‹ La miniature française 1750-1825Chapitre 6 sur 26 · ET SA LIGNÉE ARTISTIQUE · texte numérisé non relu

ET SA LIGNÉE ARTISTIQUE

On a sur Massé, précurseur de Hall, quelques précisions. Il n’est, à proprement dire, que le maillon d’une chaîne, le peintre de transition entre deux régimes d’art, entre Le Brun et Boucher. Il a étudié chez Jouvenet ; même, il eut le désir de graver, et Chastillon l’instruisit dans cette partie. Il voulut aussi tenter l’émail, et l’émail surtout parce que son père, joaillier riche et peu enclin aux aventures , ne lui laissa loisir de faire de la peinture qu’à ce prix. Pour cet homme d’une belle prudence commerciale, la renommée de Petitot, connu pour un seigneur très riche, était une indication favorable. Son fils, Jean-Baptiste, né en 1687, reçut donc une approbation retenue, moyennant qu’il s’engageât à imiter Petitot.

C’était alors la Régence et, pour la génération nouvelle, l’étoile du

maître émailleur de Louis XIV pâlissait sensiblement. Les enthousiasmes de Massé père avaient du retard. Les dames , dont la coiffure s’était abaissée et dont les jupes se ballonnaient, riaient très indécemment de Madame de Maintenon et de ses fontanges. On veut folâtrer alors et non continuer le jeu des pruderies de l’ancien règne. Jean-Baptiste Massé entre de plain-pied dans ces goûts. A peine sorti de l’atelier, on le sent un tempérament ; même, il grave tout aussi bien qu’il peint, et il peint excellemment à l’huile, en miniature et en émail. Il prend du renom de la façon jeune et inédite dont il interprète ses modèles, et dont il souligne les fantaisies de la récente observance mondaine. Il n’a pas trente ans que sa carrière est assise.

Une circonstance prévue l’arrête : il est protestant, « prétendu réformé » comme Jacob-Marie, son père, et comme Suzanne Lance, sa mère. Mais il n’est pas sans caractère et entend demeurer de sa religion, lui en dût-il coûter beaucoup. Sous Louis XIV, le cas aurait eu de la gravité ; pour le Régent, la Révocation de l’Edit de Nantes était « une histoire bien rouillée s. Massé, qui avait obtenu, en 1720, la commande de boîtes peintes pour le service des Menus, qui avait plusieurs fois donné le portrait du Roi en émail — entre autres celui d’une bonbonnière offerte à Lord Stain, ambassadeur d’Angleterre, œuvre payée à l’orfèvre bien près de cinquante mille livres — lui encore qui venait en 1723 d’obtenir le privilège de graver la galerie de Le Brun à Versailles, Massé, presque officiellement peintre de Sa Majesté et des princes, recherché, fêté comme nul autre jamais, tourna tout naturellement ses regards vers l’Académie. C’était la consécration indispensable à un artiste pour prendre rang. Massé la souhaitait, sauf pourtant qu’elle lui imposât une abjuration repoussée avec énergie. Philippe, duc d’Orléans, régent de France, n’aimait guère qu’on ravivât sur un nom célèbre des querelles de cette nature. Massé avait peint le Roi et la Reine à diverses reprises ; il avait un talent certain, de la liberté et du courage, pourquoi lui eût-on tenu rigueur d’une situation dont il était innocent ? Les académiciens s’étaient bien un peu émus ; mais sous tous les régimes les gouvernants savent, s’il leur plaît, mettre

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