‹ La miniature française 1750-1825Chapitre 3 sur 26 · INCONNUE (LA PRINCESSE UE LAMBALLB · texte numérisé non relu

INCONNUE (LA PRINCESSE UE LAMBALLB

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PRÉLIMINAIRES

toujours une œuvre de haut prix, dont la supériorité s’affirmait par une résistance plus grande, et le sertissage facile dans les pièces d’orfèvrerie.

L émail trouva dans l’atelier de Petitot, au commencement du règne de Louis XIV, une assise et une perfection décisives. La palette de poudres fusibles y avait été ramenée à six ou sept teintes, dont on devait calculer les effets avant la cuisson. Un beau vert s’obtenait par le safran de Vénus; le jaune intense par de la rouille de fer; le blanc par la chaux d’étain; le bleu par la chaux d’argent; le rouge par la limaille de fer ou l’orpiment salpêtre; le noir par le jais. Mais le Français, hâtif, dédaigneux de contraintes et pressé d’agir, n’accorda jamais à l’émail qu’une considération restreinte. A la suite de Petitot, les Genevois prirent dans le genre une habileté de pratique industrielle très incontestable; toutefois, il leur fallait demander aux artistes français le froufrou, la finesse, le gracieux, qui manquaient essentiellement à leur manière; tous n’y parvinrent pas.

A son tour, la miniature-portrait, délaissant le parchemin, allait découvrir, aux environs de la bataille de Fontenoy, une et matière divine », un

dessous à la fois résistant et clair, crémeux et rosé, tout à fait dans le ton de chair des marquises poudrées; c’était l’ivoire. Pourquoi l’admit-on seulement alors, quand on le connaissait depuis des siècles ? Et pourquoi

aussi, tout à coup, cette faveur irrésistible? Chacun a donné une bonne raison et dit son antienne à ce propos. Le vrai, c’est qu’on était en ce moment à la passion, à l’engouement pour les boîtes à mouches, pour les coffrets, les éventails taillés dans

l’ivoire, et que de belles personnes eurent idée d’y faire mettre leur

figure. On trouva tant d’agrément à cette fantaisie, que la faveur devint fureur, et que les artistes procla-

mèrent exquise cetle matière inopinément offerte à leur pinceau. Quelques-uns présumèrent d’insinuer un paillon d’or en transparence, et ceci donna un éclat encore plus chaud à l’ivoire. On convint que celui-ci 1 emportait décidément sur la peau de vélin et sur le papier de carton que les plus modestes artistes avaient momentanément substitué au parchemin pour le portrait. Bientôt l’ivoire aminci, débité en tablettes, déjà devenu indispensable commença son tour du monde — ■ d’Europe à tout le moins partout plaisant, partout accueilli et fêté. L’effigie mignarde qu on lui confiait avait un peu transformé la grammaire séculaire du miniaturiste. On aquarella moins, parce qu’on rencontrait de la résistance en l’ivoire lisse; au contraire, la « gouasse » épaisse donnait à ces mignonneries 1 aspect d’une peinture à l’huile , qui permettait le papillotage du pinceau , les chatoiements, les accents et les rehauts, et qui s’arrangeait à ravir de ce dessous réchauffé et scintillant. Dès la disparition de l’Académie de Saint- Luc en 1776, où l’on comptait encore quelques tenants attardés du papier ou du vélin, l’ivoire triompha définitivement. Sauf que nous en informions spécialement le lecteur, notre illustration présente ne sera guère que de miniatures sur ivoire.

De génération à autre, à part de rares secrets particuliers, les miniaturistes se transmettaient la composition de leurs palettes ; la même à peu de chose près pour tout le monde. Il était convenu , vers la fin de l’ancien régime, qu’un portraitiste sur ivoire avait à sa disposition dixsept ou dix-huit couleurs diverses pour les chairs. Les plus soigneux disposaient les tons par ordre, sur une première palette en ivoire résistant. Le carmin, le minium, le massiat, le jaune de Naples, l’ocre, l’ocre de rue, tenaient le premier rang; l’outremer, la cendre bleue, la terre de Sienne, brûlée ou non, la laque, l’ocre rouge, le stil de grain, venaient ensuite; enfin, au troisième rang, le brun rouge, le bistre, la terre de Cologne, l’indigo. Une seconde palette contenait le vermillon, l’orpin jaune et rouge, la terre d’Italie, le bleu de Prusse, le noir d’ivoire; une troisième, les blancs, blanc léger et blanc de plomb, l’encre de Chine, le vert de vessie et encore de la terre de Cologne. Mais déjà, sous Louis XV, l’in-

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dustrie privée se -substituait à l’artiste pour la préparation de ces couleurs. La belle conscience s’émoussait; bien peu de peintres consentaient à broyer et à sécher les produits indispensables, comme aux temps héroïques. On se fournissait chez Antheaume, chimiste, rue d’Enfer ; on prenait ses tablettes toutes poncées chez le spécialiste Chéron, les pinceaux à la Gerbe d’Or, chez les demoiselles Duchemin.

La vogue un peu intransigeante prise par le portrait sur ivoire, sa joliesse, sa délicatesse, sa gaieté, son intimité surtout, tant de qualités donnèrent à ses pratiquants un rang à part. L’Académie les admettait dans ses places au même titre que les peintres d’histoire; de fait, pas un d’entre eux n’eût failli d’écrire une grande page sur toile au cas qu’on l’en eût requis. Pour ces élus ou ces agréés du corps royal, aucune difficulté à s’affirmer. Ils avaient les expositions dans le Salon carré du Louvre, qui apportaient périodiquement une satisfaction d’amour-propre ; mais les modestes, les inconnus, les débutants ? A vrai dire, d’ailleurs, les miniaturistes agréés n’avaient point les assises qu’ils se fussent rêvées. Leurs oeuvres, petites, microscopiques même, étaient écrasées par les dimensions exagérées de la salle et par le voisinage très proche de toiles hautaines et encombrantes. De 1737 à 1.791 , le soin des rangements avait successivement été dévolu à Vien, à Lagrenée, à Amédée Vanloo, dont 1 intérêt n’était pas de mettre les miniaturistes en belle posture . Ni Hall , ni ses congénères ne marquaient beaucoup dans les placements ; on les accrochait en bouche-trous ici ou là, au petit bonheur. En 1785 , on suggéra à Lagrenée de répartir des épines aux endroits les moins encombrés, afin de sauvegarder les droits des petits ; on le fit, mais on vit bien que dans le public la miniature n’intéressait que les femmes du monde , ce qui se notait alors comme une infériorité indéniable.

Au rebours de la grande manifestation officielle, l’Académie de Saint- Luc, confrérie autorisée et reconnue des artistes, offrait à un plus grand nombre de peintres l’occasion de se produire. Malgré tout, les miniaturistes y étaient assez clairsemés en 1762 ; en 1764, on les voit apparaître en nombre; en 1774, ils sont presque la majorité. Rien ne constate mieux

la faveur croissante dont jouissait alors la miniature du portrait. Mais une condition déroutait un peu les exposants , c’était le côté ambulantde ces exhibitions.

En 1751, on avait réuni les œuvres envoyées dans une salle des Grands-Augustins; en 1752, on se transportait à l’Arsenal ; en 1762 et 1764, rue Saint-Honoré, à l’hôtel d’Aligre, puis rue Saint- Merri, à l’hôtel du célèbre Jabach, dans le courant d’août 1774. La suppression des communautés confraternelles, en 1776, fut, pour les miniaturistes, un nouvel ennui. Une consolation transitoire leur avait été donnée dans les bâtiments du Colisée; son succès causa sa perte. L’Académie royale s’en émut, cria à la concurrence, à la ruine de ses privilèges ; elle obtint des pouvoirs publics que la tentative ne se continuât point.

Entre temps, les expositions de la Jeunesse, à la place Dauphine, avaient recruté quelques débutants inconnus ; mais les difficultés d’installation et le côté bazar de ces exhibitions en plein vent déconcertèrent les plus résolus.

Nous serions donc sans beaucoup de renseignements si Pahin de La Blancherie nous eût manqué. Ce La Blancherie, que nos snobismes tendent à tirer de l’oubli, était « un faiseur de spéculations ». Les contemporains, aux environs de 1780, disaient ainsi; nous dirions un chevalier d’industrie, mais ce serait outrageusement méconnaître un des hommes les plus déterminés et les plus avertis de sa génération. La Blancherie, qui avait imaginé une sorte de Salon de correspondance , où les savants, les littérateurs, les

F. CAMPANA. — inconnue

'A M. Alphonse Kann)

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expliqué leurs idées dans un bulletin périodique, s avisa que ; «rmanents, ouverts aux peintres, suppléeraient, dans une cer-

cercles, à fo nir un local ou loin le monde pourrait installer ses œuvres, dont la critique s’occuperait dans le Bulletin de correspondance.

Fort de l’appui du vieux Franklin, de Condorcet, de Lalande, qui lui

Blancherie débute fort modestement. Son illustre comité se réunit, à de >■. Voilà qui égaya fort la verve des publicistes, lesquels

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