‹ La Mirlitantouille; épisodes de la chouannerie bretonneChapitre 50 sur 57 · Les Chouans, p. o'i et suivantes · texte numérisé non relu

Les Chouans, p. o'i et suivantes

LA M1BHTANT0UILLE

naisons théâtrales ; mais il n'en reste pas trace dans les documents d'archives, où l'évasion de madame Legris est simplement notée sans date et sans commentaire 1 .

La fugitive rentra mourante à Bosseny ; les émotions, les fatigues de la vie aventureuse, le transfèrement de Saint-Brieuc à Paris, en plein hiver, « de brigade en brigade » avaient usé sa résistance. Le Gris-Duval se résolut à déposer les armes. En décembre 1799, il signait encore, comme « général commandant la division des Côtes-du-Nord », l'arrêt de mort d'un patriote « convaincu d'avoir assassiné un soldat royaliste 2 » ; ce fut la dernière

1. Renseignement fourni par M. l'archiviste départemental d'IUe-et-Vilaine. Dans le récit de M. de Kerigant, — Les Chouans, p. f)4 et suiv. — madame Le Gris-Duval s'évade de La Tour Le Bat, la vieille geôle rennaise, ce qui rend l'événement plus dramatique M. de Kerigant le date de décembre 1708, ce qui le rend impossible. A cette époque, madame Le Gris-Duval était en prison à Saint-Brieuc et si elle passa les trois derniers jours de décembre à La Tour Le Bat, c'est parce qu'on la transférait à Paris d'où elle ne revint qu'en avril. En réalité, l'évasion est postérieure au h janvier 1800, jour où la prisonnière fut internée à la Maternité, et antérieure au ao février, époque où son amnistie fut prononcée et où l'on mit en liberté Villemain, Du Lorin, ainsi que ses autres compagnons de captivité. Cette transposition de date modifie du tout au tout le caractère de l'incident : dans les premiers jours de 1800, en effet, les prisons s'ouvraient toutes grandes ; il est probable que les autorités fermèrent volontiers les yeux sur la disparition de la détenue, et qu'elle n'eut qu'à s'en retourner chez elle sans être autrement inquiétée. La garnison de Rennes ne fut certainement pas lancée à sa poursuite, et madame Le Gris-Duval n'eut pas à « s'habiller en gendarme » pour dépister les poursuites, ainsi que le dit Levot dans la Biographie bretonne — article Legris- Duval.

2. « Au nom du Roi, armée catholique et royale. Le Conseil de guerre de la division de Saint-Brieuc, extraordinairemeni assemblé, condamne à la peine de mort Charles Rogon, demeurant à Coëtmieux, convaincu d'avoir assassiné un soldat royaliste et d'en avoir lâchement livré un autre aux républicains après l'avoir enivré. Ce no sont pas les seuls crimes dont se soit souillé le citoyen Rogon. Jugé le 6 e jour du mois de décembre 1799. Signé Fortuné, lieule-

fois qu'il se para de ce titre ; dès janvier 1800, il pressentait le général Mazingaut, chef de la 7* demibrigade, au sujet de la soumission. Le vent soufflait à la clémence, et, le 20 février, l'Administration départementale rendait un arrêté portant « qu'elle ne voyait aucun inconvénient à ce que Le Gris et sa femme fussent admis à jouir de l'amnistie accordée aux rebelles se soumettant de bonne foi aux lois de la République 1 ». Tous deux rentrèrent à Bosseny, espérant y vivre désormais tranquilles, et décidés à se désintéresser des luttes politiques. Le Gris-Duval sollicita même du gouvernement un emploi de commissaire de la marine 2 , ce qui fut mal jugé par ses compagnons de Chouannerie. Un démêlé assez vif avec Mercier La Vendée, au sujet d'une reddition de comptes 3 , acheva de lui aliéner les obstinés du parti royaliste. Des bruits malveillants circulèrent : on insinua que Le Gris-Duval, enrôlé dans la police consulaire, dénonçait à Fouché ses anciens camarades 1 ; c'était la calomnie courante que décochaient aux amnistiés les opiniâtres de l'insurrection, trop compromis pour espérer l'absolution.

De ce nombre était Dujardin ; émigré, échappé de Quiberon, il s'était enrôlé naguère dans les bandes de Le Gris-Duval, avait servi sous Saint-Régent et

nant-colonel ; Carfort, chef de colonne mobile ; Taupin, chef de la cinquième légion ; de Jugon, chef de la quatrième légion ; Legris-Duvai, général commandant la division de Saint-Drieuc. » Archives nationales, BBlS a53.

i. P. Hémon, Le Comte du Trêvoa, p. 80.

a. Chassin, Pacifications, III, p. 616.

3. Voir sur celte discussion les correspondances publiées par K. Sageret, Le Morbihan sous le Consulat, IV, p. o3 et suiv.

Page 1