‹ La miniature française 1750-1825Chapitre 26 sur 26 · H 0 IN . — ROUVIER · texte numérisé non relu

H 0 IN . — ROUVIER

paraît voisine de 1785. On avait cru à la Dugazon ; en 1785, celle-ci était encore jeune; on a dit aussi Mademoiselle Contât. C’est possible, mais c’est tout aussi vraisemblablement une personne quelconque, « l’anonyme intégrale ». Elle est aussi bien sans nom.

A l’exemple de Descamps, de Laurent de Baccarat, de Mouchet, de Lemoine, Hoin restera fidèle à sa ville natale. Sa carrière très honorable s’est faite à Dijon; il y mourra conservateur du Musée en 1817. Son portrait par lui-même, dans le cabinet Panhard, rappelle celui du prétendu Gustave III de Hall. Est-ce bien authentique, cette effigie? On le voudrait croire.

Si de ces peintres, miniaturistes occasionnels, nous venons à ceux de la profession pure, aux moyennes gens du Palais-Royal, spécialistes exclusifs de l’ivoire, nous sommes à un étiage moindre aussitôt. Les différences s’accusent par des timidités de facture, certaines puérilités, la passion de pousser trop loin, d’outrer les inutilités et de passer vite sur le difficile. Plus près de Vestier que de tout autre, mais à deux échelons plus bas, on rencontre Rouvier, celui-là professionnel de la miniature, seulement cela, obscur, inconnu — méconnu plutôt — et de pratique molle, de dessin hésitant, d’allure empêchée. De lui, tout est obscur. On ne peut déterminer ni sa naissance, ni ses origines, ni même l’endroit de sa mort. On le voit passer chez La Blancherie dès 1779, ce qui lui donne au moins vingt-cinq ans, l’âge approximatif de Madame Guiard. Dès 1778, il est signalé; il habite rue Croix-des-Petits-Champs, « la maison neuve en face de la rue Coquillière », mais il n’est que le « sieur Rouvier ». Ni prénoms, ni lieu de naissance. Il a naturellement exécuté un portrait de La Blancherie qui ne lui ménage point les éloges. En 1782, il continue son abonnement à l’impresario, ce qui n’était point le cas ordinaire, car il ne manquait pas de gens pour trouver lourde la redevance exigée à la Correspondance. Aussi les éloges enflent-ils leurs pipeaux. « Cet artiste, dit le Bulletin, dont les ouvrages intéressèrent aux assemblées de 1780, ne dément pas l’espérance qu’on en avait conçue ; il joint à la ressemblance de la couleur et de l’agrément. » La couleur s’est volatilisée, mais l’agrément reste ; le procédé gris de Rouvier, c’est du Vestier plus sec, un

Hall passé à la lumière du jour. Le reproche à faire est le modelé subtil et par trop maigre. Dans une très jolie pièce qui nous donne les traits pâles et chlorotiques de Madame Foacier, fdle du célèbre Soufflot, Rouvier a donné toute son haleine. On le sent manquer de profondeur. C'est à la fois exquis et un peu chiche, trop ténu et impondérable. La jeune dame est d’une distinction infinie, presque douloureuse; on lui sent des consomptions menaçantes. L’ajustement, fort étudié, rachète nombre de petites erreurs. De cette toilette en avance sur son temps, tarabiscotée, amplifiée à la mode de 1780, Rouvier a su composer un décor très seyant à la petite figurette chafouine et maigrichonne de la personne. Madame de Saint-Martin-Yalogne, qui possède ce joyau de famille, détient assurément le chef-d’œuvre de Rouvier, comme nous la verrons posséder le Guérin le plus étourdissant qui nous soit venu.

Par cette pièce hors de pair, par quelques autres aussi de la même époque, tout pareillement conçues dans les tons cendre, nous devinons l’orientation de Rouvier dans le sens des touches pâlies, nacrées et apaisées. Cependant on peut admettre aussi que sa palette, fournie de bleu, de rose ou de carmin, offrît au soleil une proie facile et qu’il ne nous restât de Rouvier que les couleurs moins attaquées par la lumière. On sait pourtant des œuvres de lui, venues jusqu’à nous à peu près indemnes, qui sont d’ordonnance grisâtre.

Passé 1785, rien de Rouvier que nous ayons pu connaître. Un portrait de Madame Yigée, signé et daté 1785, est aujourd’hui chez J. Ward Usher, esquire. Ne l’ayant point vu je n’en puis rien dire, mais il est peu vraisemblable que la grande artiste ait offert ses traits à Rouvier. Ce n’est d’ailleurs qu’une impression basée sur ce fait qu’un client de La Blancherie, sauf qu’il transcrivît un portrait peint par

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