Anagramme de Lamour
DUVIQUET
nonce « la mère aux Chouans », révèle les gîtes ordinaires de Mercier, ceux de Georges, « qui est pour le moment en Angleterre, avec Saint-Régent » ; il dit l'endroit où on trouvera Guillemot sans pouce... A tant (parler, il ne gagne rien : le 16 mai, il est condamné à mort et fusillé au bord d'une tombe creusée d'avance *. Ceci encore exigeait des repré* sailles : deux patriotes de Plumelec, les frères Even, soupçonnés d'avoir dénoncé Lanjégu, disparurent dans la nuit du 24 au 25 mai, enlevés par des inconnus. Jamais on ne devait retrouver leurs cadavres 2 .
Maintenant c'est Guillemot sans pouce qui est pris ; on l'arrête, au début de mai, dans le cabaret de la femme Lavallée, au faubourg Saint-Patern, à Vannes. C'est un solide gas, condisciple et ami de -
i. Avant de mourir il avait rimé ses adieux à la vie dont l'autographe est conservé aux Archives du Morbihan : voici l'une des six strophes de cette complainte :
Adieu donc, épouse chérie, Sans regret, je perdrai la vie ; Faites de vos armes l'apprêt.
Votre bandeau m'est inutile ; Tirez, soldats, me voilà prêt :
Dieu près mon roi m'offre un asile.
Amen.
Contrairement à l'usage pour ce qui concerne les condamnés des commissions militaires, le nom de François-Gaétan Lamour de Lanjégu n'est pas inscrit sur les registres de décès de Vannes, ce qui permettrait de supposer que ses dénonciations lui avaient valu sa grâce et un emploi sous un faux nom dans la police du Directoire. En revanche, son nom est inscrit sur les tables de marbre du mausolée d'Auray, parmi ceux des martyrs de Quiberon où, comme on l'a dit, il était censé avoir été fusillé en juillet 1795. V. Chassin, Pacï/ioattons, III, p. i5g, et Le Faliter, Le Royaume de Bignan, p. 56à.
3 Lb Falbeh, loc. cit.
Georges 1 ; une blessure reçue à Quiberon lui vaut son sobriquet. Mais les administrateurs du Morbihan ne jugent pas prudent de garder un tel homme dans la prison départementale ; sa popularité est grande et on craint que les bandes de Cadoudal se portent en force sur la ville afin de le délivrer. Guillemot fut donc expédié à Saint-Brieuc ; il devait rester, en attendant son jugement, dans cette même geôle où languissaient, depuis six mois bientôt, Le Gris-Duval et ses cinquante complices ; et, tout de suite, un projet extravagant d'audace germe dans l'esprit de Duviquet : traverser avec sa bande en armes toute la Bretagne, pénétrer par surprise dans Saint-Brieuc, s'emparer de la prison, en ouvrir les portes à tous ses amis dont le procès s'instruit et que menace l'échafaud. De leur nombre n'y a-t-il pas une femme qu'il aime et qu'il serait fier de conquérir ? Mercier La Vendée que séduit cette prouesse d'amoureux, et qui veut sauver Guillemot, sera de l'expédition avec ses compagnons les plus braves : Duviquet en gardera la direction : il connaît bien Saint-Brieuc, où il a tenu garnison, et les abords de la ville. Reste à préparer le téméraire coup de main, et, sur-le-champ, il se met au travail.
Sans doute rôde dans ses entours quelque traître, car un avis anonyme, manifestement négligé, et retrouvé plus tard dans les paperasses de l'Administration du département, permet de le suivre presque pas à pas durant ces premiers jours de juin. Dès l'arrestation de Guillemot, il revient avec Carfort
t. Guillemot était né en 1770 k Plemin, dans les Côtes-du-Nord.
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dans les Côtes-du-Nord, retourne chez Mercier : « Il dispose d'une trentaine d'hommes portant tous l'uniforme républicain. » Revenu dans la région du Mené, il explore les chemins qui, de la forêt de Loudéac, conduisent vers Moncontour et vers Saint- Brieuc ; il traverse la contrée sauvage de Bosseny, Plessala, Langast, où nombre de refuges lui sont ouverts, gagne Plemy, passe à Plœuc, le pays des Du Lorin, s'avance jusqu'à Plaintel et au delà de Pledran, à moins d'une lieue de Saint-Brieuc, dans cette région voisine de la forêt de Lorges où Boishardy trouvait, naguère, ses meilleures caches ; peut-être aura-t-on besoin de les utiliser. Partout Duviquet retrouve des fidèles 1 ; puis il repasse dans le Morbihan.
Quelques jours plus tard un détachement de cinquante-trois soldats de la République, venant, croyait-on, de Saint-Caradec, était signalé aux environs de Corlay : leur chef, qui portait les galons de sergent 2 , se présentait chez les percepteurs afin de toucher de l'argent pour la solde et l'entretien de ses hommes, qui faisaient partie, disait-il, « de l'armée particulière de Bonaparte destinée au maintien de l'ordre ». Il donnait contre espèces des reçus
i. « La commune de Plémy, entre autres, est le séjour habituel des Chouans : Quand il se fait des mouvements de troupes, ce qui est rare, les brigands sont avertis de suite. » (Plémy est la commune dont dépend La Mirlitantouille.) « Il y a plusieurs prêtres dans ce canton et des soldats en congé qui disent qu'ils ne reviendront plus et qu'ils serviront dans les Chouans. Il y en a beaucoup d'enrôlés déjà... Duviquet n'a été que deux jours dans ce canton depuis son retour du Morbihan. Il est venu du -côté de Plédran et Plaintel et a retourné à Plémy, d'où il a parti pour le Morbihan. » Archives nationales, F? 3663*.
a. « De caporal », d'après un autre dooument, Archives nationales, F? 3G6q3.
LA MIRUTAIVTOUILLE
en règle. Le 13 juin, à midi, cette troupe entrait à Merléac, ne s'arrêtait pas dans le bourg et gagnait aussitôt Le Vaugaillard où elle paraissait être attendue. Le Vaugaillard est un hameau qui n'est séparé du château de Kerigant que par la rivière d'Oust. Les « soldats de Bonaparte » s'y cantonnèrent, y passèrent la nuit et la journée du lendemain 14. Ils décampèrent à six heures du soir l . C'étaient les Chouans de Duviquet en marche vers Saint- Brieuc.
Ils franchirent la rivière, longèrent les clôtures de Kerigant et s'enfoncèrent dans la forêt de Lorges. Avant l'aube du 15 ils traversaient le bourg de Plainte! ; arrivés à une lieue de là, à la hauteur de La Ville- Josset, ils s'installèrent à l'ombre dans un verger et y dormirent jusqu'au soir.
Quand la nuit fut tombée, la petite troupe se divisa en pelotons de huit à dix hommes. Il lui fallait, pour pénétrer dans la ville, atteindre 'la route de Rennes et passer le pont du Gouëdic. Après le pont, on trouvait, tout de suite à droite, la prison, isolée dans des terrains vagues 2 . Depuis une dizaine d'années, les vieux murs d'enceinte de Saint-Brieuc étaient démolis s ; sur leur emplacement s'étendait une promenade plantée de tilleuls *, séparant la pri-
li Archives nationales, BB^ 2 53.
2. On utilise ici un très beau plan manuscrit de Saint-Brieuc, daté de 1812, c'est-à-dire avant les transformations qu'a subies, à une époque plus récente, le chef-lieu des Cotes-du-Nord. Bibliothèque nationale, Département des cartes et plans.
3. Habasque, Notions historiques, statistiques et agronomiques sut le littoral du département des Côtes-du-Nord, II, p. 9/1.
4. Cette allée, primitivement dénommée Promenade Necker, a été prolongée depuis lors jusqu'à la rue Saint-Benoît, et longe le square du moderne Palais de Justice.
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son de la place de l'Égalité où avaient lieu les exécutions capitales.
Dans la nuit du 16 au 17 juin, deux gardes nationaux, le citoyen Cousin, instituteur, et le citoyen Le Beau l , sont postés en sentinelles devant la prison. Onze heures ont déjà sonné quand, dans le silence du quartier désert, Le Beau perçoit le bruit d'une troupe en marche : le pas rythmé des militaires se rapproche et bientôt ils débouchent de la route de Rennes, se dirigeant vers la maison d'arrêt. Ce sont huit ou dix grenadiers conduits par un sergent : ils entourent un pauvre diable qui a les mains liées derrière le dos ; il est vêtu d'une houppelande et deux soldats le tiennent au collet. — « Qui Vive ? », crie Le Beau. Le chef de la patrouille s'approche : — il vient de prendre un émigré à la côte et il l'amène à la prison par ordre du chef de brigade Palasne-Champeaux, commandant le 87 e arrondissement maritime et président du Conseil de guerre. Et, tout en parlant, le sergent sort de sa poche son ordre de route et tire la sonnette de ïa prison. La porte est percée d'un judas dont le volet intérieur glisse ; par l'étroite ouverture le concierge Peyrode demande « ce qu'il y a ? » — Un prisonnier à écrouer... — « On n'ouvre pas à cette heure-ci ; qu'on revienne au jour. » Brusquement le judas se ferme. Les soldats sont perplexes. Que faire ? Le Beau leur conseille de conduire l'émigré au poste de la Grand 'Place ] on le gardera là jusqu'au matin. Le sergent et ses hommes discutent encore : — ils ont cependant reçu l'ordre de remet-
i. Plus lard, armurier à Saint-Brieuc.
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tre le ci-devant à la prison. Cousin, l'autre sentinelle, s'est approché ; dans l'ombre il dévisage le sergent et, se penchant vers son camarade, lui glisse à l'oreille : — « C'est Duviquet. » Faut-il donner l'alarme ? Non, les Chouans doivent être en force et le reste de la bande, sûrement, n'est pas loin. D'ailleurs la garde de la prison n'a pas de cartouches *.
Les deux gardes nationaux ne se trompent pas : le gros de la fausse patrouille se tient à petite distance « dans le creux de la Fontaine au Loup », au bout du ravin où coule le Gouëdic, guettant pour se ruer sur la prison le signal convenu annonçant que la porte est ouverte. Or, elle ne s'ouvrira pas. Au reste, à l'attitude subitement figée des deux sentinelles, Duviquet comprend qu'il est reconnu. Jouant son personnage, grommelant contre les ordres incohérents et les geôliers timorés, il commande demi-tour, emmène ses troupiers et son prisonnier dans la direction de Saint-Guillaume, comme s'il gagnait le centre de la ville. Sous les tilleuls de la promenade il oblique vers la route de Rennes, rallie sa réserve et toute la bande, repassant le pont du Gouëdic, se fond bientôt dans les chemins couverts. Dès qu'on fut en sécurité on délia les mains de « l'émigré » : c'était Carfort qui avait assumé ce rôle ingrat 3 .
L'affaire était manquée. Sans la méfiance du portier le succès eût été certain ; car Duviquet avait
i. Archives nationales, F 7 36Gg3.
a. D'après les déclarations d'un Chouan nommé Pifcche, arrêté l'année suivante, ce serait lui, Pièche, qui aurait figuré le prisonnier. Archives de la Guerre, Armée d'Angleterre, mai 1799.
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tout prévu et même pris le soin d'éloigner par de faux avis les petites garnisons dont l'intervention aurait pu contrarier son projet : ainsi, celle de Saint-Brieuc, sur la fallacieuse annonce d'un débarquement d'émigrés, explorait, cette nuit-là, les côtes % et le commandant de Loudéac venait de recevoir une lettre anonyme dénonçant que, le 17 juin, un important conciliabule de chefs royalistes devait se tenir à la Mirlitantouille. S'étant assuré par ce stratagème des points où se porteraient les troupes, Duviquet avait ainsi déblayé le chemin du retour, afin d'épargner toute cause d'alarme à la femme qu'il aimait et qu'il avait espéré rendre à la liberté. Aussi va-t-il, remâchant son dépit, ulcéré de son échec et méditant déjà quelque tragique revanche. Jusqu'au petit jour il traîne sa troupe dans les sentiers raboteux semblables à des tunnels de verdure ; ses hommes, que l'insuccès déprime, réclament du repos ; lui-même est excédé. À Hénon, — cinq lieues de Saint-Brieuc, — on fait halte, dans le cimetière : il est six heures du matin 2 ; tandis que leurs faux grenadiers dorment, Duviquet, Carfort et Mercier ressassent leur déception. Vont-ils 'rentrer au Morbihan sans avoir abattu un Bleu ? Duviquet surtout, dont la colère s'aigrit à mesure que l'enfièvre la fatigue, ne supporte pas le ridicule de son expédition avortée : il a battu en retraite devant un portier de prison ! Soudain il se rappelle qu'on est au 17 juin ; ce jour-là il a fourvoyé vers la Mirlitantouille la garnison de Loudéac, afin d'a-
i. « Duviquet avait « égaré la garnison par d'habiles mouvements ». Le Fahler, Le Royaume de Bignan, p. 5fi4, note i. a. Archives nationales, F? 366p'.
voir libre le chemin de Merléac par la forêt de Lorges. Hénon n'est qu'à une bonne lieue de La Mirlitantouille ; il doit y avoir des Bleus là-haut. Si le faux avis a manqué son but, on dormira aussi bien dans les ajoncs et les genêts du Mené que dans ce cimetière de village ; si la ruse a porté, il y aura bataille et ce sont là des occasions que ni Carfort ni Mercier ne repoussent jamais. En route. Le soleil est déjà haut ; la troupe de Duviquet, par Cocollain et Brangolo, atteint le bourg de Plemy en une heure de trajet ; on est là à quinze cents pas à peine de La Mirîitantouilïe ; Duviquet y conduit ses hommes, les fait coucher dans les champs, dans les bruyères, derrière les broussailles et les haies ; lui-même s'avance jusqu'aux abords du cabaret ; il observe : rien n'y bouge ; l'endroit est tout aussi désert, aussi caîlme qu'à l'ordinaire : les deux masures, de chaque côté du chemin, portes ouvertes, ont leur air accueillant d'habitude. Est-il vraisemblable que la fille Plé et son père, qui les habitent, n'aient point aperçu les Chouans : n'ont-ils rien surpris du mouvement de ces cinquante hommes rampant dans les hautes herhes à quelques pas de l'auberge ? Cet homme et cette femme savent qu'ils ne doivent rien voir, rien entendre, rien dire. Par ce jour ensoleillé ils n'auront donc rien vu, rien entendu ; et, tout à l'heure, ils ne diront rien quand les Bleus sans méfiance arriveront.
Car ils viennent. Vers neuf heures et demie du matin 1 , on les voit, sur la route, débouchant de la lande du Val : ce sont d'abord quatre gendarmes à
i. Archives nationales, BB™ a53.
cheval, et parmi eux, Corniquet, un géant, — six pieds de haut 1 , bien connu de toute la région. Puis le commandant L'Honoré 2 , à côté duquel marche un pataud de Loudéac qui sert de guide à la troupe et qu'on appelle Le Roux mille-boiitons. Suivent quinze hommes du cantonnement de Pontgamp z . Tous s'arrêtent devant le cabaret ; les cavaliers mettent pied à terre et attachent leurs montures aux anneaux ; les fantassins déposent leurs armes : il est urgent de se rafraîchir ; le détachement marche depuis quatre heures et vient de traverser l'interminable lande de Phanton où l'ombre est rare. Les gendarmes et le commandant sont entrés dans le cabaret pour y perquisitionner ; les autres, au dehors, se délassent et se désaltèrent, trinquant le cidre frais. Pourquoi se garderaient-ils ? Aussi loin que porte la vue, pas un être humain n'apparaît.
Soudainement, à vingt pas, fusils braqués, surgissent de terre les hommes de Duviquet. Une fusillade. Des cris. — « Qui Vive ? — Républicains ! 13 e demi-brigade »... répondent les faux Rleus 4 ;
1. Lettre de Besné au ministre de la Justice, 18 juin 1798. BB18 3 53.
2. Il venait de recevoir son brevet de chef de bataillon. » Habasque, îoc. cit., III, 68 note.
3. Relation d'événements arrivés dans la nuit du 28 au 29 prairial et dans la journée du 29. Archives nationales, F? 366q2. Le rapport du commissaire de Loudéac (même dossier) ne porte le nombre des soldats qu'à douze. C'est aussi le chiffre indiqué par une autre pièce ayant pour titre Nouvelle exacte, qui se trouve aux Archives nationales, BB** a53. Habasque écrit : — « ... sur un faux avis donné sous le timbre de Josselin qu'un émigré est caché dans le cabaret de La Mirlitantouille, L'Honoré est parti de Loudéac dans la nuit avec quatre gendarmes. En passant à Pontgamp, il a pris quinze hommes de surplus. »
4. « Lorsque les nôtres les virent arriver, ils crièrent Qui vive? et les autres répondirent : patrouille de la i3« demi-brigade l En même temps, ils fondirent sur les républicains... » Le commis-
leur décharge, en grêle, fauche les soldats désarmés, interdits, dupes encore de l'accoutrement des assaillants. — « Ne tirez pas ! Ce sont vos camarades ! » Des hommes abattus se tordent sur le sol ; une confusion, des râles, des jurons, un désarroi tel que pas un coup de feu ne riposte à l'attaque. Le commandant L'Honoré bondit hors du cabaret ; frappé d'une balle, il s'effondre ; Corniquet, le géant, essaie de barrer la porte, appelant ses compagnons à la rescousse. Il tombe. Les trois autres gendarmes surpris par la fusillade dans la visite de la maison, sont tués sans avoir pu saisir leurs armes. Tout cela en un pêle-mêle, un tohu-bohu, un tourbillon de peu d'instants. Une dizaine de Bleus, éperdus, se sont sauvés, à folles enjambées, par la îande. Au seuil de la Mirlitantouille gisent huit cadavres et un moribond, dépouillés en un tournemain par les Chouans. On charge, sur trois chevaux, armes, équipements, uniformes ; un autre portera L'Honoré, assez grièvement blessé et pansé sommairement par un des hommes de Duviquet. Ce sera un otage précieux. Duviquet, que la fièvre accable, montera le cheval du commandant. Déjà la bande est en marche, suivant la crête du Mené vers Notre-Dame de la Croix et Bel Air ; elle gagnera ainsi la Butte à l'anguille, descendra à Bosseny et se perdra dans la forêt de Loudéac. C'est la vieille piste de correspondance. Mais Duviquet, harasse et malade, ne peut suivre : tant de nuits sans sommeil l'ont épuisé. Il laisse à Carfort, qui est du pays 1 , le soin de diriger
saire du pouvoir exécutif près le tribunal de Loudéac au ministre de la Police. Archives nationales, F7 36692.
1. Le hameau de Carfort, dont les Lenepvou de CaTfort portaient
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la retraite ; lui, va se reposer quelques heures ; grâce à sa monture il rejoindra facilement, à la fraîche, par des traverses qu'il connaît. Il laisse donc ses hommes poursuivre leur route, entre dans un champ de blé qui borde le chemin, s'y blottit, ayant passé à son bras la bride de sa bête et s'endort l * En dévalant, dans leur fuite, les pentes du Mené, les Bleus de L'Honoré, échappés au massacre, avaient semé la panique dans les métairies ; moins d'une heure après le combat, la nouvelle en parvint à Moncontour. La garnison de la petite ville se composait d'un détachement du 13 e léger ; elle prit les armes, s'adjoignit quelques gardes nationaux de bonne volonté, et se mit bravement en campagne. L'effectif de cette petite troupe montait, au total, à quatre-vingts hommes, tous costumés en Chouans 3 . Il était près d'une heure de l'après-midi lorsqu'ils arrivèrent à La Mirlitantouille ; ils s'arrêtèrent à contempler les huit cadavres dévêtus 3 , et le blessé
le nom, est situé sur le territoire de la commune de Plémy, à quelques cents mètres de La Mirlitantouille.
1. En quittant La Mirlitantouille, la bande de Mercier La Vendée se dirigea vers la forêt de Loudéac et gagna ensuite celle «Je La Nouée. Le Chouan Pièche, qui faisait partie de l'expédition, raconta plus tard que le commandant L'Honoré fut d'abord conduit au Pas-aux-Biches, près de cette forêt, chez Laurent Grépo-n. — « L;i. dit-il, on apprit que la troupe arrivait et alors on mit L'Honoré sur un cheval et on le transporta dans la forêt. Le soir on remonta a cheval et on le conduisit à la chaussée de La Tertréc (?) et nous nous dispersâmes. La Vendée fit transporter l'officier au quartier général de Georges ; il y mourut le lendemain au soir. Carfort a gardé son sabre et ses vêtements. » Archives de la Guerre, Armée d'Angleterre, mai 179*9-
2. « Il faut observer que les hommes partis de Moncontour n'étaient pas en uniforme et que leur déguisement, qui rappelait le costume des anciens Chouans, avait pour but de favoriser leur marche. » Relation d'événements... Archives nationales, F7 366g2.
3. « Les hommes tués ont été laissés sur le grand chemin. » Archives nationales, BB 16 a53.
agonisant auquel il ne restait qu'un souffle de vie l « Des quelques curieux accourus de Plemy ou du hameau de Carfort, ils apprirent que les brigands, emmenant le commandant L'Honoré, s'étaient éloignés dans la direction de Bel-Air. Ce qui surprend c'est que l'on ne songea pas à interroger le cabaretier ni sa fille, seuls témoins du drame. Peut-être, fidèles à leur opiniâtre neutralité, déclarèrent-ils n'avoir rien vu...
Cependant les faux Chouans de Moncontour ne manifestèrent aucune hâte à poursuivie les faux Bleus sur les chemins du Mené. S 'étant néanmoins avancés, sans entrain, jusqu'à mi-ohemin de Notre- Dame de la Croix, ils aperçurent un cheval sellé vaguant dans la lande. Un peu plus loin ils rencontrèrent un gamin d'une douzaine d'années et lui demandèrent s'il n'avait pas vu passer les Bleus. — « Il y en a un de couché dans un champ ici, à côté », dit-il 2 . Aussitôt le champ est cerné ; un fourrier du 13 e léger, Saulnier, assisté d'un bourgeois de Moncontour, y pénètrent avec précaution et découvrent, en effet, profondément endormi un homme, vêtu d'un uniforme de grenadier et portant les galons de sergent. Saulnier se jette sur lui ; le dormeur s'éveille, regarde, comprend : — « Ah ! je sais ce que vous voulez, dit-il ; je suis Duviquet ;
i. C'était un volontaire de Pontgamp, « très grièvement blessé et qui doit être mort... », écrit, le 18 juin, le Commissaire du Pouvoir exécutif près le tribunal correctionnel de Loudéac. Archives nationales, F7 366fl2.
a. L'épisode de l'enfant, — un petit pâtre, — se retrouve dans tous les récits, Relation d'événements... Archives nationales, F7 366$ 3 . — Nouvelle exacte, Archives nationales, &B& a53. — Habasque, qui n'avait pas connaissance de ces deux documents, l'a également placé dans sa relation.
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fusillez-moi ■ » On le maintient ; on le désarme de deux pistolets et d'un poignard qui sont à sa ceinture, de son sabre et de sa carabine 2 . On lui attache les mains ; il se résigne, persuadé qu'il va mourir 3 .
Duviquet est pris ! Quelle victoire 1 Personne dans le pays n'ignorait l'histoire de l'officier déserteur devenu brigand ; son nom était un épouvantail. L'exploit suffisait donc aux faux Chouans de Moncontour, peu soucieux de se lancer à la poursuite de la bande 4 . Ils reprirent avec le vaincu le chemin de La Mirlitantouille, de ce jour-là' légendaire, et, sur la fin de l'après-midi, redescendirent vers Moncontour. A d'autres qu'aux habitants de cette petite ville, — blasés depuis longtemps sur
ï. Relation d'événements... — « II les a priés de le détruire... » Nouvelle exacte...
3. C'était la carabine du brigadier de gendarmerie, Thierry, l'une des -victimes du massacre de La Mirlitantouille. Duviquet s'était approprié cette arme, plus légère que le lourd fusil anglais dont il était porteur pour l'expédition contre la prison de Saint- Brieuc. Le fourrier Saulnier reçut en récompense « la ceinture saisie sur Duviquet ». Archives nationales, F 6167. Jugement rendu par ie Conseil de guerre...
3. De toutes les relations, seule celle de Habasque rapporte une tentative de résistance de la part de Duviquet. Les documents contemporains de l'événement sont muets sur ce point.
!i. Le rédacteur de la relation intitulée Nouvelle exacte écrit : — « Le détachement (de Moncontour) n'a pas jugé à propos d'aller troubler le sommeil des autres, couchés à trois champs plus loin. » Cela paraît peu vraisemblable : si Mercier La Vendée, Carfort et leurs hommes s'étaient trouvés à portée de secourir Duviquet, ils ne l'auraient certainement pas abandonné sans tenter de le défendre. C'est "également par erreur que, dans son ouvrage sur les Côtes-du-Nord (I, p. a36), B. Jollivet dit que Duviquet fut pris dans un champ de la commune de Hénon. L'endroit oîi on le découvrit endormi doit être très rapproché de La Mirlitantouille, entre ce lieu-dit et Notre-Dame de La Croix, probablement à la croisée de la route qui conduit à celte chapelle et du chemin qui va de Launay-Montel à Folleville.
ces quiproquos de la guerre perfide, — le spectacle eut paru extraordinaire d'une troupe triomphante de Chouans, — qui étaient des bleus, — conduisant à la prison un bleu, — qui était un Chouan... Le malheureux, rompu de fatigue, se soutenant à peine, dut rassembler toute son énergie pour affronter les rudes heures qui lui restaient à vivre. Les autorités militaires et civiles de Saint-Brieuc, afin de gonfler ce succès inespéré, décidaient de frapper les esprits par l'imposante rapidité du châtiment. L'accusateur public Besné trépignait d'aise, encore que l'affaire, justiciable du Conseil de guerre, ne le concernât point. Mais il craignait que la concurrence de l'expéditive justice militaire ne nuisît à la réputation, pourtant bien établie, de son tribunal, à lui. Aussi écrivait-il au ministre : — « il y a, dans la prison, neuf condamnés à mort qui, pour prolonger leur trop funeste existence, se sont pourvus en cassation sans motif valable ». Sur ceux-là, il est tranquille, il aura leurs têtes. Et il en prépare d'autres : — « Je vais faire mettre en jugement vingt-quatre scélérats, parmi lesquels je distinguerai cinq forcenés qui doivent monter à 1 echafaud... Je puis affirmer que le tribunal criminel n'est pas en arrière ; j'y ai tenu la justice à l'ordre du jour, imperturbablement, et j'ai le courage nécessaire pour l'y maintenir. » Il annonçait, en terminant : — « Duviquet est pris I II sera ici à midi. » Et, pour témoigner son regret que ce client de marque échappe à son réquisitoire, il ajoute : — « C'est un reste de la bande exécrable de Boishardy que j'avais fait condamner à mort en 1793 et qui fut fusillé dans son repaire sur les renseignements que j'avais
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donnés ; on coupa sa tête qui fut portée au bout d'une pique » Agréable incident que Besné remémore avec satisfaction.
À l'heure où il traçait cette lettre, dans la matinée du 18 juin, Duviquet approchait de Saint-Brieuc. La garde nationale de Moncontour l'avait conduit jusqu'à Quessoy où l'on rencontra, au hameau de l'Hôpital, trois ou quatre cents hommes de la garnison de Saint-Brieuc venus pour escorter le prisonnier et lui assurer en ville une entrée solennelle. Le brigand fut chargé de « soixante à quatre-vingts livres de fer et attaché à la queue du cheval d'un gendarme 2 . » Il parcourut ainsi, exténué et chancelant, les trois lieues qui séparent Quessoy de Saint-Brieuc ; vers midi il arrivait à la prison où flui était réservé un cachot bien gardé*.
Le lendemain, à huit heures du matin, le Conseil de guerre prenait séance « en la ci-devant chapelle du collège » : le chef de brigade, Palasne-Champeaux, présidait ; le capitaine Veingarten remplissait il' office de commissaire du pouvoir exécutif. Du peu que l'on sait de l'audience, il ressort que ce fut très court : lecture par le capitaine Hébert, rapporteur, du procès-verbal d'information et de trois pièces à la charge de l'accusé ; puis celui-ci fut introduit ; il avoua tout et peut-être y mit-il quelque fanfaronnade, s'il est vrai « qu'il se vanta d'avoir assassiné de sa main quatorze juges de paix * ». D'ailleurs il s'était remonté et soutint l'épreuve