‹ La Mirlitantouille; épisodes de la chouannerie bretonneChapitre 4 sur 57 · Archives nationales, F · texte numérisé non relu

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donnée, dans l'autre la fille Plé et son père tiennent cabaret. La Mirlitantouille est au carrefour de quatre chemins : celui de Moncontour, celui de Plœuc par Plémy, conduisant à la forêt de Lorges ; celui de Collinée et celui de Loudéac. De la lande immense qui commence à cet endroit et qui monte aux crêtes du Mené, la vue s'étend au loin sur les deux versants de la montagne : au nord» vers Saint- Brieuc, c'est la région de Moncontour, bien cultivée, couverte de vergers et de prairies ; au sud* vers le Morbihan, pas un hameau, pas une maison n'apparaissent, rien que des bois et des landes ; à l'horizon, une longue ligne sombre d'épaisses forêts. Tracé parmi les ajoncs et les genêts d'or, les bruyères rousses et les robustes blocs de granit qui, çà et là, percent le sol, le chemin des chouans gagne les sommets du Mené, le Bel Air, puis la Butte à l'Anguille où se trouve une maison de correspondance : l'endroit est redouté ; Jean Villeneuve, — surnommé Jean de la Butte, — le seul habitant de ce désert» égorge, dit-on, les voyageurs qu'il soupçonne bien munis d'argent et enfouit leurs corps dans la lande *. De cette hauteur la piste descend sur Saint-Gilles-du-Mené, et à travers un pays âpre, couvert de bois, coupé de ravins profonds, elle passe au manoir de Bosseny où les émissaires royalistes sont assurés d'un bon accueil ; elle se dirige ensuite vers la hutte d'un sabotier de Saint- Vran, du nom de Jacques Lacroix, pour gagner Ménéao

i. « La justice entreprit à ce sujet des {-«cherches restées sans résultat : deux des frères de Jean de la Butte furent cependant poursuivis ; lui-même échappa. Il vécut dans le pays jusqu'à l'âge de 88 ans. » B. Jolijvbt, Les C6tes-du-Nord, IV, 3aS.

BGISHARDY

et la sombre forêt de La Nouée, domaine de Saint- Régent, dit Pierrot, l'un des plus actifs adversaires de la République. Il vit dans les bois ; il a sa h loge » à droite du chemin qui va du village de La Nouée au Pas-aux-Biches ; il circule sans appréhension ; on ]-) voit souvent au Questel, en Pleugriffet, où il mange ; il est habituellement vêtu d'une pelisse de hussard, jaune et garnie d'hermine, d'un pantalon de peau, d'un gilet moucheté couleur café 1 ». C'est un homme de très petite taille, — quatre pieds, quatre pouces 2 , — d'aspect malingre, « en raison d'une balle qu'il a reçue dans le côté gauche », avec un visage maigre, le nez long et effilé, les yeux bleus et vifs, d'ailleurs très courtois, très doux et d'un enjouement inaltérable-

L'étape suivante est à la Ville-Bouquet, en Guégon, près de Josselin ; puis on va à Kerdaniel, vieille gentilhommière percée de caches et voisine de souterrains ; les chefs royalistes s'y réunissent quelquefois. Non loin de là, au passage de la Glaye qui coule au fond d'un ravin à pic, est « la maison du Roc », ferme proprette, juchée sur un promontoire de rochers gris ; un grand sapin signale de loin ce refuge, le plus renommé de toute la Bretagne ; là habite la veuve Lohezic, la mère aux chouans, bonne femme qu'on dit riche et qui prodigue ses gâteries aux partisans de la « bonne cause 3 », La dernière station de la route est Came-

i. Archives du ministère de la Guerre, Armée d'Angleterre, mai 1799.

a. Un mètre quarante cent. E. Sageret, Le Morbihan tous le Consulat, I, 173.

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