Habasque, îoc. cit
3. Rapport du chef de brigade Champeaux, président du Conseil de guerre. Archives nationales, 366a*.
4. Le commissaire du Directoire exécutif près l'Administration
avec une fougueuse hardiesse : le président lui ayant observé que la loi lui accordait un défenseur : — ce Un défenseur ! s'écria-t-il, gendarmes, apportezmoi ma carabine 1 î » L'escorte le reconduisit à son cachot et le Conseil, délibérant à huis-clos, prononça, à l'unanimité, la peine de mort 2 .
À onze heures le capitaine Hébert se rendit à la prison et, devant la garde assemblée, donna au condamné lecture du jugement, le prévenant qu'il pouvait, dans le délai de vingt-quatre heures, se pourvoir en revision. Duviquet, très calme, déclara qu'il désirait écrire à sa famille ; si on lui accordait cette faveur, il renoncerait à faire appel ; et, tout de suite, il signa, sans hésitation, son désistement. Le capitaine rentra avec lui dans la geôle, lui procura des plumes, du papier et de l'encre, et attendit que la lettre fût faite. Le sang-froid de Duviquet ne se démentit pas un instant tandis qu'il écrivait ; il se relut posément. Ayant plié le feuillet, il le remit à l'officier ; ses yeux étaient pleins de larmes.
Il est midi : cinq heures d'attente encore. On
centrale des Côtes-du-Nord, au ministre de la Police, a messidor, VI. Archives nationales, F 1 36&q 2 .
1. Levot, Biographie bretonne, article Guezno de Penanster. Duviquet eut néanmoins un défenseur ; le jugement porte : — « Ouï le rapporteur en ses conclusions et l'accusé dans ses moyens de défense, tant par lui que par son défenseur... » Archives nationales, F? 6147.
2. En outre, aux termes de l'arrêt, et conformément à la loi du h nivôse, an IV, il devait être prélevé, sur les biens du condamné, une somme de 10.000 livres, « tant pour frais de recherches, capture et conduite de la personne de Duviquet, que pour le prix des objets d'armement, habillement et équipement emportés par lui. La ceinture de Duviquet sera remise au citoyen Saulnier, fourrier de la a* compagnie du 2 e bataillon de la i3 e demi-brigade, qui a arrêté ce brigand, la carabine et le sabre du condamné rendus à la gendarmerie de ce département, à qui ils appartiennent ; îe poignard qu'il portait sera déposé au greffe. »
DUVIQUET
cause, en camarades. Duviquet voudrait parler en particulier au concierge de la prison et charger cet homme d'une commission. Hébert s'y oppose, alléguant les règlements ; mais il offre ses services. — u II s'agit, dit le condamné, d'une alliance en or que voici... » Otant un anneau qu'il porte à son petit doigt, il poursuit : — « J'exige de vous, citoyen capitaine, que la personne à qui vous remettrez cette alliance ne soit pas inquiétée pour ce fait. Vous la lui donnerez après ma mort. » Hébert engage sa parole d'honneur : la mission sera remplie, et Duviquet lui nomma la personne à laquelle il destine ce bijou : en rendant compte de cet incident au commandant de la subdivision, le capitaine Hébert écrivait : — « Permettez-moi, citoyen général, de tenir ma promesse et de vous taire le nom de cette femme » On ne saura donc pas quelle était, parmi les jeunes amazones de Bosseny, celle qu'aima Duviquet. En se risquant sur le terrain peu sûr des hypothèses, on déduirait assez logiquement qu'une alliance éveille implicitement l'idée de fiançailles ; il s'agissait donc vraisemblablement d'une jeune fille ; la destinataire de la bague devait se trouver à Saint-Brieuc, et, bien probablement à la prison même, puisque le condamné songea d'abord à confier son legs au concierge. Or, parmi les femmes détenues pour complicité avec Le Gris-Duval, une seule jeune fille peut avoir inspiré a. Duviquet un sentiment avouable et sérieux : c'est celle que désigne la tradition, mademoiselle Pélagie Du Lorin, belle-sœur de Joséphine de Kercadio.
i. Rapport du capitaine Héhert au général Romand. Archives rie M Guerre. Cité par Chassin, Pacifications, III, p. 16 et suiv.
Tandis qu'on dresse l'échafaud, le moribond poursuit ses confidences ; il déplore maintenant la cruauté de son destin : — « la famille Du Lorin est cause de sa perte. » Veut-il insinuer par là que s'ii s'est obstiné dans sa vie de criminelles aventures, c'est parce que les Du Lorin se sont opposés à son mariage avec Pélagie ? — Il parle avec reconnaissance des Kerigant et des Le Gris-Duval, auxquels il était très attaché et qui l'ont adopté et entretenu jusqu'au moment où il prit les armes contre la République : — « Kerigant, dit-il, est un braque, plus patriote que chouan. » Carfort, au contraire, est <( sanguinaire ».
Le capitaine souhaitait que la conversation déviât sur la Chouannerie ; peut-être ne restait-il là que dans l'espoir de tirer du condamné quelques renseignements utiles ; mais Duviquet fut très réservé. Comme Hébert lui demandait quelles étaient ses caches, il répondit pourtant : — « Nous avons pour usage, lorsqu'un de nous est pris, de changer de hardes et de logement, et souvent nous nous dispersons. Quant à ma correspondance, c'est dans la forêt de La Nouée que je la recevais : j'étais prévenu par une lettre de tel ou tel endroit où devait se trouver le commissionnaire : souvent on la faisait mettre dans des troncs d'arbres qu'on m'indiquait... » Peu après, il s'attendrit : il songe à ses frères et à ses soeurs qui ne sont pas du même père que lui ; il est le dernier de son nom. Il pleure. Le capitaine profite de son émotion pour lui conseiller de déclarer ce qu'il sait « des intentions hostiles des ennemis du gouvernement ». Duviquet est très agité ; il s'assied, se relève : — « Repassez
DUVIQUET
à trois heures, dit-il, je vais faire mes réflexions. »
A deux heures et demie, car le temps pressait, l'officier était de retour. Duviquet posa ses conditions : si l'on consent à le garder en détention jusqu'à la paix dans la prison de son département et à ne pas inquiéter les familles Kerigant et Le Gris, il s'engage à livrer le reste de la bande. Carfort ne se rendra pas, mais il le fera prendre l , Le capitaine porta ces propositions à l'Administration départementale. Il reparut une heure plus tard, amenant Palasne-Champeaux, le président du Conseil de guerre ; mais celui-ci n'est point partisan du sursis : il décide que la justice suivra son cours et, sur l'ordre d'Hébert, le bourreau entre en scène. C'est le citoyen Lubin-Lacaille, un homme expert, qui « travaille » à Saint-Brieuc depuis 1792 3 . A son aspect, Duviquet paraît « très affecté ». Désespérément il tente sa dernière chance : — « Citoyen capitaine, dit-il, on vous trahit... si l'on eût voulu, j'aurais dit bien des choses. » L'officier se tait : il n'y a plus rien à attendre des hommes ni de la vie. On apporte au condamné un verre de cognac ; il boit et se ressaisit un peu, sourit au capitaine, le salue « d'un air humble et respectueux » et lui dit adieu. Hébert, pourtant, l'accompagnera jusqu'au bout. Il est cinq heures de l'après-midi. Les portes s'ouvrent ; au dehors, derrière la troupe alignée,
i. « Vous répandrez le bruit que je viens de m'échapper ; j't-rri rsi à tous les Chouans et chefs ; j'indiquerai où il faudra porter mes lettres ; elles annonceront que j'ai eu le bonheur de m 'échapper ; qu'ils aient à se réunir dans la forêt de La Nouée pour une expédition essentielle ; ils s'y trouveront certainement, les républicains les cerneront, et on leur fera mettre bas les armes... »
a. Archives nationales, B 3 207 et ai5.
des curieux se pressent pour voir de quelle mine le brigand affrontera la mort. C'est le moment terrible : il faut ne pas faiblir et dissimuler, sous l'affectation d'insouciance, la déchirante détresse de mourir, en pleine vigueur, à vingt-huit ans. Il se raidit et avance, la nuque tendue, les mains entravées, dédaigneux des rumeurs et des invectives, entre l'exécuteur et le capitaine Hébert auquel il parle, par contenance : — « Je vous ai chargé de deux commissions 1 , vous m'avez donné votre parole d'honneur, ne l'oubliez pas. » Déjà on aperçoit l'échafaud, établi à cent pas à peine de la prison, sur la place de l'Égalité, encadrée par les tilleuls du Cours, les premières maisons de la rue Saint- Guillaume et les vieux murs de la Collégiale de ce nom, convertie en écurie. À dix pas de l'ignominieux appareil, les yeux levés sur les montants trapus qui soutiennent le triangle d'acier, une dernière crânerie : — « La guillotine ne me fait pas peur ; je me guillotinerais bien moi-même. » Et comme s'il avait gardé pour cet instant-là une réserve de fermeté, il « redouble le pas », monte l'échelle, s'abandonne : tandis qu'on le boucle sur la planche, il tourne la tête vers les spectateurs groupés à la droite de la plate-forme et dit « assez distinctement )> : — « Vive mon Dieu ! Vive mon Roi ! » La plèbe le hue. Le corps bascule, le couteau tombe 2 .
t, La remise de l'anneau et l'engagement d'obtenir que la destinataire du bijou ne serait pas inquiétée.
i. « ... Ce scélérat invoqua l'ombre de Louis Capet avant de mourir et montra un certain caractère ; mais le supplice des assassins l'accabla ; il vit avec plus de frayeur les bois du sacrifice et te couteau fatal qu'il n'eût vu la fusillade. .. » Lettre de Besné au nùaiàlre de la Justice. Archives nationales, BB 18 a53.
DUVIQUET
On dit que, dans la journée, s'était présenté au chef de brigade Palasne-Ghampeaux un messager apportant de la part des Chouans l'offre d'échanger contre Duviquet le chef de bataillon L'Honoré pris à La Mirlitan touille. La proposition fut repoussée. Deux jours plus tard parvenaient au commandant de Ja place de Saint-Brieuc la montre, la bague et les papiers de L'Honoré immolé par manière de représailles. Il avait exprimé avant de mourir le vccu que ces objets fussent remis à sa famille. Un avis anonyme indiquait l'endroit où l'on trouverait son cadavre. En relatant ces tragédies au ministre de la justice, l'accusateur public Besné, dépité de n'y jouer aucun rôle, insistait sur l'urgence de puiger le sol de la République « des coquins très intrigants » que renfermait la prison et dont « les trames secrètes » constituaient un permanent danger pour le gouvernement 1 . Il craignait qu'on oubliât les Le Gris-Duval, les Kerigant, les Du Lorin attendant depuis six mois leur jugement. Prononcer leurs noms au moment où tombait la tête, de Duviquet, leur ami, leur créature et leur complice, c'était les pousser à l'échafaud et Besné n'avait pas perdu l'espoir que cette aubaine, — le plus beau procès de sa carrière, — lui serait réservée.
î. Même dossier.
Un vieux et sordide bâtiment quadrangulaire, murs lézardés, planchers pourris, encadrant une cour intérieure autour de laquelle s'étend, à la hauteur du premier étage, un balcon servant de dégagement, — telle est la prison de Saint-Brieuc en l'an VI de la République. Quarante détenus n'y tiendraient pas à l'aise : on en a encaqué près de trois cents, voleurs, prêtres, femmes, chouans, déserteurs, nobles, paysans, inculpés, condamnés, ou simples suspects, qui vivent là, pêle-mêle, dans une promiscuité sans répit. Sauf en cas de mise au secret dans un réduit particulier, tout cela grouille, mange, circule, complote, s'espionne et se moucharde, sans l'ombre de discipline ou de règlement autre que le caprice du geôlier-concierge Pierre Peyrode, sorte de dompteur menant son monde à la trique et prenant par la faim les insoumis.
Peyrode n'a de sympathies ou d'aversions ni pour les Bleus ni pour les Chouans ; nulle opinion politique ; il administre sa prison comme une gargote ; on y est traité selon la dépense. Le commissaire du Directoire considère ce geôlier comme un être « pro-
LA M1RLITANTOUILLE
fondément immoral » et dont « tous les principes sont viciés » ; l'Administration du Département réclame môme sa destitution, sans l'obtenir ; car Peyrode est une puissance ; d'ailleurs ce fonctionnaire infiniment précieux » ; comme il a taxé tous ses pensionnaires, il veille de près à ce qu'aucun d'eux ne s'évade ; « il n'est pas de nuit où il ne se lève deux ou trois fois pour faire sa ronde : son dieu est l'argent ; l'ennemi de la Révolution, l'homme riche, sont par lui fêtés, flattés, pourvus. .. La fortune brillante qu'il a sû se faire est une garantie de sa gestion *. »
Le châtelain de Bosseny et ses complices furent, comme on s'en doute, bien accueillis par le rapace Peyrode : il les savait copieusement fournis d'argent et leur entrée dans son domaine lui ouvrait de grasses perspectives. Le Gris-Duval surtout, dont le tour d'esprit narquois assaisonnait les situations les plus tragiques d'un revirement de comédie, devint vite, grâce à ses largesses, le roi de la prison ; il voyait et traitait journellement ses amis du dehors ; plus la tablée comptait de couverts, plus le concierge se déridait, de sorte que Le Gris incarcéré était mieux tenu au courant de ce qu'il lui importait de connaître qu'au temps où il habitait son lointain château du Mené. D'autant plus que Peyrode, redoutant de perdre un locataire si généreux, le mettait en garde contre les obséquiosités louches et les curiosités indiscrètes ; il lui signalait les bavards dont il fallait se méfier. Et ils pullulaient les bavards ! On imagine mal le nombre d'inculpés, dépourvus
i. Le commissaire du Directoire Pouhaër au ministre de la Police, G ventôse, III. (Archives nationales, F? 6147.)
d'âmes héroïques, qui, à peine sous les verrous, subitement convertis par la perspective du châtiment, se déclaraient pris de contrition et disposés à i acheter leur erreur par une confession générale des forfaits de leurs codétenus. Le chef de brigade Palasne-Ghampeaux, président du Conseil de guerre, encourageait ces délations : — « Tous les moyens sont bons pour avoir les renseignements dont nous avons besoin ». écrivait-il au ministre de la Police, Lecarlîer, récemment nommé, « et votre prédécesseur 1 m'ayant laissé le soin de choisir les individus propres à espionner... je tire d'eux tout le parti possible 3 ».
La carrière de Palasne-Champeaux avait été, sinon brillante, du moins rapide ; fils d'un député à la Constituante, il était, à vingt et un ans, chef de bureau de la liquidation générale. Il marqua le pas durant la Législative dont son père ne faisait point partie ; mais quand celui-ci fut élu à la Convention, le fils entra dans l'armée et conquit allègrement les grades : sous-lieutenant' en janvier 1793, il était capitaine en mars et adjudant général en mai ! Suspendu par Bouchotte, suspect à Hoche, réintégré cependant, il fut employé à diverses missions délicates au cours desquelles on le surveilla de près. C'est ainsi que, chef de brigade au 15 e régiment de chasseurs à cheval, il se trouvait présider, en l'an VI, <le Conseil de Guerre permanent de la 13 e division militaire séant à Saint-Brieuc. Correspondant directement avec le ministère de la Police, il adoptait sans vergogne les procédés de cette adminis-
i. Dondeau.
a. Archives nationales, F? 366^.
tration, conduisait lui-même les enquêtes et suscitait les délateurs. Grâce aux dénonciations de Mairesse, il réussit, comme on l'a vu, à prendre au piège les Le Gris-Duval, les Du Lorin, les Kerigant et une cinquantaine de leurs partisans. Maintenant qu'on les tenait il fallait instruire le formidable procès, étabilir l'accusation sur des faits avérés, labeur ardu, car les témoins se dérobaient avec une prudente unanimité, nul n'ignorant que Carfort et Dutertre, les plus actifs lieutenants de Duviquet, tenaient encore la campagne ; on assurait même que, de sa prison, Le Gris-Duval dirigeait leurs opérations 1 et la peur de ses ressentiments fermait les bouches. Il fallait donc recourir aux mouchards : Mairesse était démonétisé ; on avait même dû l'éloigner de la maison d'arrêt pour le soustraire à la vengeance de ses anciens amis. Palasne-Champeaux mit à sa place un autre espion, Joseph Giraudeau, déserteur du 10 e bataillon du Var 2 : <pour gagner sa grâce, Giraudeau accepta la besogne.
D'ailleurs, chez certains inculpés se manifestaient des velléités de confidences. L'accord ne régnait pas entre les coaccusés : soit que la prison eût aigri les cœurs, soit qu'on fût divisé par quelque grief dont il n'est pas possible de discerner l'origine, deux camps s'étaient formés dans cette société naguère si unie, le camp des Le Gris-Duval et des Kerigant
i. « Le concierge de la maison d'arrêt de Saint-Brieuc était très lié avec Le Gris-Duval. Celui-ci l'avait gagné par ses largesses... de sorte que, de sa prison, il concertait encore avec ses complices les pillages et les assassinats. » Note sans date. Archives nationales, F? 6147.
7. 11 avait vingt-quatre ans et était originaire de Mauzé, Deux- Sèvres. Archives nationales, F? 61^7.
d'une part ; de l'autre celui des Du Lorin. Jalousies de femmes, rivalités d'amour, dissentiments politiques ? On ne sait ; mais on a quelques raisons de supposer que Joséphine de Kercadio, l'ex-fiancée de Boishardy, devenue madame Hervé Du Lorin, était, involontairement sans doute, la cause de cette rupture. La première elle mérita l'indulgence du président Palasne-Champeaux ; autorisée à quitter la prison, elle se logea en ville ; elle allaitait, il est vrai, son petit garçon, âgé de quelques mois ; le séjour de l'hôtellerie du concierge Peyrode convenait mal à ce baby, et peut-être est-ce là simplement le motif de la faveur dont bénéficia la jolie maman de dix-neuf ans. Son mari, tout aussi jeune qu'elle, se lassa vite de la captivité : il sollicita de Palasne-Champeaux un entretien et déolara la résolution d'abandonner le parti des rebelles : il était las de cette guerre de guet-apens, d'exactions et d'assassinats. N'ayant plus à ménager les Kerigant et les Le Gris-Duval dont l'animosité lui rendait intenable le séjour de la prison, il ne dénonça personne nominativement ; il indiqua seulement les maisons où se rassemblaient le plus souvent les chefs de chouans et où on aurait chance de les surprendre. Il obtint ainsi de quitter la maison d'arrêt pour l'hôpital militaire *. Madame de Kerigant, à son tour, eut la permission d'habiter la maison de son beau-frère, rue des Bouchers ; tous, bien entendu,
i. « Du Lorin, écrivait Palasne-Champeaux, est très faiblement inculpé dans la procédure et l'espoir de s'en tirer sain et sauf le force d'être utile quand même il n'en aurait pas l'intention, ce que je suis bien éloigné de croire, d'après les conférences que j'ai eues avec lui, et ses démarches que j'ai fait soigneusement surveiller... » 3o prairial VI. Archives nationales, F? 366o 2 .
payaient, pour cette faveur, une redevance à Peyrode. La fière madame Le Gris-Duval elle-même entra en pourparlers avec Palasne-Champeaux : — moyennant « une forte récompense » et la promesse formelle de la liberté pour elle et pour son mari, elle offrait « de faire prendre Puisaye et son conseil ». L'affaire méritait attention et la proposition, transmise au ministre de la Police, fut soumise par lui au Directoire. Que répondre ? Le Directoire accorda « 4.000 francs et la liberté 1 », récompense subordonnée, bien entendu, au succès de l'opération. Restait à s'exécuter, et madame Le Gris, à son tour, ayant versé au concierge « un cautionnement », sortit de prison 2 pour se mettre en mesure de tenir sa promesse.
Or, à l'heure où elle se flattait d'indiquer le refuge de Puisaye *, celui-ci était, depuis six mois, en Angleterre, et, bourrelé de dégoûts, se préparait à passer au Canada avec quelques rares fidèles associés à son naufrage. La madrée prisonnière l'ignoraiteflle ? Jouait-elle Palasne-Ghampeaux en compliquant par sa négociation frustratoire l'imbroglio de faux rapports et de révélations incohérentes où s 'empêtrait l'instruction ? Car le déserteur Giraudeau montrait du zèfle : introduit dans la prison, il se vantait d'avoir enjolé par ses bonnes façons et le
i. Archives nationales, F? 61^7.
3. Le 13 germinal, Palasne-Champeaux invitait le commandant de la gendarmerie départementale « à faire rentrer dans la maison d'arrêt la citoyenne Le Gris-Duval, la citoyenne Garnier-Kerigant, h citoyenne Du Lorin, actuellement logées en ville sous cautionnement par raison de santé » ; il semble que cette invitation resta sans effet. Extrait des ordres d'écrou, communication de M. A. Brohan, Procureur de la République à Saint-Brieuc.