‹ La Mirlitantouille; épisodes de la chouannerie bretonneChapitre 37 sur 57 · Archives de la Préfecture de Police. Ecrous du Temple · texte numérisé non relu

Archives de la Préfecture de Police. Ecrous du Temple

qu'il a dénoncé lui-même comme étant des scélérats et des criminels ces massacreurs de La Mirlitantouille mis par lui en liberté. Quant aux vingtquatre mille livres, il répondit «comme Epaminondas, que tout l'or et l'argent de la terre ne suffiraient pas à le corrompre K » Le 27, les gendarmes revinrent et l'emmenèrent au ministère de la Police. Puis on le réintégra au Temple et on le laissa « mariner » dans son cachot.

Les malheurs l'ont laissé fécond épistolier et il n'a pas perdu son ton déclamatoire : au Directeur Merlin, il écrit : — « Je suis républicain et je suis au Temple! J'ai treize enfants et je suis au Temple! J'aime la Révolution et je suis au Temple ! » H sollicite l'admission de son fitfs aîné au Prytanée français ; il a apporté, pour le citoyen La Révellière- Lépaux, qui n'aime pas les curés, un petit cadeau : c'est un « recueil des pièces saisies sur Hercé », l'ancien évêque de Dol, fusillé à Vannes, après Quiberon. Et puis, il insinue qu'il voudrait bien « retourner dans «es foyers ». Il y revint, escorté par les gendarmes, renvoyé devant le tribunal civil de son département qui allait statuer sur sa prévarication a . Redevenu, dès son arrivée, l'hôte de Peyrode, il attendit près d'un mois son jugement. Le 20 février, enfin, le jury d'accusation le proclamait innocent et ordonnait sa mise en liberté 3 . Et on en arrive à

i. Archives nationales, F? 6147.

3. Extrait du Temple le 11 janvier 1790, il était à Saint-Brieuc le a8. Li lenteur du trajet donne à penser qu'il fut reconduit en Bretagne « de brigade en brigade ».

3. « Saint-Brieuc, 20 février 1799... L'acte d'accusation dressé contre Besné par le plus &gé des présidents du tribunal civil, aux termes de l'article 207 du Code des délits et des peines, a été pré-

penser, ou bien que l'ex-accusateur public, connaissant trop de secrets et affilié par ses opinions à nombre de gens redoutés, trouva en ses collègues des juges indulgents, ou bien que le malheureux, victime d'une de ces intrigues de tragi-comédie auxquelles excellait Le Gris-Duval, était aveuglément tombé dans quelque chausse-trappe ouverte par l'habile châtelain de Bosseny. Besné déclara pompeusement, qu'il découvrirait l'auteur de cette infamie et confondrais ses dénonciateurs 3 ; mais il était à jamais discrédité 2 . Réduit au titre de simple « homme de loi » il essaya de gagner le pain de sa nombreuse famille en s 'occupant de ventes et d'achats de biens nationaux, comme procurateur de nobles dépossédés 3 ; il devait mourir à la peine quelques mois plus tard *.

Ainsi tombaient l'un après l'autre tous ceux que Le Gris-Duval avait marqués du signe fatal. Lui, il courait la campagne et, bien que l'Administration départementale eût lancé contre lui ses meilleurs

senté le 3o pluviôse au jury d'accusation. Sa déclaration a été, Non, il n'y a pas lieu. Le Directeur du jury, en conséquence, a ordonné la mise en liberté de Besné. » Archives nationales, F? 61A7. t. Archives nationales, AFW 101.

s. Les historiens les mieux informés de la tradition locale sont sévères pour Besné, mais restent cependant dans le doute. M. L. Dubreuil écrit : — « Besné,.. ouvre de sa propre autorité la porte des prisons aux deux chefs Chouans Le Gris-Duval et Kerigant, « par bêtise », dira Pouhaër, qui, visiblement, le ménage, mais plutôt « par intérêt » La Vente des biens nationaux, p. 3o3. P. Hémon dit : — « Besné ne se tira pas sans peine de ce mauvais pas. On s'aperçut que l'accusation qui pesait sur lui n'était encore sanctionnée par aucune loi ; ensuite on eut égard à ses antécédents patriotes et à la situation de sa nombreuse famille. Il fut acquitté, faute de preuves. » La Légende de Leroux-Chef-du-Bois, p. 34.

Page 1