‹ La miniature française 1750-1825Chapitre 7 sur 26 · JEAN-BAPTISTE MASSÉ · texte numérisé non relu

JEAN-BAPTISTE MASSÉ

de la désinvolture à tourner les règlements. Massé entra à l’Académie, par ordre. On était en 1734 ; il n’avait que quarante-sept ans.

Dans son Abecedario , Mariette nomme Massé avec quelque dédain ; on sent que l’amateur, épris de raphaélisme et de belle taille, ne réserve au graveur de Le Brun qu’une considération des moins distinguées. En miniature, il le proclame inférieur à cette Rosalba Carriera dont les portraits nuageux et bleuâtres eurent vers ces temps une réputation. Aux yeux de Mariette, Massé a de l’agrément et de la netteté dans le travail, de la propreté même, « ce à quoi il faut s’attacher quand on veut plaire à la multitude ». Seulement, son genre est froid et manque de verve ;

entendez que Massé n’imite ni Raphaël ni Raimondi, qu’il s’est débarrassé de Le Brun et que la « verve » classique lui paraît surannée.

Voltaire ne parlait pas comme Mariette, et Voltaire, dont le goût personnel ne compte point, est le porte-parole d’une opinion courante dont il faut faire état. Dans les épîtres de M. Arouet, Jean- Baptiste Massé est un artiste de son temps, non de celui de Léon X.

Il tient dans la littérature la place de Janet Clouet dans les auteurs du xvi" siècle ; il est un prota-

goniste, un chef d’emploi dans le genre de petit peintre pour boîtes précieuses. Pourquoi devrait-il rappeler Léonard de Vinci ? Voltaire n’y songe pas. Dans une épître au duc de Richelieu, écrite dans le genre mirlitonesque dont il détenait le secret, il décoche à Massé" une louange non médiocre :

Les traits de Richelieu coquet — De cette aimable créature —

Se trouveront en mignature Dans mille boîtes à portrait Où Massé mit votre figure.

Vers singuliers, mais intention parfaite, qui aura une accentuation dans sa pièce de l'indiscret lorsqu’un des personnages s’écrie :

Regarde ce portrait...

Çà, dis-moi si tu vis jamais de tes deux yeux Rien de plus agréable ou de plus précieux :

C’est Massé qui l’a peint, c’est tout dire!...

Au point de vue de l’art sublime et ennuyeux, Mariette aurait peutêtre raison ; nous aurions aujourd’hui tendance à écouter Voltaire. L’opinion de Mariette s’était faite avant l’heure favorable ; nous trouvons dans l’oeuvre de Massé tout autre chose, parce que nous possédons l’ensemble et que nous en découvrons les suites très heureuses. Pour dire vrai, Massé était en avance sur son époque. Il en était bien encore au parchemin, au papier de cartes, à l’émail de Petitot, mais il vivait dans une autre atmosphère que ses vieux patrons. Son jeu dégagé, tout moderne déjà, se réclamerait plus de Rigaud que de Jouvenet, et autrement plus de Boucher que de Mignard. On connaît de lui, chez M. Edmond Taigny, un portrait de beau seigneur, qu’on dit être le peintre Natoire — ce n’est pas sûrement Natoire — mais qui nous paraît excuser Voltaire et taxer Mariette de parti pris. Rien n’est mieux. Hall lui-même ne saura surpasser cette effigie chatoyante, d’une élégance maniérée et noble. Là est le secret de ce que tenteront plus tard les artistes du siècle, Roslin, Hall ou Mosnier, gouachistes, froufroutants, chercheurs de velours et de soie, qui sauront, à 1 exemple de Massé, trouver dans la perfection du visage

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