Archives Nationales, F* C 3 , Côtes-du-Nord, io
curer un asile ; mais aucune porte ne s'ouvrit devant des proscrits si compromettants. Ils revinrent donc à Plélan, s'abritèrent durant trois jours dans un château inhabité 1 ; avertis par un billet anonyme, tombé du ciel, qu'il était temps de déguerpir, ils retournèrent à Ploërmel et y arrivèrent juste au moment où l'on affichait à la municipalité le décret mettant Puisaye et ses complices hors la loi : défense de les héberger sous peine de mort. Le Roy, découragé, quitta ses amis ; Puisaye et Focard restaient sans guide dans ce pays qui leur était inconnu, dont ils ne parlaient pas la langue et, par surcroît de disgrâce, signalés à tous les postes. Focard, à bout de forces, s'abandonnait ; Puisaye, tenace, gardait confiance en sa fortune ; sans but, tous deux reprirent, en pleine nuit, le chemin de Rennes ; leurs chevaux fourbus ne pouvaient plus les porter ; il fallait trouver un refuge avant le jour, ou c'était la mort.
Comme l'aube allait poindre, ils avisèrent, à l'entrée du bourg de Beignon, qu'ils avaient traversé la veille, une misérable auberge, dont l'écurie n'était pas fermée. Focard y plaça les chevaux sans être aperçu et constata qu'une porte laissée entr'ouverte, donnait accès à une soupente garnie de lits. Tout était silencieux dans la maison ; sans bruit, les fugitifs se couchèrent ; ils dormirent durant quatorze heures. Au réveil, en plein jour, nul des habitants de l'auberge ne semblait s'apercevoir de leur présence ; ils questionnèrent prudemment ; ils se trouvaient chez « de très braves gens » ; l'hôte-
i. Au château de Coëtbo, non loin de Beignon, et dont le possesseur, le marquis de Guer, était émigré.
lier, trop souvent molesté par les Bleus, avait « le cerveau" dérangé » ; sa nièce tenait l'auberge ; elle eut vite discerné que les deux voyageurs étaient des proscrits ; elle les engagea à rester dans le pays ; le bourg, ainsi que la Bretagne entière, disait-elle, « tenait pour les royalistes » ; elle envoya les chevaux dans un endroit sûr ; elle conseilla à ses hôtes d'alléger leur équipement de tout vestige d'élégance et, par excès de prudence, elle leur procura un abri, plus isolé que son auberge, « à deux lieues de là, chez des métayers bien pensants ».
Ce répit ne fut pas pour Puisaye du temps perdu. Il put se procurer les gazettes ; Le Roy, terré aux environs, lui communiquait les nouvelles. Le vaincu de Pacy-sur-Eure apprit à connaître la Bretagne ; il sut que beaucoup de « bons prêtres » vivaient cachés à proximité de leur paroisse ; dl se mit en rapport avec quelques-uns de ces ecclésiastiques, et connut ainsi que, dans la région de Fougères et de Vitré, un grand nombre de paysans, irrités par la persécution religieuse, étaient en insurrection et reconnaissaient comme chef un enfant de dix-sept ans, Piquet du Boisguy \ Puisaye partit, emmenant Le Roy et Focard. Parvenu sans malencombre aux confins du Maine, comme il traversait la forêt du Pertre, il découvrit, dans un épais taillis, une cabane abandonnée, ayant probablement servi d'abri à des prêtres traqués et il s'y logea avec ses compagnons. On se trouvait là, à l'écart de tout endroit habité ; le bourg du Pertre était distant
ï. Puisaye écrit : de quatorze ans. Aimé du Boisguy était né le i5 mars 1776. (Un chouan : le général du Boisguy, par M. le vicomte du Breil de Pontbriand.)
d'une longue lieue ; mais en explorant la forêt, Puisaye constata qu'elle servait de refuge à un certain nombre de malheureux, réduits, comme lui, à vivre cachés. Il lia connaissance avec deux de ces robinsons, deux frères nommés de Legge, l'un ci-devant capitaine au régiment de Brie, l'autre prêtre réfractaire *. Ils contèrent comment, depuis plus de deux ans, un gentilhomme campagnard des environs d'Àntrain, le marquis de la Rouerie, fort de l'approbation des princes émigrés, frères de Louis XVI, avait organisé une vaste conjuration dont les ramifications s'étendaient sur toute la Bretagne. Très ardent, très autoritaire, très aimé des paysans, la Rouerie s'était appliqué à choisir dans chaque paroisse un chef influent et résolu portant le titre de « capitaine ». Les chefs de cantons étaient « majors », les chefs de districts « colonels », les commandants d'un département « maréchaux de camp ». Ainsi s'étaient constitués les cadres d'une nombreuse armée recrutée parmi tous ceux, hobereaux ou villageois, qu'indignaient les nouveautés sacrilèges émanées des assemblées révolutionnaires. Le château de la Rouerie, transformé en arsenal, fournissait des fusils, de la poudre et même des canons ; pour communiquer avec ses partisans, le marquis avait établi des « lignes de correspondance » sillonnant tout le pays, depuis les côtes de Saint-Malo jusqu'au fond du Morbihan et assurant à ses émissaires, presque en chaque village, un abri et des affiliés accueillants. Le soulèvement
t. Rapports du général Rossignol. Archives du Ministère des Affaires étrangères, France i4ii, cité par Chassin, Vendée patriote, III, /,6a.
général était imminent quand, au début de 1793, vendu au gouvernement par son plus cher compagnon, la Rouerie mourut de saisissement en apprenant l'exécution du Roi. (Douze de ses complices, hommes et femmes, avaient été guillotinés, en juin, à Paris ; mais l'un des lieutenants du marquis était parvenu à soustraire la liste de ses officiers et le contrôle des compagnies de paroisse, de sorte que l'association, en sommeil depuis le décès de son chef, pourrait être en peu de temps tirée de sa léthargie, s'il se trouvait un homme assez hardi et assez autorisé pour assumer la succession de la Rouerie.
Ces révélations suggèrent à Puisaye un plan de salut : son existence est à la merci d'un hasard : la seule chance d'échapper à l'échafaud est la débâcle de cette révolution contre laquelle il s'est imprudemment mis en guerre. Pourquoi ne tenterait-il pas de l'abattre ? — Tout de suite, sa résolution est prise... Qu'un homme dont la tête est mise à prix, n'osant sortir du bois où il gîte, sans toit, sans soutien, sans autres amis que deux proscrits aussi compromis, aussi errant que lui, forme le dessein d'entrer en lutte contre un ennemi disposant des ressources de la nation la plus puissante du monde, voilà qui passe la vraisemblance : c'est pourtant ce que méditait de tenter Puisaye, tapi sous sa hutte de branchages. Sans doute se rémémorait-il le roman de sa vie lorsqu'il écrivait plus tard : « En révolution, si quelque chose a le droit d'étonner, c'est qu'il y ait des gens qui s'étonnent K »
t. Mémoires de Puisaye, IV, a3i.
Il était trop madré pour ne pas discerner, dès le début de cette téméraire partie, que son jeu manquait d'atouts : aucun titre à se poser en mandataire des Princes ; ceux-ci, bien probablement, ignoraient qu'il existât ; son nom, d'ailleurs, au jugement des purs royalistes, était celui d'un traître, puisque Puisaye, gentilhomme et officier de la garde du roi, avait servi la cause des Girondins régicides ; aux Bleus, il paraissait tout aussi méprisable, comptant parmi ceux que l'on appelait, dans le jargon de l'époque, les « restes impurs de l'infâme fédéralisme ». Par surcroît d'achoppement, il n'était pas breton, tare irrémédiable aux yeux de quiconque est né dans le pays qui s'étend de Cancale au Croisic et d 'Ingrandes à Ouessant. Il rusa : s 'étant attaché un homme du pays, Laurent, d'une fidélité candide et quasi dévotieuse, il enrôla, par l'intermédiaire de ce serviteur, une fille de vingt-deux ans, matoise et intrépide 1 ; cette luronne affrontait audacieusement tous les périls ; elle traversait chaque jour les postes de l'armée républicaine et ne fut pas une seule fois suspectée. Bientôt, grâce aux insinuations de cette acolyte bien stylée, la rumeur s'infiltra dans la région que, au fond de la forêt du Pertre, vivait un personnage mystérieux, — le comte Joseph, — un proscrit de marque, un prince du sang royal peutêtre... Ses générosités accroissaient son prestige ; il distribuait l'argent sans compter, laissant croire qu'il
i. Peut-être la fille Potin, ainsi notée plus tard : — « Célèbre à Rennes au temps de la guerre de Vendée, ayant pendant ce temps et depuis récelé les chefs des Chouans... dénoncée et livrée nombre de fois aux tribunaux d'où ses connaissances et son infatigable activité l'ont toujours arrachée. » Archives de la Préfecture de police, A, A/a 78.
disposait de sommes inépuisables « en raison de ses relations avec l'empereur d'Autriche et le roi d'Angleterre ». La mystification eut son plein effet sur les paysans révoltés, épris de légendes, et dont le nombre s'était augmenté, au printemps, de tous les réfractaires à la levée de 300.000 hommes décrétée par la Convention. Outre les bandes dont dispose le jeune Boisguy, autour de Fougères, il y a, aux environs de Laval, celle de Jean Cottereau, dit Jean Chouan, celle de Jambe d'Argent dans la Mayenne, celle de la Vache notre que commande Courtillier, dit Saint Paul, et quelques-uns de ces groupements obéissent à un certain Monsieur Jacques, ancien officier de la garde du Roi. Car, pour dérouter les dénonciateurs, ces révoltés ont adopté des sobriquets : Sans peur, Cœur de lion, Monte à Vassaut, Brave la mort, Sans quartier ; sur un ordre ils prennent le fusil, s'embusquent, harcèlent les Bleus, tracassent les acheteurs de biens nationaux et les prêtres « sermentés », puis le coup fait, ils se dispersent, rentrent chez eux, reprennent la charrue ou l'outil habituel, leur nom légal, et cette double personnalité les fait insaisissables.
Puisaye projetait de rallier ces éléments disséminés et d'en être le chef. Ses premières propositions à Boisguy furent reçues froidement ; une autre démarche auprès des généraux vendéens n'eut pas meilleur succès. C'était à la fin d'octobre 1T93, époque où l'armée royale de Vendée, repoussée de son territoire, émigrait en masse sur la rive droite de la Loire *. Troupeau lamentable de combattants
i» Puisaye, désireux de jouer un rôle qui mît fin à sa vie
affamés et ralentis dans leur marche par une longue suite de femmes et d'enfants piétinant pêle-mêle dans la boue, de charrettes portant des blessés livides et des vieillards épuisés ; par deux fois elle passa à proximité de la forêt où Puisaye se tenait re-
clus sans qu'il se déeidât à la rejoindre ; mais le désastre des Vendéens le servit : beaucoup quittaient la colonne et s'enfonçaient dans les bois pour échapper aux poursuites des Bleus. La forêt du Pertre en reçut un grand nombre. Le comte Joseph les accueillit comme dans son domaine : à certains officiers il offrit de partager l'abri de sa hutte ; aux hommes il enseignait le moyen de se terrer en creusant des fossés qu'on recouvrait de branches et de gazon. Il enrégimenta ainsi un assez important
errante, dépêcha au* chefs de Ywwèo vendéenne son émissaire femelle, avec une lettre par laquelle, après des compliments emphatiques, il annonçait, sans se nommer qu'il disposait aux environs de RenPÇS. de 5p.opo hpmmes prêts à s/insurger $t dont les chefs attendaient dans des greniers, le moment propice à l'action. Il sollicitait pour eux des sauf -conduits. L'émissaire dePuisaye trouva l'état-major vendéen à Laval ; la lettre fut remise à Lescure, sans qu'il pût savoir de qui elle émanait ni qui l'avait apportée. II la communiqua à ses collègues. Lescure atteint de la bjessure djpnt il allait mqu*ir ayait cédé le commandement de l'armée à La Rochejacquelein. On suit ici le récit de madame de Lescure qui ouvrit la lettre et en fit lecture h s*>n mari IMémoires de madame de ja Rophejacquelein, p f *g(J). Les braves Vendéens qui depuis un an avaient livré cent batailles et qu'avaient déjà rejoints les bandes de Jambi d'Argent et de Jean Chouan, s'amusèrent beaucoup de ces révoltés trépignant d'impatience dans leurs greniers. Lescure fit répondre : — « Si ces messieurs ont 5o.ooo hommes, qu'ils les mettent en mouvement J ils P'QHt pas. besoin, de sauf-conduit* ; on a bien appqrté la lettre sans cela... » On conclut que l'avis cachait quelque" piège et qu'on ne devait pas en tenir compte. Toutefois il n'est pas bien sûr que la missive fa Puisaye n'Influa pas spr Ja décision des Vendéens qui, jusqu'alors hésitants, résolurent de se diriger vers Fougères, avant de gagner Granville d'où ils espéraient pouvoir se mettre en communication avec les émigrés (Je Jersey- On sait comment cet espoir fut déçu.
contingent de soldats armés qu'il destinait à former sa garde. Chaque fosse, — ou loge, — contenait sept hommes dont l'un commandait aux six autres ; sept fosses composaient un cantonnement ; sept cantonnements une division. Les approvisionnements ne faisaient pas défaut, les paysans de la région amenant en grande quantité au campement de la forêt leurs bestiaux et leurs grains pour les soustraire aux réquisitions des républicains. La troupe de Puisaye se renforçait donc de jour en jour quand, à l'aube du 29 novembre 1793, les Bleus pénètrent dans la forêt, marchent droit à la cabane où dort le comte Joseph, aux côtés de son médecin Focard, de son ami Le Roy et de trois officiers royalistes. Fusillade : deux des officiers sont tués ; Puisaye et Le Roy se sauvent, en chemise, et disparaissent dans l'épaisseur du bois, traînant Focard, grièvement blessé, qu'ils abandonnent dans un taillis. Le malheureux ne tardera pas à être pris ; son aventure se terminera à Rennes, sur l'échafaud révolutionnaire.
Dépisté, Puisaye va reprendre la vie nomade ; du moins marche-t-il maintenant entouré d'une garde de chouans résolus ; il rayonne autour de Rennes, tente même de s'emparer par surprise de la ville, sans succès ; an le voit avec sa troupe, parfois forte d'un millier d'hommes, à Beignon, sur la route de Ploërmel, là même où il a trouvé son premier gîte en Bretagne, à Concoret dans le Morbihan, à Maure, à Bain, à Liffré ; il séjourne fréquemment au château du Plessis, près de Vern, cherchant, non sans déconvenues, à se mettre en relations avec les insurgés royalistes qui pullulent dans la région ;
et tout à coup le hasard lui confère enfin ïa suprématie si obstinément convoitée. Une femme lui remit, certain jour de janvier 1794, des dépêches officielles arrivant d'Angleterre et adressées au commandant en chef des armées royales de Bretagne. Ces dépêches étaient apportées de Jersey par un ancien agent de la Rouerie, Noël Prigent, maraîcher à Saint-Malo, qui, depuis deux ans, à la barbe des gardes-côtes et de la douane, assurait, avec une impunité surprenante, les communications entre les royalistes bretons et les îles anglaises. Cette fois il était chargé de transmettre aux chefs vendéens, qu'il croyait trouver maîtres de Granville, l'assurance d'un prochain concours de l'Angleterre et de l'arrivée imminente de la flotte britannique.
Retardé dans son voyage, apprenant, au débarqué, que l'armée vendéenne s'était depuis longtemps repliée et se traînait maintenant au delà de Nantes, brisée, dispersée, sur le point d'être anéantie, Prigent se trouva fort embarrassé du courrier dont il était porteur. Il entendit parler de ce grand personnage qui, sous le nom de Comte Joseph, se dérobait mystérieusement au fond des bois ou dans les landes et passait pour être en Bretagne le plus actif représentant des Princes exilés : il lui fit tenir - les dépêches anglaises, et Puisaye, par la lecture de ces lettres, destinées à d'autres, apprit, le premier, que le cabinet de Londres se montrerait disposé à soutenir, dans certaines conditions, l'effort des insurgés de l'Ouest et à concourir au rétablissement de la monarchie légitime. La possession d'une si grave et décisive communication centuplait sa
propre importance ; il passait de l'humble rôle de •mouche du coohe à l'enivrant emploi de grand diplomate, et aussitôt il fut à la hauteur de sa tâche : bien persuadé que le gouvernement britannique ne soutiendrait jamais une cause perdue» il décida, tout d'abord, de le convaincre que le désastre de l'armée vendéenne n'était pas, pour le parti royaliste, un coup mortel, les Bretons, secrètement enrégimentés, n'attendant qu'un signal pour se soulever en masse et jeter bas la République. Il importait surtout de présenter aux ministres du roi George Un projet d'action économique permettant de réaliser la contre-révolution sans qu'il en coûtât un schilling à l'Angleterre ; et c'est alors que Puisaye conçut ce séduisant et déloyal stratagème, qui lui fut personnellement très profitable, mais ne lui Valut point la gloire.
Il partait de cet axiome que la Révolution, èh gageant ses assignats sur les propriétés volées aux Princes, au clergé et aux émigrés, émettait de là fausse monnaie. Le propriétaire injustement dépossédé ayant le droit de reprendre son bien par tous les moyens en son pouvoir, il en concluait que les Princes, les émigrés et le clergé étaient seuls désignés pour mettre en circulation un papier-monnaie honnêtement et solidement gagé. Il se proposait donc d'établir à Londres une vaste imprimerie « d'assignats royaux », absolument semblables aux assignats de la Nation, sauf un signe secret, perceptible aux seuls initiés *, et qui permettrait de décla-
i. « Ce signe secret ne put être découvert par les commissaires de la République qui firent l'examen le plus minutieux des assignais royaut saisis, » A. RouiLii, Assignats et papiert-monnàiê,
B0I8HAHDY
rer ce papier- monnaie remboursable en numéraire, à l'exclusion de tout autre, dès la restauration de la monarchie» Cette conception ruinerait indubitablement le crédit de la République et la mettrait à merci en quelques semaines. À ce titre, elle ne déplut pas ; d'irréprochables gentilshommes, susceptibles sur le point d'honneur et qui auraient individuellement mieux aimé mourir que faire tort d'un liard au plus avéré fripon, goûtèrent fort cette ruse de guerre \ On était, il est vrai, au printemps de 1794, la terreur faisait rage ; pas une ville où l'échafaud ne fût en permanence, et la proposition de Puisaye s 'adressait à des hommes que la ruine, les deuils, la persécution réduisaient au désespoir et qui 8 'accoutumèrent à le considérer comme leur chef en raison même de l'audace et de la nouveauté de ses projets.
L'un des premiers qu'il s'attacha appartenait à une antique et noble famille ; c'était le chevalier de Tinteniac, romanesque et touchante figure : au début de sa carrière, brillant officier aux Ghevau^ légers, puis de la marine royale, ardent au plaisir, il a aimé) il a joué ; de renten tissants duels et de mauvaises affaires ont compromis son avenir \ sa
Guerre de Vendée et Chouannerie, p, 48. D'après les papiers de FuMye, eiplôtès pat Louis Êlanc, ce éighe distinct» était i — « pour les assignats de cinq livret, à la bande de droite, le premier azur en descendant, le plus près et au bout du mot Mort, un peu érhousfcé pat un coup de burin, daris la parité droite, à côté du filet extérieur. Pour les assignats de cinquante livres : au filet d'en bas, en dehors, sous le troisième chiffre de la série, un point fond, etc... » Louis Blanc, Hist. de la Révolution : Chute des assignats.
sltion à peu prèà sèmblàble adressé^ dès mars 17&S au gouvernement anglais par rfiroetaU William Plajfeiri
famille l'a renié ; la Révolution venue, enrôlé dans l'état-major de la Rouerie, puis émigré en Angleterre, il continue à servir la cause royale ; en août 1793, il débarque, un soir, sur la côte de Saint- Malo, marche jusqu'au matin dans la campagne, parcourt cinquante lieues en cinq nuits, passe la Loire à la nage, se présente aux chefs vendéens. Un si tenace dévouement de la part de cet inconnu étonne ; Tinteniac est reçu avec méfiance ; il confesse qu'il cherche à expier par quelque action d'éclat « les fautes de sa jeunesse ». Il retourne à la côte, s'embarque, aborde en Danemark, pousse jusqu'en Westphalie à la recherche du comte d'Artois dont il veut prendre les instructions. Le voici, de nouveau en France ; il se met aux ordres de Puisaye. Il a trente ans ; il est de petite taille, mais d'une figure séduisante qu'éclairent des yeux pleins de franchise et de bravoure. Par son active entremise, il rallie à Puisaye le chevalier de Silz, chef d'une légion du Morbihan, puis un ancien officier de la Rouerie, le comte de Lantivy, puis encore un paysan chef de bande, Jean Jan, que rendirent fameux son intrépidité et sa haine farouche des Bleus, et aussi un petit hobereau des environs d'Auray, au nom encore obscur et qui s'appelle Georges Cadoudal ; d'autres enfin qui seront marquants, Guillemot, Saint-Régent, Mercier la Vendée. Malgré leur dispersion, Puisaye correspond régulièrement avec tous ; il est parvenu à rétablir et à amplifier ces lignes de communication clandestine créées par la Rouerie et le long desquelles un émigré arrivant de la côte ou un émissaire porteur de dépêches sont certains de rencontrer, de distance en distance,
refuge sûr dont la porte est toujours ouverte, hôte discret, guides et, en cas de besoin, assistance toute dévouée. C'est dans un de ces abris que, sang le savoir, est entré Puisaye au début de son séjour en Bretagne.
Pour qui débarque, par exemple, dans le golfe de Saint-Brieuc, à la plage d'Erquy, la première maison de correspondance est à Nantois, tout près des ruines du château de Guémadeuc ; la seconde à la Villegourio, d'où la piste se dirige vers la Villeneuve, au nord de Lamballe ; là, dans la maison d'une dame Kerverso est une belle « cache » pratiquée sous une passerelle reliant le grenier à un bâtiment de service : quand on presse une cheville, l'une des planches de ce pont rustique « se coule », — « si, en la poussant, elle ne vient pas tout de suite, c'est signe qu'il y a quelqu'un dedans, car la cache se ferme de l'intérieur à l'aide d'un crochet assez fort », au dire d'un dénonciateur anonyme qui connaît manifestement, pour s'y être blotti, la cachette de la Villeneuve 1 . A Quessoy, la station suivante est chez « les filles du Gage ». — « Lorsqu'elles voient la troupe arriver, elles affectent beaucoup de politesse et, pendant ce temps-là, elles font disparaître ce qu'elles veulent dérober aux recherches 2 . » De Quessoy, on oblique vers Bréhand : refuges à la Ville-Louët et au manoir de Boishardy; puis, sans traverser Moncontour, la piste gravit les pentes du Mené et atteint la Mirlitantouille, hameau de deux maisons situées à trois cents pas de la crête de la colline ; de ces deux maisons l'une est aban-
i. Archives nationales, F? 3669s.