‹ La Mirlitantouille; épisodes de la chouannerie bretonneChapitre 45 sur 57 · Née Marrie-Gahrielle Thibault · texte numérisé non relu

Née Marrie-Gahrielle Thibault

ardente royaliste, dont on a déjà cité le nom. Alors âgée de quarante ans, femme d'un gentilhomme pauvre qui, avant d'émigrer, exerçait à Pontivy l'emploi d'expert-priseur, madame Le Frotter, restée seule avec ses trois fils, consacra sa vie à la défense de la cause royale ; sa maison était un asile toujours ouvert aux Chouans et à leurs courriers ; son fils aîné, Ëtienne, combattait parmi les rebelles ; elle-même avait été dénoncée plusieurs fois et arrêtée pour embauchage. C'est autour de cette femme énergique et malheureuse que vont se grouper, pour un dernier épisode, plusieurs des personnages qui ont figuré dans ce récit.

Surprise, par un détachement de grenadiers de la 58 e demi-brigade, en flagrant délit de recrutement pour les bandes de Mercier et de Georges, madame Le Frotter, incarcérée à Saint-Brieuc avec son fils cadet, Honorât, comparut, le 27 juillet, devant le Conseil de Guerre qui prononça l'acquittement du jeune homme et la condamnation à mort de la mère. Ce verdict émut toute la Bretagne : les Le Frotter étaient unanimement estimés et tenaient à nombre de familles marquantes dans les fastes de la Chouannerie. Sauf quelques fanatiques satisfaits de voir enfin, à défaut de Le Gris-Duval en personne, une de ses complices atteinte par ce qu'ils appelaient encore « la vengeance nationale », ou déplorait le sort de cette mère de famille qui, privée de son mari par l'émigration, avait courageusement élevé ses trois fils dont l'un était encore un enfant ; le jugement ordonnait la confiscation de ses maigres biens et déjà les administrateurs du Morbihan prescrivaient qu'il fût procédé à la vente de ses meubles au profit

de la république \ On espérait généralement que la condamnation capitale serait annulée par le tribunal de révision, siégeant à Rennes, et qu'une nouvelle juridiction se montrerait plus clémente. Le tribunal de révision confirma la sentence de mort. Il ne restait plus qu'à dresser l'échafaud.

Bien que tant d'années de luttes, de drames, de haines et de larmes, tant de sang versé eussent usé la pitié et durci les cœurs, on s'offusquait de l'implacabilité des juges, frappant, à défaut des vrais coupables qu'ils ne parvenaient pas à saisir, une femme dont la faute paraissait vénielle au regard des grands crimes impunis. On s'indignait aussi des procédés de l'instruction, des pièges tendus à la malheureuse : pour la perdre on avait utilisé Giraudeau et d'autres « moutons » admis à déposer contre elle, et déjà se manifestait un soulèvement d'opinions en faveur de la condamnée. Madame Le Gris-Duval, toujours emprisonnée à Rennes, ne pouvait agir ; mais sa sœur, madame de Kerigant, quoique contrainte à se cacher en sa qualité de contumace, mettait en mouvement toutes ses relations, afin de sauver la condamnée, et l'on a la certitude que ni Kerigant, ni Le Gris-Duval ne restaient inactifs ; du jour où l'on apprit à Saint-Brieuc que le subtil cabaleur de Bosseny s'intéressait à la prisonnière, le cachot où celle-ci était enfermée « au secret et sous verrous » fut gardé par huit hommes armés z .

C'est bien certainement à l'instigation de madame de Kerigant que l'avocat Laënnec était passé, « par

i. E. Sagebet, Le Morbihan sous le Consulat, l, p. 376. 3 Archives nationales, BB3* a53.

hasard », à Saint-Brieuc le jour où madame Le Frotter comparaissait devant les juges militaires. Ayant assisté à l'interrogatoire de l'accusée, il était sorti de l'audience « tellement pénétré de son innocence » qu'il avait aussitôt sollicité l'honneur de défendre sa cause en appel. Théophile Laënnec, ex-président du tribunal criminel du Finistère, peu suspect, par conséquent, de tendresse pour les royalistes, était de ces hommes dont tous les partis vénèrent la droiture. Par malheur, avant que sa requête fût admise, le tribunal de révision, faisant hâte, rendait son arrêt ; la sentence de mort était définitivement confirmée.

Laënnec conseille à madame Le Frotter de se déclarer enceinte ; ce faux prétexte assure à la condamnée un sursis de trois mois. Mettant à profit ce délai, il adresse au ministre de la justice un exposé du procès et réclame « amnistie en attendant justification. » — « La citoyenne Le Frotter n'a pu obtenir ni à Saint-Brieuc, ni à Rennes, la latitude nécessaire à sa défense. Sur trente et un témoins requis par l'instruction, deux seulement, deux faux témoins, reconnus faux par le Conseil de guerre, ont chargé l'accusée : l'un, déserteur, — c'est Giraudeau, — a voulu racheter sa vie par celle d'une femme ; l'autre, — un concussionnaire — a fait le commerce des poudres appartenant à la République. C'est dans les dépositions de ces hommes dégradés que les juges d'une mère de famille ont puisé ce qu'ils nomment « leur intime conviction 1 !» Il observe que l'inculpée n'a pas été défendue, « le dérangement des courriers de la poste ayant empêché

i. Laënnec au ministre de la Justice, 10 fructidor, VII. Archives nationales, BB*8 a 53.

ses avocats de recevoir les éléments de justification.» Au nombre des militaires qu'on accuse la citoyenne Le Frotter d'avoir embauchés, se trouve son fils aîné, Etienne. Ne doit-on pas attendre, avant d'exécuter le terrible arrêt, qu'il rentre dans le devoir ? « En quelque endroit que ce jeune homme ait été entraîné, la condamnée a lieu de croire qu'il a les yeux ouverts sur le danger de sa mère... » Il y avait comme une menace dans ce dernier argument et peut-être, pour cette raison, déplut-il au ministre. Vers le 1" octobre on connut sa réponse : il n'apercevait aucun moyen de surseoir à l'exécution de la sentence ; « — aucune autorité ne peut ni ne doit maintenant examiner si les charges produites ont été assez fortes pour entraîner la conviction ; la loi est inexorable et nul, aux termes de la Constitution, ne possède le droit de grâce h »

Est-il situation plus dramatique ? Cette mère vat-elle mourir pour ne pas livrer son fils ? — Ou, pour sauver sa mère, le fils viendra-t-il offrir sa tête ? Quel juge sera de taille à terminer le conflit suscité par cette alternative : une maman et son enfant se disputant l'échafaud. A l'un et à l'autre ce déchirant débat devait être épargné. Etienne Le Frotter, ainsi que le préjugeait Lënnec, « avait les yeux ouverts sur le danger de sa mère. »

Où se trouvait-il ? Peut-être servait-il dans les bandes de Georges Cadoudal ; commandait-il un canton, une légion, ou faisait-il partie de l'État- major de Mercier La Vendée ? On ne peut le dire exac-

i. Archives nationales, BB 1 * a53.

tenient. L'organisation de la Chouannerie, volontairement mystérieuse, ne comportait ni contrôles ni archives et peut-être n'est-il point paradoxal de remarquer, avant d'entreprendre le récit de l'un des épisodes les plus marquants des guerres de l'Ouest, que l'histoire des Chouans n'est connue, à proprement parler, que par les documents émanés de leurs adversaires. Par hasard, par l'attestation tardive d'un survivant de ces temps de troubles, on sait que, à l'époque où madame Le Frotter attendait la mort dans la prison de Saint-Brieuc, Le Gris-Duval qui, décidément, vivait encore, commandait en chef le département des Côtes-du-Nord 1 ; il avait sous ses ordres cinq chefs de division : pour Guingamp, Keranflech, dit Jupiter, ancien officier noble de l'armée de Condé, résidant ordinairement en son château de Quellenec, près de Mur-de-Bretagne 3 . Le district de Lannion était à Guezno de Penanster, cousin d'un conventionnel, ancien élève de la marine royale, puis, jusque en 1794, soldat de l'armée républicaine du Bhin ; rude homme et terrible partisan 3 . Carfort, avec son lieutenant Dutertre, tous deux survivants de la bande de Duviquet, régnaient sur la région de Moncontour et de Saint- Brieuc ; Kerigant avait Dinan et l'un de ses principaux officiers était un marchand de bestiaux, nommé Olivier Rolland, dit Justice. Le Gris-Duval se réservait l'arrondissement de Loudéac avec, comme

i. D'après M. de Kerigant, dans sa brochure souvent citée, le* Chouans, Le Gris-Duval aurait été nommé à ce commandement par le Comte d'Artois, qui lui conféra, en même temps, « le cordon ■rouge ».

a. E. Sageret, Le Morbihan sous le Consulat, I, p. 191. 3. Idem, I, p 190

lieutenants principaux, le jovial Saint-Régent et un échappé de Quiberon, Félix Dujardin, simple chef du canton de La Nouée, mais dont le nom grandira. Quand Etienne Le Frotter leur eût fait connaître sa détermination de soustraire sa mère à l'édhafaud, tous, — sauf Guezno de Penanster alors emprisonné à Saint-Brieuc, — acceptèrent avec entrain un rôle dans l'expédition. Etienne est, en outre, assuré du concours de Mercier La Vendée qui promet quatre cents de ses Morbihannais. Sa prévoyance et son sang-froid sont réputés : du consentement unanime c'est lui qui prendra la direction de l'opération : il s'agit de réitérer la tentative de Duviquet contre la prison de Saint-Brieuc ; seulement ce n'est plus une patrouille, c'est toute une armée — douze à quinze cents hommes — qu'on mettra en mouvement ; on s'emparera, par surprise, de la ville et, tandis que des forces imposantes tiendront la garnison en respect, on donnera l'assaut à la geôle de Peyrode et on en ouvrira les portes à tous les détenus. Projet téméraire, de prime abord impraticable : mobiliser une troupe si nombreuse, l'amener en armes du fond de la Bretagne, la concentrer aux portes du chef -lieu sans donner l'alarme, sans susciter sur la route l'étonnement ou les soupçons d'une municipalité, sans éveiller l'inquiétude des chefs militaires de la région, cela paraît irréalisable à qui ne sait le dégoût, l'affaissement moral de tous les serviteurs de l'État. La machine administrative, léguée à la France par la Convention, est pourrie après quatre ans d'usage ; elle se disloque ; elle ne fonctionne plus. Les bourgeois de Saint-Brieuc vivent dans une « perpétuelle terreur » ; les marchés chôment ; plus

de blé pour les moulins, plus de cuir pour les souliers, plus de bois, plus de savon, plus de vin. Les courriers manquent une fois sur deux ; faute de fourrage le maître de poste n'a plus de chevaux ; les soldats volent dans les boutiques ; les malades périssent à l'hospice où les médicaments font défaut ; les paysans ne se risquent plus à porter leurs denrées à la ville, et les Briochins n'osent pas pousser leurs promenades hors des murs jusqu'au pont de Douvenant qui est à un quart de lieue des barrières K La ruine de la navigation et la cessation des pêcheries ont causé une détresse générale 2 ; les artisans, les ouvriers en toile, ont cessé de travailler faute de débouchés 3 . Presque toutes les communes avoisinant Saint-Brieuc sont « en état d'hostilité avec la République » ; des rares paysans qui lui sont attachés l'effroi est tel « qu'ils s'abstiennent de pleurer 1g parent et l'ami que les brigands ont enlevé ou tué 4 . » Si la débâcle des services publics est achevée, l'organisation des Chouans est parfaite : ils ont des complices dans toutes les administrations ; les uns secrètement affiliés à leurs bandes, les autres ouvertement dévoués à leurs chefs 6 . Le Directoire du département les connaît ; mais il est sans force pour sévir ; aussi chacun prévoit, attend, en arrive à désirer même l'imminente et inéluctable catastrophe qui mettra fin, d'une façon ou d'une autre, à cet état de torpeur et de dissolution.

t. Habasque, Notions historiques..., II, p. 87. 3. Lorquin, l'État de la France au 18 brumaire, p. lix. 3. Rapport de Barbé-Marbois sur la situation des déparlements de l'Ouest. Lohquin, p. iaa.

h. L. Dubreuil, Le département des Côtes-da-Nord, p. a4o. 5. L. Dubreuil, Le département des C6tes-du-Nord, p. a38.

Mercier La Vendée concertait donc en toute liberté son audacieux plan de campagne. Rolland dit Justice, le lieutenant de Kerigant, fut chargé de recueillir dans Saint-Brieuc même les informations indispensables : — importance de la garnison, nombre des postes, composition de la garde de chacun d'eux. Les royalistes comptaient dans la ville beaucoup d'amis et il lui fut facile de se renseigner. Il redevint, pour la circonstance, marchand de bestiaux ; précaution presque inutile ; qui songerait à le gêner ? Il pénétra même dans la prison et s'aboucha avec l'un des émigrés détenus, Morin de Villecorbin ; on convint que, le soir de l'attaque, les prisonniers se tiendraient prêts et, dès les premiers coups de fusil, s'empareraient du concierge Peyrode et désarmeraient les six ou huit gardes nationaux composant chaque nuit la garde de la geôle l . Le chouan Justice fit mieux encore, si, toutefois, c'est lui qui, grâce à de discrètes influences, obtint de la municipalité cet arrêté vraiment opportun, interdisant aux habitants de la ville de se montrer non armés dans les rues durant la nuit. Or, comme, depuis longtemps, on avait enlevé aux Briochins toutes leurs armes par voie de réquisition, les chouans étaient sûrs de n'être point gênés par la foule dans l'exécution du grand projet 3 .

La date en fut fixée à la nuit du 26 octobre, — 4 brumaire. — On sauverait ainsi la vie à un chouan, Yves Hamon, pour qui l'échafaud devait être dressé le 27 à sept heures du matin 3 . Ce 27 octobre coïn-

i. Kerigant, Les Chouans, p. na et 1 1 4.

a. Habasque, II, 86, n.

3 Levot, biographie bretonne, article Guezno de Pénanster.

cidait aussi avec l'échéance des trois mois de sursis accordés à madame Le Frotter ; l'arrêt qui la condamnait à mort étant désormais sans appel, on pouvait craindre qu'elle fût livrée au bourreau en même temps que Hamon, ce matin-là. Son fils Etienne, l'ardent promoteur de l'expédition, dut mettre tout en œuvre pour obtenir que la tentative de délivrance ne fut pas reculée au delà du délai fatidique. Tout étant ainsi convenu, l'habile et dévoué Justice, estimant son rôle d'éolaireur terminé, jugea qu'il serait plus utile aux assaillants en demeurant à Saint- Brieuc qu'en prenant place dans leurs rangs ; il fallait un homme averti et de sang-froid pour diriger le mouvement à l'intérieur de la prison et distribuer aux détenus les rôles qu'ils auraient à jouer au moment de l'attaque décisive. ïl se fit donc tout simplement incarcérer, puisque, pour obtenir cette faveur, il lui suffisait de décliner son nom K Ceci établit jusqu'à l'évidence sa confiance absolue dans le succès de l'affaire en préparation.

Déjà Mercier La Vendée s'était mis en route avec ses quatre ou cinq cents Morbihannais, renforcés d'une compagnie de transfuges autrichiens, dite « compagnie des déserteurs â ». Des forêts de Camors et de Moranges où, sans doute, s'effectua le rassemblement, la petite armée suivit à peu près la route parcourue, quatre ans auparavant, par V Armée

i. « C'est par erreur qu'on a écrit que Rolland dit Justice, commandait un des détachements de Chouans à l'attaque de Saint- Brieuc. Il était en prison et fut délivré avec les autres prisonniers. Nous tenons du chef près duquel il se tenait dans sa retraite qu'il s'y battit comme un lion, mais isolément, sans commander. » Geslin de Bourgogne et A. de Barthélémy, Etudes, ao3 n.

a. Même ouvrage, p. a 06.

rouge de Tinténiac et qui n'était autre que la vieille piste de correspondance, toujours en usage depuis l'époque lointaine du marquis de La Rouerie. A Bignan elle s'augmenta d'un détachement des bandes de Guillemot, passa par La Trinité et Coëtlogon, gagna la forêt de Loudéac. Comment se ravitaillait-elle ? Rien ne l'indique. Les Chouans n'étaient plus ces soldats des bons prêtres et du roi que la ferveur des paysans fournissait naguère sans compter : il fallait, maintenant, payer tout sur la route et, peut-être, les 32.000 francs enlevés en juillet par Saint-Régent et Dujardin au courrier du receveur de Loudéac, avaient-ils été mis en réserve pour parer aux frais de d'expédition. Encore ne pouvaiton acheter des vivres en suffisance que dans les villes ou, du moins, dans des bourgades importantes : cette insolite affluence de consommateurs bien armés n'attira-t-elle l'attention d'aucun agent national ? Comment ne se trouva-t-il pas un fonctionnaire assez soucieux de son devoir pour sauter à cheval et courir au oheMieu afin de signaler cette invasion en marche ? Personne ne s'étonna ; rien ne bougea ; les Chouans opérèrent leur concentration avec plus de méthode et de sécurité que l'aurait pu faire une brigade des soldats de la République.

De la forêt de Loudéac l'armée de Mercier atteignit le bourg de La Motte où elle se grossit des hommes de Saint-Régent et de Dujardin, rassemblés aux environs dé Laurenan K Puis elle s'enfonça dans la longue forêt de Lorges. On signale un conseil tenu par Mercier chez un chef de canton, nommé

i. Sur les pentes orientales du Mené.

Le Helloco, au Toulmin, en Allineuc 1 . C'est là que rejoignit Keranflech, dit Jupiter, venu, sans embarras, avec sa petite troupe, de son château de Quellenec. Le 26 octobre, on était à Plaintel, — trois lieues de Saint-Brieuc, — où l'on rencontrait la bande nombreuse, — trois ou quatre cents hommes, — rassemblée par Carfort dans les landes de La Mirlitan touille, et descendue de hauteurs désertes du Mené par Plémy, Hénon et Saint- CarreucVCe même jour, à neuf heures du soir, on se remit en marche et on s'arrêta, vers minuit, à quelque cent pas des premières maisons de Saint-Brieuc.

Mercier La Vendée réunit ses principaux officiers pour un dernier conseil, sur la plate-forme du manoir de Robien, qui touche aux faubourgs de la ville : autour de lui, Saint-Régent, de Bar, Kerenflech, Carfort, J.-J. Coroller du Faou de Kerdaniel, Etienne Le Frotter et d'autres, tous chefs de légion ou de détachement. Le Gris-Duval, plus librettiste qu'exécutant, n'est pas là; il ne reconnaît pas l'autorité de Mercier, qu'il jalouse et qu'il accuse d'empiéter sur son commandement 3 . Les instructions sont données à voix basse : — l'attaque à deux heures précises du matin ; toutes les montres réglées sur celle de Mercier ; les hommes marcheront pieds nus pour éviter le bruit des sabots sur les

i. Geslin de Bourgogne et A. de Barthélémy, Études, p. ao3 n.

3. Le chiffre total des assaillants est difficile à établir : — l'Administration centrale des Côtes-du-Nord le fixe à 700, dont 600 armés. Chabsin, Pacifications, III, p. £06. — Geslin de Bourgogne et A. de Barthélémy l'évaluent à 4oo. — Kérigant, dans les Chouan», l'estime à 1.000. — Habasque à 1.700 ou 1.800.

3. Sur les effets postérieurs de cette rivalité entre Le Gris-Duval et Mercier La Vendée, voir E. Sageret, Le Morbihan sous le Consulat, Tome IV, p. q3 et suiv.

pavés ; ils passeront les pans de leur chemise pardessus la culotte afin de se reconnaître dans l'obscurité 1 . Ordre d'éviter, autant que possible, les collisions, et, sous les peines les plus sévères, de n'entrer dans aucune maison a .

A pas silencieux, les Chouans vont occuper leurs positions d'attaque ; ils encerclent la ville profondément endormie. Sauf Justice et ceux de ses compagnons de geôle qu'il a discrètement avertis, personne dans Saint-Brieuc, — et c'est incroyable, — ne se doute qu'une armée d'un millier d'hommes au moins est prête à se ruer sur la ville. Dans cette population de près de 8.000 habitants, dans cette garnison d'environ 300 hommes, il n'y eut donc, cette nuit-là, ni un promeneur attardé, ni une sentinelle aux écoutes ? — Si, pourtant ; quelqu'un sait le danger, et c'est Giraudeau, le déserteur, l'espion placé naguère dans la prison pour « moutonner » les détenus. Il est toujours incarcéré ; dans la matinée, il a reçu, au parloir du concierge Peyrode, la visite d'une femme Le Valois qui lui sert de commissionnaire : elle lui a fait part du projet des Chouans ; d'abord il fut incrédule ; puis comme la chose le tracasse, il en a parlé à l'un des détenus politiques : celui-ci joua l'ignorance, puis finit par avouer : ■ — depuis trois jours il était avisé que les royalistes entreraient dans la nuit du 26 au 27 à Saint-Brieuc et s'empareraient de la prison. Or, pour Giraudeau, la délivrance par les Chouans, c'est la mort. Il les sait bien renseignés et implacables dans leurs vengeances : il a mouchardé les Le Gris-Duval,

i. Geslin de Bourgogne et A. de Barthélémy, Etudes, p. aoî. a. Kkrigant, Les Chouans, p. 114.

les Kerigant, les Du Lorin ; il a témoigné contre madame Le Frotter : s'il tombe entre leurs mains, il est perdu.

Sans tarder, il écrit au citoyen Dénouai, commissaire du pouvoir exécutif près l'Administration départementale ; il lui rapporte en termes émus ce qu'il vient d'apprendre : l'invasion d'une armée de brigands pour la nuit prochaine ; « leur but est de délivrer un très grand nombre de gens de leur parti ; ceux de qui je le tiens sont prévenus. » Son souci est si grand qu'il se permet de conseiller : — <( Expédiez sur-le-champ des ordonnances pour alerter les troupes des villes circonvoisines... Faites délivrer des munitions aux bourgeois... Faites poster une colonne assez nombreuse autour de la maison d'arrêt... » — C'est là, surtout, ce qui l'intéresse. La lettre écrite, comment la faire parvenir ? Si l'on apprend dans la prison qu'il communique avec le commissaire du Directoire, son cas sera empiré. Il guette donc l'heure où, chaque jour, un soldat de la garnison vient à la prison apporter la soupe aux militaires détenus : l'homme chargé de cette mission est, le 26, le chasseur Bourvellec. Giraudeau lui confie sa lettre, en lui recommandant de la remettre sur-le-champ à un de ses camarades, Yverneau, qui la posera à son adresse \

Bourvellec enfouit le papier dans sa poche et se lança consciencieusement à la recherche d'Yverneau, — sans le rencontrer ; recherche bientôt inter-

i. On n'aperçoit pas pourquoi Giraudeau ne fit point passer sa lettre au commissaire du Directoire par l'intermédiaire du concierge Peyroda. Peut-être voulajt-il garder pour lui seul le bénéfice de «on importante déclaration.

LA NUIT DÛ ï BRUMAIRE

rompue, du reste, car il fut commandé d'escorte pour accompagner la malle-poste de Brest à Paris qui passait dans l'après-midi. Il plaça dans son portemanteau, sous sa selle, la lettre de Giraudeau, — «crainte de la perdre », dit-il plus tard, — monta à cheval et partit, galopant à la portière de la voiture vers Lamballe, pour ne reparaître que le surlendemain, et emportant ce précieux billet auquel, sans qu'il s'en doutât, étaient suspendues tant de vies Humaines.

On se représente les transes de Giraudeau dans cet après-midi du 26. Sa lettre partie, il s'attend à être convoqué chez le commissaire du Directoire. Les heures passent, angoissantes ; rien ne vient. Quand la nuit tombe, il guette les bruits du dehors : n'entend-on point battre le rappel, sonner le tocsin ? Des troupes ne se massent-elles point autour de la prison ? Non ; la garde coutumière n'est même pas renforcée. Le temps s'écoule ; pas un bruit ; — une heure du matin : tout demeure silencieux. — Deux heures sonnent à l'horloge de la cathédrale...

r À" ce moment précis, une femme traînant un homme ivre entrait en ville par la rue Cordière. Suivant les rues de la Vinaigrerie et de la Vicairie, le couple titubant parvint à la place de la Liberté. Là étaient l'Hôtel de Ville et le poste central, occupé par la garde nationale. Tout dormait. Devant le poste veillait, seule, une sentinelle. L'ivrogne et sa compagne traversèrent la place, se dirigeant vers le soldat qui les laissait approcher sans méfiance *.

f. Geslin db Bourgognk et A. de Barthélémy, Études, ao/).

La femme était un chouan travesti ; son compère simulait l'ivresse. Ils abordèrent l'homme en sentinelle et, soudain, se jetèrent sur lui. Il tomba mort sans pousser un cri. Au môme instant, des rues tortueuses, débouchent les chouans en masse ; la place est envahie, le poste assailli : le sergent Guillot, qui le commande, fait sortir ses hommes, essaie de les ranger en bataille ; une décharge les repousse en bousculade dans le corps de garde où ils se barricadent. La porte est attaquée à grands coups de crosse : — « Ouvrez ! Ouvrez î Si nous entrons de force, il ne sera fait quartier à personne ! » La porte cède ; les brigands se précipitent, saisissent tous les fusils, intiment aux gardes nationaux l'ordre de se coucher sur le lit de camp, d'y rester immobiles, sous peine de fusillade immédiate. D'autres s'accrochent à la grille de la Maison Commune, la secouent, l'ébranlent, l'arrachent et s'emparent d'un des deux canons de la Municipalité. La place est tumultueuse, parcourue en tous sens par des bandes de chouans qui explorent les vieilles rues à pignons, tirant des coups de fusil sur toute fenêtre qui s'ouvre. Les chiens hurlent « d'une manière effroyable » ; les

décharges succèdent aux cris de Vive Je Roi, vive Louis XVIII l Car la ville est prise ; tous les postes, tous les points de résistance sont tombés simultanément au pouvoir des Royalistes. Le corps de garde de la porte de Lamballe, pris à revers, est occupé ; on enfonce les portes de la ci-devant église Saint-Guillaume et on en tire les chevaux qu'elle abrite. A la caserne des Ursulines, le jeune du Faou de Kerdaniel et J.-J. Coroller 1 entrent bravement dans la chambrée, pistolets en mains : — « Le premier qui bouge est fusillé ! » Et tous les hommes, — des vétérans et des ouvriers du génie, — hébétés par ce réveil en sursaut, se tiennent cois, tandis que les Chouans raflent les fusils alignés aux râteliers. Un vieux soldat, pourtant, reprend son sang-froid : — « Est-ce qu'on va se laisser désarmer par ces bougres-là ? » Voilà tous ses camarades debout ; une lutte s'engage. Dans la nuit noire qui enveloppe ce vieux couvent dont ils ne connaissaient pas les êtres, les royalistes trébuchent, sont refoulés. Quelques coups de fusil éclatent et du Faou, une fois dehors, masse ses hommes à l'angle de la rue aux Chèvres et de tla route de Brest, se contentant de bloquer la caserne en cas d'une sortiè des assiégés qui ne se montrèrent plus.

Ce qui caractérise les mille incidents dispersés de cette vaste bagarre, c'est l'indifférence des habitants de Saint-Brieuc. Peut-on admettre que, pour l'immense majorité, ils ne se réveillèrent point ?

r. En 181 4 r Coroller obtint de Pénanst*r une attestation certifiant que, « au moment de l'attaque de Saint- îrieuc par Mercier ïa Vendée, il avait chargé le premier la caserne qui contenait cinq cents homme de troupe et fait prisonnier tout ce qui tomba sous sa main ».

Ceux qui, tirés de leur lit par le vacarme des détonations, montrèrent leur tête à la fenêtre pour savoir ce qui se passait, se recouchèrent bien vite sous la menace des coups de fusil. Point de rumeurs, point de panique, point même de curiosité : à force de vivre dans l'insolite, ils avaient acquis une résignation à toutes les épreuves ; peut-être, sentant leur ville au pouvoir des royalistes, ne prenaient-ils pas au tragique un événement qu'ils espéraient favorable ou, tout au moins, décisif. Ceci, d'ailleurs, n'expliquerait pas certains faits dont la singularité atteint au comique : dans la journée était arrivé à Saint-Brieuc le général Casablanca ; nommé, le 20, au commandement de la subdivision des Côtes-du- Nord, il s'était empressé de rejoindre son poste ; cette nuit du 26 au 27 était la première que ce vieux soldat corse % incontestablement brave, passait sous le ciel de Bretagne. Etait-il fatigué du voyage ? Estima-t-il qu'un démêlé entre concitoyens opposés d'opinion échappait à ses attributions ? Ce qui est sûr, c'est que, ni la fusillade, ni les cris de Vive le Roi ! ne parvinrent à l'émouvoir. Il ne sortit pas de ses draps. Un poste d'honneur montait la garde à sa porte : il ne paraît pas qu'il fut désarmé ni que nul, parmi les chefs chouans, s'inquiétât de ce général dont le sommeil était si dur. Quand, le lendemain, on s'étonnera de l'inaction de Casabianca, il objectera simplement que, ne connaissant pas la ville, il n'aurait su où tourner... Les Briochins en riaient encore quarante ans plus tard.

Quelques fonctionnaires montrèrent plus de déci-

i. Il avait soixante et un ans en 1799.

sion : encore, s'ils descendirent dans la rue, ignoraient-ils la nature du danger qu'ils allaient affronter. Ainsi le commissaire du Directoire près le tribunal des Côtes-du-Nord, Despoiriers, réveillé par le tumulte vers cinq heures du matin seulement, s'habille, prend un fusil et va, pour s'informer, jusqu'à la place de la Liberté. Il est accueilli par une fusillade, fait aussitôt demi-tour, s'élance, poursuivi par les Chouans, dans la rue Farde!, les dépiste, grâce à l'obscurité, dans les petites rues Milieu et Derrière-Fardel, escalade un mur de jardin et retombe de l'autre côté, si malencontreusement qu'il en reste courbaturé durant plusieurs jours *.

Jérôme Morin, capitaine de la garde nationale, se dirige aussi vers la place, — c'est « la ratière » où tous les étourdis viennent se faire prendre s ; — il a revêtu son uniforme ; il se heurte, dans l'ombre, à un Qui vive ? retentissant ; une décharge à bout portant jette à terre son chapeau en loques ; Morin recule d'un bond, insistant : — « Ne tirez pas 1 Je suis le capitaine de la garde nationale ! » Un jeune homme en lévite grise l'ajuste à deux pas ; Morin saisit le fusil par le canon, le détourne et Je coup part sans l'atteindre. Alors, effaré de la persistance de ce malentendu, le capitaine fuit à toutes jambes et regagne sa maison sous les balles s . t>e brigadier de gendarmerie Merlin eut meilleure chance ;

i. Archives nationales, BBl* a53.

a. Habasqtti!, Notions historiques, II, p. fi.

3. Déclaration de Jerosme Morin. Celte déclaration, comme toute» celles que l'on trouvera citées plus loin, est extraite de l'enquête du juge de paix Cartel et a été reproduite dans YInvasion de Saint- Brieuc par les Chouans, recueil de documents réunis par M. Tempîer, archiviste départemental des Côtes-du-Nord, et publié en 1889 par le Progrès des CÔtes-du-Nord.

ignorant, comme les autres, que les royalistes sont maîtres de la ville, au Qui va là ? des barrages, il répond innocemment Merlin ! et circule sans difficulté : les Chouans entendent Berlin, qui est, paraît-il, leur mot de passe \ La nuit devait être terriblement obscure pour justifier ces quiproquos, sans quoi l'accoutrement des soldats de Mercier La Vendée, portant la chemise par-dessus la culotte, aurait prévenu semblables confusions. Mais n'est-il pas de règle, au lendemain de tout événement tragique, que bon nombre d'amplificateurs tiennent à honneur d'avoir échappé au danger par une sorte de miracle et, dans leurs témoignages, il faut faire la part de la vantardise. Encore ne s'explique-t-on pas comment les citoyens patriotes qui se risquaient hors de chez eux, aient pu si unanimement s'abuser et prendre les Chouans pour des camarades. Le président de l'Administration départementale, Le t Provost, sort de sa maison avec son fils Vincent, âgé de treize ans ; chacun d'eux s'est armé d'un fusil. A peine dans la rue, Le Provost est entouré, houspillé ; donnant dans l'erreur commune : — ((Je suis républicain ! » proteste- t-il ; — « c'est ce qu'il nous faut I Le Roi commande ici ! Rends ton fusil, bougre I » Madame Le Provost, qui se tient sur le seuil de sa maison, une lanterne à la main, intervient : — « Comment ! vous ne le reconnaissez pas ? C'est un de vos administrateurs 1... » — Un administrateur I Le Provost est collé contre une porte, les fusils sont braqués sur lui, il va mourir... La porte s'ouvre *, l'engouffre, se referme. Le

i. Habasque, II, p. 87.

a. Celle du citoyen Lagadeuc, gendarme retraité.

voilà sauvé. Les Ghouans saisissent la femme qui se débat ; deux balles la manquent ; le petit Vincent, pour mourir avec elle, crie Vive la République et fait feu sur les brigands. Il est happé, se dégage, se jette sur sa mère, la pousse contre la porte hospitalière qui s'ouvre une seconde fois et Jes dérobe tous les deux \

Il est manifeste que, dans le tohu-bohu de ces scènes brutales mais non sanglantes, les instructions de Mercier La Vendée sont docilement observées. Les Chouans ne se refusent pas le plaisir de faire siffler leurs balles aux oreilles patriotes ; mais, quoiqu'ils soient réputés bons tireurs, peu de leurs coups portent. Le sang coula pourtant : le lieutenant de gendarmerie Chrétien est parvenu à rassembler quelques-uns de ses hommes et tente de reprendre le poste de la Mairie ; il est repoussé par une vive fusillade ; sa petite troupe se disperse, laissant sur la place un mort et deux blessés ; lui-même se sauve à travers les jardins dans une maison de la rue de Gouët ; il y est pris, ramené au Martray, couché en joue... Arrive un jeune (homme « bien vêtu », il interpelle les Chouans : — « Est-ce là l'ordre qu'on vous a donné ? Menez cet homme au corps de garde 2 . » C'est au poste de la place de la Liberté, en effet, que sont entassés tous les citoyens ramassés par les rues : on y conduit le commissaire du Directoire près l'administration municipale, Poulain-

i. Déclaration de Vincent-Augustin Le Provost, président de l'Administration centrale. Le valeureux enfant dont U est ici question devint, sous le règne de Louis-Philippe, député des Côtes-du* Nord. Je crois qu'il fut l'aïeul de M. le sénateur Le Provost de Launay.

a. Déclaration de Joseph Chrétien, lieutenant de gendarmerie.

LA MIRLIT ANTO tJILLË

Corbion, fonctionnaire héroïque qui, inoins timoré que Casabianca, et soucieux de son devoir, se rendait à la Mairie dans l'espoir d'organiser la défense. Les Chouans l'invitent à crier : Vive le Roi l il crie : Vive la République t et tombe percé de coups de baïonnettes. On retrouvera, le lendemain, son corps non loin de l'endroit où se dresse aujourd'hui sa statue, hommage mérité *.

Pour abriter leurs blessés, les Chouans ont fait ouvrir la maison du citoyen Granddhamp-Leclerc ; ils ont requis la citoyenne Conan, femme d'un chirurgien qui, sous la garde de six hommes armés, est promue infirmière de cette ambulance improvisée. Elle y panse quelques blessés dont deux atteints grièvement ; l'un de ceux-cî meurt sous ses yeux. Au matin elle donnera des soins à Etienne Le Frotter, atteint d'une balle au bras a . Du reste, les brigands se montrent pour elle pleins d'égards et de politesse. Une autre ambulance est établie, rue Saint-Guillaume, chez la veuve Duhazay. Car toute la ville est soumise : la grande artère qui la tra-

x. Geslin de Bourgogne écrit que Poulain fut tué sur la place même de la Liberté. Les circonstance» de la mort de Poulain- Corbion ont été racontées par les Chouans eux-mêmes, au poste de la place, en présence des prisonniers républicains. Elles ont été rapportées aussi par madame Conan, dont les royalistes, comme on va le voir, occupèrent la maison pour en faire une ambulance. Geslin de Bourgogne et À. de Barthélémy, Études, p. ao5, note.

a. Déclaration de la citoyenne Marie Pouhaër, épouse du citoyen Conan, officier de santé. Les Chouans avaient réclamé le citoyen Conan pour donner des soins à leurs blessés ; mais il procédait k un accouchement, en haut .de la rue Saint-Guillaume ; la citoyenne Conan s'offrit d'elle-même à le remplacer auprès des blessés ; les Chouans s'informèrent de sa domestique, « si cette dame était capable de traiter » ; sur ce que la servante dit « qu'elle était aussi habile que son mari », ils escortèrent madame Conan jusqu'à la maison Grandchamp.

verse, de la place de l'Égalité à celle de la Liberté, rue Quinquaine, Grande-Rue, rue de la Charbonnerie, le Haut de Saint-Gouëno, rue Saint-Guillaume, c'est un piétinement continu de détachements, se croisant au cri de Vive le Roi ! de patrouilles conduisant au poste de 'la Mairie, tout illuminé de chandelles l , quelque garde national capturé, un incessant appel de Qui vive? clamé dans l'ombre des vieilles ruelles tortueuses, pleines de bruits confus et de chocs d'armes. Et on entend, très au loin, tinter sans relâche la cloche d'alarme de la prison.

C'est là que se jouait l'action principale, le but de l'expédition étant de délivrer madame Le Frotter et ses compagnons de captivité, près de trois cents 3 , dont plusieurs condamnés à mort, des chouans, des émigrés, des prêtres réfraotaires et beaucoup de prévenus de droit commun, hommes ou femmes, punis de la détention ou non encore jugés.

Située, comme on l'a dit déjà, en dehors de la ville, entre les promenades et le ravin de Gouëdic, la maison d'arrêt n'était gardée que par six gardes nationaux. À deux heures du matin, mis en éveil par le pétillement lointain des coups de fusil tirés sur la place de la Liberté, le concierge Peyrode courut à sa cloche et se mit à sonner le tocsin. Presque aussitôt, le fracas des coups de feu tirés à la porte de Lamballe, toute voisine de la prison, lui fit

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