‹ La Mirlitantouille; épisodes de la chouannerie bretonneChapitre 36 sur 57 · Archives nationales, AI™ 55o et F · texte numérisé non relu

Archives nationales, AI™ 55o et F

Gris-Duval et Kerigant avaient disparu l f On arrêta madame Le Gris, ses deux servantes, Hidrio et Du Lorin fils 3 , maigre gibier à présenter devant un tribunal ; au reste l'absence des principaux inculpés rendait d'avance caduque toute nouvelle instruction.

Sous l'avanJanche de récriminations, d'anathèmes, de brocards, d'invectives, Besné essaye d'abord de tenir bon, protestant « qu'il n'a trouvé dans les pièces de la procédure aucune preuve des crimes imputés aux accusés » — « il s'est rapproché des juges pour connaître leur avis ; ils lui ont observé que cela le regardait seul » — « Il connaît, il est vrai, le citoyen Mazurié, mais jamais i>l n'a reçu de lui un écu pour manquement à son devoir 3 . » Pourtant un tel flot de réprobation le submerge que, le 22 octobre, il démissionne. Aucune sanction ne peut l'atteindre avant qu'on ait reçu les ordres du ministre, et la correspondance est lente, entre la Bretagne et Paris. Vers la fin de novembre, seulement, arrive du ministère une verte réprimande *,

1. « Ils s'étaient échappés par le jardin. » Kérigant, Les Chouans.

2. Quelques jours après son acquittement, le i6 juillet, Du Lorin, mettant à profit les bonnes dispositions de Palasne-Chanapeaux, avait sollicité et obtenu, pour sa femme et pour lui, un passeport l'autorisant à aller se fixer à Rennes. P. Hémon, Le comte du Trévou, p. 78 II faut bien croire qu'il n'avait pas cependant, trois mois plus tard, quitté Saint-Brieuc, puisqu'il y fut arrêté en octobre. Archives nationales, F? 6167.

3. Archives nationales, F? 61JI7, BBM a53 et ÀFM 55 9 , dossier

h- « Vous avez rédigé une longue ordonnance que l'on prendrait plutôt pour un plaidoyer en faveur des prévenus... et vous les nvez rendus à la liberté sans avoir rempli h leur égard les formalités les plus essentielles... Je ne puis vous dissimuler que la conduite que vous avez tenue dans cette circonstance est peu digne d'un magistrat attaché à son devoir... » Archives nationales, BBM a 53.

bientôt suivie d'un arrêté du Directoire Exécutif 1 ordonnant l'arrestation de Besné et de sa comparution devant les Directeurs ; à cet arrêté est joint un mandat d'emprisonnement, et, ce soir-là, l'accusateur public couchait à la geôle de Peyrode. Avant de quitter les siens il a dicté à sa femme une supplique émouvante adressée au citoyen La Revellière- Lépeaux, président du Directoire, où est tracé le tableau des treize enfants serrés contre leur père au moment des adieux : — « Si les angoisses pouvaient donner la mort, nous ne serions plus ! — Vivez, nous dit-il, je reviendrai à vous ! Ceux à qui j'ai affaire sont justes; ils ne trouveront point en moi un criminel 2 . »

Le 13 décembre, il se mettait en route, accompagné de l'aîné de ses fils 3 ; le 24, arrivé à Paris, il annonçait aux Directeurs qu'il se tenait à leur disposition * ; le 25 il était incarcéré à la Tour du Temple, et, sur son écrou, après ses noms, au nombre de ses qualités, il exigeait que le greffier mentionnât : père de treize enfants 5 . Le lendemain, conduit par les gendarmes devant un juge qui l'interrogea, il protesta de sa parfaite intégrité, oubliant

t, 8 frimaire, VII. — « Il est ordonné à tous exécuteurs de mandements de justice d'amener par devant le Directoire exécutif en se conformant à la loi, le citoyen Besné, accusateur public près îe tribunal des CÔtes-du-Nord, pour être entendu sur les inculpations dont il est prévenu. Ar™ 55g, dossier 3 7 7i.

a. Archives nationales, F? 6147.

3. Il semble qu'il voyagea lihrement. En arrivant à Paris, il se logea chez le citoyen Agroy, .restaurateur, rue Dominique, faubourg Germain, 199.

4. « ... Et vous jugerez qu'un républicain malheureux, et le pre mier qui proclama la République dans son département,... est digne de votre estime. »

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