Le 18 probablement
3. Dans la liste des candidats pour les Conseils Municipaux de l'an XII, on Ut : Saint-Brieuc ; Olivier Latimier Duclésieux, avant 1789, négociant ; depuis, négociant et receveur général du départe-
de fer ouvragé existe encore, malheureusement découronnée de son toit à la Mansard et de son fronton triangulaire où s'enchâssait un cadran solaire ; elle est située sur la place de l'église et le décor n'a guère changé depuis le jour ou Hoche, avec ses cavaliers d'escorte, mousqueton au poing, s'arrêta et mit pied à terre devant la porte des du Clèzieux. Il parut, tel que l'a décrit une contemporaine, « grand et beau garçon, en longue redingote avec un long sabre. Point de façons, point de luxe ; parlant bref, avec une grande politesse aux dames, une grande cordialité aux soldats, une grande réserve aux civils \ »
Madame du Clèzieux, jeune et très belle, d'esprit cultivé, s'était ingéniée, durant la Terreur, à prê* cher la modération ; royaliste de sentiment, elle avait maintes fois tenté d'assoupir les haines et d'arrêter l'effusion du sang. Au prestige de ses charmes s'ajoutait l'autorité de sa vertu ; il est à supposer que son influence sur Boishardy, particulièrement lié avec elle, avait contribué à calmer l'ardeur belliqueuse du tenace révolté. Tout de suite elle prit sur Hoche le même empire et, sous sa douce et irrésistible action, ces deux hommes, si distants en apparence, se rapprochèrent, pénétrés d'une réciproque estime s . Qu'éprouva-t-il, le jeune chouan, dont le nom et les exploits n'étaient connus que des paysans de sa contrée, lorsqu'il se trouva en prément. Fortune personnelle, en capitaux, 3oo.ooo livres. Archives nationales, Fifo II, Côtes-du-Nord, 3.
i. Grille. Pièces inédites sur la guerre de l'Ouest, p. 18-30. C'est une dame Blas, d'Angers, qui a tracé de Hoche ce rapide croquis. Elle ajoute : — « Il nous tourne la tête à nous autres femmes.,. Nous irions toutes l'embrasser, lui baiser les mains, lui porter des couronnes. C'est un enthousiasme général. »
a. Geslin de Bourgogne et A, de Barthkijïmy, Éludes, 160.
sence de ce glorieux rival de vingt-sept ans auquel obéissaient des armées et dont la renommée rayonnait loin au delà des frontières ? Des remords ? — Non, certes ! — Des regrets ? — Peut-être. — De l'envie, sans nul doute pour cet heureux soldat qui avait combattu les ennemis d'Outre-Rhin et posé de nouveaux lauriers au front de la France. De telles rencontres imposent aux consciences droites des examens redoutables. Qui sait si, ce jour-là, ne naquit pas la répugnance de Boishardy pour l'ingérence anglaise dans l'insurrection royaliste ? Dès lors, assurément, ses amis s'étonneront de « son indécision », voire de « sa nonchalance 1 » ; il venait de comprendre, et il allait en mourir, qu'aucun devoir, fût-ce le plus noble et le plus impérieux, ne permet d'aider l'étranger à meurtrir la Patrie.
A Moncontour étaient autour de lui groupés plusieurs chefs royalistes : Chantreau, Solilhac, d'Ajidigné, Tinténiac qui se préparait à retourner en Angleterre 2 , Cormatin et ses « officiers d'ordonnance» : Jarry, Gazet, Boisgontier, La Nourais, Dufour, ce commandant du Clos-Poulet qui avait « passé » Puisaye à Jersey. Hoche tint avec eux une « très longue conférence 3 ». Il les questionna en camarade sur leurs intentions, la force de leur parti, leur situation personnelle et emporta l'impression que le nombre des chouans de toute la Bretagne mon-
i. Mémoires du général d'Andigné, I, aai.
a. II devait partir le a4 avril sur le bateau d'Armand de Chateaubriand. Contadeb, Emigrés et Chouans, p. 89.
S. Le 19 mars. Dans une lettre datée du 3o ventôse, il écrit : — « Hier, une très longue conférence avec les principaux chefs. » Archives de la guerre, Armée des Côtes de Brest et de Cherbourg, à la date.
tait, — non pas à 100.000, comme on le lui dit, — mais à 35 ou 40.000 hommes, bien suffisant pour <( intercepter les communications, affamer les villes et molester les patriotes ». — « Tous les chefs, notet-il, sont d'anciens pages de Capet, des officiers de la marine ou de l'armée de terre ; sauf quelques jeunes têtes, très bouillantes et sortant des bois, ils paraissent désirer la paix. » Et il conclut, mélancoliquement : — « Il n'y a, en Bretagne, que deux partis- : les chouans qui veulent tout envahir, et les terroristes, "qui veulent tout brûler l . »
Il fut convenu qu'on se retrouverait le 1 er avril à Rennes où les chefs de toute la chouannerie seraient invités à se rencontrer avec les députés de la Convention.
Aussitôt Cormatin qui doit, en sa qualité de major général, présider cette réunion solennelle et attacher ainsi son nom à l'un des plus heureux événements de notre histoire, expédie en fourrier son aide de camp, Dufour, avec ordre de « bien faire les choses » et de tout disposer de manière à éblouir les républicains. Dufour reçut la mission de choisir à un tiers de lieue de Rennes, au moins, un lieu convenable aux Conférences ; de trouver, non loin de là, une résidence où l'on pût luxueusement installer le quartier général de Cormatin et recevoir les cent cinquante ou deux cents chefs royalistes sur la présence desquels il comptait, — de trouver près de cette résidence l'emplacement d'un camp de 800 hommes formant la garde de sûreté et d'honneur de M. le Major Général, — enfin de remettre au commissaire
i. Archives de la Guerre, même dossier.
ordonnateur de la division militaire un état portant la nomenclature « de tous les objets nécessaires pour le campement de la troupe, lits, vivres, bois, ustensiles de cuisine, indispensables à cette foule qu'augmentait encore une liste considérable de domestiques, de cuisiniers, d'estafettes, etc. 1 »
Dufour se mit en quête et réussit à miracle : à trois quarts d'heure des portes de Rennes, il découvrit, au bord de la Vilaine, et réquisitionna le château de La Prévalaye, ancienne seigneurie quelque peu délabrée en ce temps de révolution, mais qui gardait grand air avec ses pignons, ses toits à pente rapide, et la jolie tourelle en avant-corps sur la façade. De magnifiques prairies, de longues et majestueuses avenues de vieux arbres, s'étendaient au loin, formant parc ; même on conservait dévotieusement dans ce château le lit où avait couché Henri IV, une nuit de mai, deux cents ans auparavant. Les chouans trouveraient sous ces beaux ombrages un cantonnement de rêve et Dufour réclama sans tarder à l'Administration militaire qui ne lésina pas, des tentes pour abriter ces bonnes gens. Puis, à mi-chemin entre La Prévalaye et Rennes, le fourrier de Cormatin avisa un petit manoir, transformé en ferme, et qu'on appelait La Mabilais. En y ajoutant deux baraques couvertes en chaume, il obtint un local suffisant pour la tenue des Conférences avec les représentants : c'était bien assez bon pour des républicains.
Déjà, du fond du Morhiban, des landes de Pa impont et de Lanvaux, des forêts de la Nouée et de
i. Mémoires du colonel Dufour, p. ai.
Camors, les chefs de la chouannerie se dirigeaient vers la capitale bretonne ; voyage extraordinaire et triomphal de ces sans asile dont beaucoup, depuis le temps lointain de La Rouerie, n'étaient sortis de leurs fourrés et de leurs « loges » que pour se poster en embuscade ou pour livrer bataille, et qui, à présent, munis de bons passeports, salués bas par les Bleus maudits, refaisaient joyeuse connaissance avec la vie d'auberge et les chaudes couettes des lits bretons. Quand ils passaient, arborant leurs insignes d'officiers de l'armée du Roi, la foule applaudissait, disant « que les Ëtats de Bretagne se réunissaient enfin et qu'ils allaient rétablir le trône et l'autel 1 ». A l'entrée de toutes les bourgades, au cri Qui vive ? ils répondaient orgueilleusement : Députés royalistes ! Le poste sortait, rendait les honneurs militaires et les chouans passaient, soulevant leurs chapeaux couverts de plumes blanches 2 . En certains endroits on illumina et l'on fit fête durant trois semaines 3 .
Ce qui surprend ce sont les exigences, le besoin subit de bien-être de ces Tiommes rudes accoutumés pourtant à toutes les privations : d'Andigné juge bien misérable le cortège de « deux ou trois mauvaises voitures paraissant avoir séjourné sous la remise depuis nombre d'années » mises à sa disposition, à celle de Boishardy et de « leur suite » pour se rendre de Moncontour à Rennes. « Il fallut, dit-il
i, J. Le Fadleb, Le Boyaume de Bignan, p. 463.
a. « A tous les postes que nous rencontrions sur notre roule, nous répondions au Qui Vive ? — Députés de la Vendée l et on nous laissait passer en nous rendant les honneurs militaires. » Mémoires de Poirier db Beauyais. Beauvais venait de l'armée de Stofflet.
3. A Ploërmel, à Josselin, notamment. J. Le Fahuer, Le Royaume de Bignan, p. hk^-hhlx.
LA M1RLITANT0UILLE
avec dédain, employer les chevaux des charrois militaires, ainsi que ceux des particuliers pour conduire notre convoi dont l'aspect assez grotesque n'était pas relevé par l'élégance de nos costumes. » Humbert allait devant pour préparer les logements sur la route et cet appareil si nouveau d'un général républicain servant de courrier à Boishardy et à ses compagnons, attirait sur leur passage les paysans ébahis à la vue de ce chef mystérieux au nom déjà légendaire, et aussi les « jacobins », les « terroristes », indigènes, frémissant à la pensée que la République, si grande au bon temps de Robespierre, s'abaissait maintenant à pactiser avec ces farouches rebelles. On fit le trajet en deux jours : aux auberges, Boishardy et son État-Major daignaient admettre à leur table le général et faisaient honneur aux repas, « somptueux » d'un bout à l'autre de la route, préparés par les ordres et aux frais de la République ï .
Mademoiselle de Kercadio, bien entendu, est du voyage 2 . Boishardy veut que sa fiancée assiste aux fêtes de la Pacification ; et certes le spectacle vaut d'être vu. En arrivant à La Prévalaye, on est reçu par Cormatin, veillant à tout, commandant à tous, <c faisant l'empressé » dans son beau costume de major général, — grande redingote à haut collet, large cravate blanche gracieusement nouée, cocarde blanche, écharpe blanche, panache blanc 3 . Le châ-
i. Mémoires du général (I'Andigné, I, i/ja.
a. Moncontour-de-Bretagne et ses environs, par A. Houssate. L'auteur a eu connaissance d'un interrogatoire de mademoiselle de Kercadio où celle-ci reconnaît avoir accompagné Boishardy à La Mabilais, lors de la tenue des conférences. Page ioo, note.