. A. Kann. C’est, d’ailleurs, à dix années de plus, le portrait frappant de la Madame Vestier du Louvre, exécuté par Dumont.

Successivement logé au Louvre, puis à la Sorbonne, Vestier avait tourné au régime nouveau et s’était rallié à David. Il le fallait alors, si l’on voulait vivre et ne pas nuire à l’établissement des siens. Ceci avait sauvé la mise de son gendre Dumont qui n’avait pas assez franchement rompu avec ses attaches. Sous l’Empire, Vestier n’a point abandonné la miniature, mais sa vue baisse. Comme l’explique Chaussard « de nouveaux talents se sont élevés... alors on a surpassé M. Vestier lui-même. Les peintres qui remportent aujourd’hui la palme de ce genre mettent dans leurs portraits plus d’éclat, plus de vigueur, plus de fini. » C’est le terme juste ; nous voyons dans la collection Kann un portrait de dame signé Vestier 1804; c’est encore galant et aimable, presque jeune, mais on devine que l’auteur a de l’âge et que ses moyens titubent.

Lorsqu’il lui avait fallu quitter la Sorbonne, il était venu habiter 23, rue de Seine; mais

ce n’était plus Vestier. Il mourut là le 24 décembre 1824, à quatre-vingtquatre ans, inconnu de la génération nouvelle, très définitivement sorti de la mémoire de ses confrères.

A dix ans près, il était le contemporain de Claude-Jean-Baptiste Hoin, son compatriote bourguignon aussi, car d’Avallon à Dijon, c’est une course faisable en une journée. Mais dix années ont mis entre eux un intervalle plus considérable. La raison en est que Vestier est l’élève de Pierre et que Hoin a étudié chez Greuze. De Pierre à Greuze, un siècle !

Hoin fut surtout un pastelliste, un peintre de grandes figures ; s’il descendait à la gouache, aux compositions d’illustrations aimables, il rappelait les meilleurs jours de Baudouin. Sa Nina, gravée en couleurs par Janinet, restera comme un type de composition habile et gracieuse. La Jeune Fille aux Roses, à M. Deutsch (de la Meurthe), est un morceau de qualité, moins libre qu’un Fragonard, mais d’une tenue exquise. En 1782, Hoin confiait au Salon de la Correspondance, refuge des jeunes, « une gouache représentant un tombeau consacré à son père et sa mère, dans un jardin disposé à la manière anglaise, où il n’a employé d’autre blanc que celui de zinc récemment découvert par M. Morveau ». Cette piété filiale, servant à une réclame, n’est-elle pas d’une allure moderne fort américaine ? Mais en célébrant le blanc de zinc de Morveau, Hoin ne pouvait prévoir les mécomptes d’après ; le noircissement de ces blancs, qui feront de certains visages poudrés des faces de Congolais. Par fortune, le blanc de zinc en était à ses débuts ; Morveau avait livré à Hoin des produits soignés ; celui-ci n’eut pas trop à souffrir de s’être offert aux expériences.

Ses miniatures ont de la rareté; elles ont aussi de l’imprévu. Un portrait de femme de la collection Fitz-Ilenry, cherché dans le jaunâtre et le ton chaud, est un bijou de coloris, de saveur de touche frissonnante et audacieuse. Ces recherches de symphonie ne sont point la tx-ouvaille de nos récents équilibristes, qu’on y songe bien. Isabey aura aussi de ces recherches en tons sur tons. Augustin lui-même, plus occupé de dessin que de couleur, y viendra aussi. La femme peinte par Hoin est de physionomie lourde ; ce n’est plus une jeunesse à cette date qui

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