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La mise en valeur de notre domaine coloniale

Au lendemain des trailésdeA iennede 1815, quel était exacleuient le domaine coloiiial de la France dont personne, il faut hien le reconnaître, sauf peut-être Napoléon lui-même, ne v s'était préoccupé depuis longtemps? Dans leg-olfedn INIexique, quelques Antilles, la Martinique, la Guadeloupe et leurs dépendances ; en Amérique, la Guyane française qui ne nous fut lendue (pren 1817 et les deux îlots de Saint-Pierre et Mique- Içn ; sur les côtes d'Afrique, quelques comptoirs au Sénégal ; dans l'océan Indien, l'île Bourbon amputée de l'île Maurice, nos cin(| stations de l'Inde, et c'était tout. C'était moins encore qu'au moment du désastreux traité de Paiis de ITO)}. Au resie, Les Colonies, vol. III. 1

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cette situation lamentable ne préoccupait pas l'opinion publi(iii(', tout entière tournée vers la politique continentale. La France qui travaillait à sa réorganisation, à l'évacuation de son territoire, à la mise en valeur de son propre sol depuis si loug^lcmps abandonné, se souciait assez peu de ses établissements d'outiemer, et il ne semble pas que le gouvernement delà Restauration, qui travailla si efficacement à renouer avec les nations voisines des l'clations conunerciales, à encourager le développement de l'agriculture par une série de mesures préservatrices, à développer l'iiulustrie pai" des règlements de protection efficace, ait sérieusement songé à protéger les colonies (pii nous restaient encore et à rattacher par des intérêts communs les colonies à la métropole.

Sans doute, sons rinlluence de ministres tels (jue Chabrol et Ilyde de Neuville, le gouvernement de la Restauration songea à conserver et même à organiser politiquement nos colonies on du moins ce qui en restait; mais les ordc^nnances du U février 1827 et du 21 septembre 1828 n'envisagent «pic l'oii^anisation politicpie et ne se préoccupent nullement des intc'rèts connnercianx on agi'icoles de nos établissements. (( La Restauration eut simplement la charge de la mise en état et de l'organisation des colonies qui restaient entre nos mains ou (pie nous rendaient les traités. Elle ne faillit point à cette tâche modeste, mais fructueuse et qui préparait l'avenii* (1). » La seule tentative de colonisation agricole, qui fut faite en 182.3 sur les bords de la Mana, échoua [)ilcusement, parce que le g(»n\('rnemenl ne sut pas cooi'donner ses effoi'ts, ni tendre m'i"s un ImiI défini.

I>ien plus, on pourrait [)i('lendte (pie la confpiètc de l'Algérie, dont la r!('C('ssi((' nous ap[»araît t'videnle aujourd'hui, a été un

(Il (liiAHi.KS-Hiiix, ('oiiiiiiciil rrii'/rc uns rolnuica prospcrex, coiirérciice l'iiilc j ri iiinii ciildii'nilc.

ÉVOLUTION \ l

accident plutôt que le résultat d'une politique raisonnée et méthodique. On alla à Alger non pas tant pour assurer à la France les deux rivages de la Méditerranée occidentale (et pourtant dès cette époque la Grande-Bretagne était maîtresse de Gibraltar et de Malte), que pour flatter par une guerre exlérieure le s(Mitiment patriotique des Français et conjurer ainsi une révolution inévitable.

La preuve en est qu'une fois maître d'Alger, le gouvernement de Louis-Philippe, qui avait sur la question coloniale les mêmes opinions que celui de Charles X, délibéra longtemps avant de conserver le territoire conquis et se décida seulement en 1834 à organiser les territoires de l'Afrique française du Nord. Et cette hésitation, qui nous paraît si étrange, était partagée et encouragée par les Chambres et par la France tout entière. Qu'on lise attentivement les débats engagés desjant le Parlement et l'on retrouvera dans les discours prononcés à cette occasion les mêmes arguments et les mêmes sophismes qui furent invoqués, il y a quinze ans à peine, contre l'occupation du Tonkin et, plus récemment encore, contre celle de Madagascar. Pourtant, à des indices encore vagues mais certains, il semble que l'opinion se ressaisisse. Le gouvernement 'va être entraîné malgré lui à accroître son domaine colonial. Gn peut affirmer que la haine irraisonnée mais profonde que les Français nourrissaient alors contre la Grande-Bretagne a aidé pour beaucoup à cette évolution. C'est, en effet, pour affirmer sa politique contre l'ingérence anglaise et soutenir l'honneur du drapeau engagé que la France étendait son protectorat, en 1842, sur les îles de l'Océanie : c'est pour répondre à l'occupation de l'Australie et à son prodigieux développement que Dupetit-Thouars installait des missionnaires français en Nouvelle-Calédonie. En même temps, (pielques partisans irréductibles de la politique coloniale nous assuraient au Soudan la possession de Grand-Bassn et de Bouton (1812), des deux

ii\('s (le la rivière (larroway, ot des teniloires d'Assinic et d,' Dahûu f 1843). Enfin, en 1839, le commandant Boûet-Willaiimez nous donnait la rive gauche du Gabon, et un traité léi^ulieidatant du l'"' avril 1844 consacrait définitivement cette prise de possession. Maigres avantages, d'ailleurs, qui ne laissaient pas deviner l'importance ([ue [)itMidrai(Mit plus tard ces établissements naissants. Donc, eu 1848, il n'y a de la part de la l'iance qu'indifférence presque absolue; pourtant nos colonies avaient, durant cette période, traversé des crises graves et qui, pour ({uelques-unes, faillirent être mortelles.

C-es crises, qui axaient eu sur la prospérité de nos colonies une si laïuenlable ré[>ercussion, avaient pour causes, d'une {)art, la suppression de l'esclavage, devenue définitive en 1848; d'autie part, les modifications apportées au régime des sucres.

Oiiçiieul dire (pu* l'esclavage avait été organisé méthodiquement par les colons blancs des Antilles et de la Guyane avec la complicité de la métropole. Les premiers colons avaient tout d'abord travaillé le sol de leurs mains, et, si le travail avait été plus pénible pour eux (pu' pour des noirs, il a\ ait été aussi plus intelligent et, parlant, [)lus rémuiK'raleur. Comme l'a constaté la commission réunie en 1840 et présidée [»ar le duc de liroglie, la rigueur du climat n'était pas telle ({u'elle put empèpéclier les blancs de travailler personnellement aux Antilles. l>('s premiers propriétaires du sol, aidés de cullixateurs venus de la nuHropole (les Oigiifjés), l'avaient fait et s'i-taieiil facilement enrichis.

Sans roi'i;anisation officielle de l'esclavage, il est certain, comnir l'a dit M. I*. Lerov-l5eanli(Mi, (lu'il se serait constitué « une société solide, (lou(''e de tous les ('N'-menls de progrès et de consistance, animée dans toutes ses couches de l'esprit de \ il' et d'entiepiise, capable de se suffiic et de grandir par sa force inliMicnic dinquilsion, sociiM»' sans ii\a!e, rpii pouvait liardiMH'iit (ir-fiei- toutes les colonies de plantations des auti'cs

peuples de l'Europe ». Mais c'est le succès même des cultures tentées "par les blancs qui poussa les premiers propriétaires à barrer la route à ceux qui seraient tentés de les imiter et à prévenir ainsi toute concurrence. Employer des nègres venus d'Afrique et les contraindre aux travaux les plus fatigants, c'était conserver le monopole des bénéfices et supprimer en grande partie, du moins le croyait-on, la dépense de la maind'œuvre. « Pouvait-il y avoir de meilleur travailleur que l'esclave, à la fois instrument et capital vivant, que seule manie la volonté du maître, tout en ayant le droit de l'aliéner à son gré? »

On s'explique moins, par contre, que les blancs n'aient pas fait appel à la population indigène des Caraïbes, car bien que différents auteurs aient parlé de l'indocilité intraitable de ces Caraïbes et de leur résistance systématique à tout trava^J régulier, il est prouvé aujourd'hui qu'ils pouvaient parfois fournir im travail utile. Ce sont des Caraïbes, par exemple, qui entreprirent tous les travaux de défrichement à Saint-Thomas de Guatemala et fournirent 11,375 journées de travail; ce sont eux encore qui, à Porto-Rico, se montrèrent aptes à tous les travaux de culture et de défrichement. Mais la conviction (ju'ils ne pouvaient être que de mauvais cultivateurs résista à toutes les expériences ; aucun essai sérieux ne fut tenté, et les Caraïbes, étouffés entre les blancs, propriétaires du sol, et les noirs esclaves qui le cultivaient, ne tardèrent pas à disparaître. Il en fut de môme à la Guyane, où les noirs d'Afrique furent toujours préférés par les propriétaires aux Indiens et aux Approuagues, peu à peu refoulés dans l'intérieur du pays.

La facilité de se procurer des esclaves et de mettre ainsi en valeur d'immenses territoires eut pour conséquence directe, aux Antilles comme à la Réunion, le développement de la grande propriété, aux dépens des colons qui, ne possédant que de • petits ou de moyens domaines, ne pouvaient lutter contre cette^

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concurrence iuvHicible. D'autre part, le régime de la gramlc propriété amena les propriétaires à rechercher les bénéfices les plus élevés. et les plus rapides, c'est-à-dire à cultiver exclusivement la canne à sucre. La suppression de l'esclavage, décrétée par la Convention, confirmée en 1815, mais non réalisée, puis l'inlerdiction de la traite en attendant mieux (lois dejuillet 1832, de 1833 et 1836) eurent donc pour conséquence la ruine d'un grand nondjre de colons et par contre-coup celle de la colonie. D'abord les nègres, beaucoup plus nombreux que les blancs, se soulevèrent contre leurs anciens maîtres, et à la Martinique, dès 1822, une révolte générale, préparée de longue main, éclata brusquement. Des habitations furent incendiées, des récoltes détruites, des colons assassinés; la répression tut rapide et atroce ; deux ans après, un nouveau complot, organisé par un mulâtre, n'échoua que par la maladresse et l'incapacité des chefs.

Une fois l'esclaNage supprimé et le calme rétabli dans les îles, il semblait que les noirs, pressés par la nécessité, fourniraient aux colons, en échange d'un salaire rémunérateur, un travail libre mais régulier. 11 n'en fut rien cependant, et là encore, il faut bien le constater, la responsabilité en remonte aux colons qui avaient, parleur exemple, habitué depuis longtemps les esclaves à confondre les deux idées de liberté et de paresse. Dès lors, au nom même de cette liberté ([ui leur a été donnée, les noirs entendent «ne rien faire», et méprisent surtoni ce travail de la terre sur laquelle ils se sont penchés pendant des siècles.

Il CM r(''snlte (pic l'abolition de l'esclavage, si légitime moralement, si justciiifiil limiianitaire, a eu |)t)nr résultat immédiat <le (h'ieiininçi- dans nos vieilles colonies, mais surtout dans les Antilles, une crise de la main-d'œuvre dont elles soutirent encore aujourd'hui. Ajoutons enlin que les noirs, ayant été priidaiil si longtenqis doiM[)tés par la lei'reui-, ont conçu, pour

les blancs, une haine ([ue le temps écoulé n'a pas encore détruite dans leur cœur, qu'ils portent en eux comme une idée confuse qu'ils ont une revanche à prendre sur leurs anciens maîtres, et qu'il existe maintenant un parti noir, chaque jour plus nombreux, et nettement adversaire du blanc et du créole. Telles furent les conséquences économiques de la siîppression de l'esclavag-e ; ce travail forcé, qui avait eu tout d'abord pour résultat le développement prodigieux de nos colonies des Antilles et de l'océan Indien, a eu pour conséquence dernière la décadence de ces mêmes colonies.

La suppression de l'esclavage devait être fatalement suivie d'une crise dans la production et dans la vente du sucre. Au reste, cette crise avait commencé, pour d'autres causes, bien , longtemps avant l'aboHlion de l'esclavage. Avant le blocus continental, le sucre de betteraves n'existait pas; noscolorjjes produisaient en moyenne pour 90 millions de kilogrammes de sucre, tandis que la consommation de la France n'excédait pas 22 millions, de sorte que la différence alimentait notre commerce avec l'étranger. Or, le développement rapide que prit dans la métropole le sucre de betterave eut pour conséquence de diminuer de près de moitié les bénéfices que réalisaient autrefois les colonies sucrières, et cela juste au moment où le manque de bras ralentissait la production et la plantation en cannes de terres nouvellement défrichées. Il en résulta une situation grave, qui eut pour conséquence immédiate de laisser tomber en friche des domaines jusqu'alors cultivés, et pour conséquence lointaine de provoquer dans les colonies une crise monétaire contre laquelle elles luttent encore aujourd'hui. En vain la métropole, émue des plaintes incessantes des colons menacés, essaya-t-clle de soutenir les fabricants de sucre colonial par des tarifs protecteurs ; en vain, par la loi du 28 avril 1810, les sucres coloniaux ne furent-ils frappés que d'un droit de 4î) francs, alors que les sucres étrangers devaient acquitter

IG Misi: i:n v.vi.Ei k

une taxe de 70 ff, s'ils élaieiil apjxutés par naxifcs IVaueais, el lie HU i'v. loF'.sqii'ils uavig-uaient sous pavillon élranyei- ; la situation ne s'améliora pas. D'autres dispositions complétèrent cette mesure de faveur, puisqu'en 1828 le sucre brut des colonies françaises ne payait plus que 35 francs, alors que le sucre hrut él ranimer apporté par navires étrang-ers était taxé à 1 H) fr. Sdiis rinllnciice de ce réi^-ime d'exception, la production du sucie, ;^-ràc(; à des travailleurs imj)ortés (parliculièremeut à la Ht'iinion), redevint normale et, en 1827, les colonies françaises fou mirent à la métropole 59,373,000 kilos de sucre. Mais la lutte était, malgré (oui, inégale. En cette même anné'e, le sucre de betterave formait déjà 1 Ifi de la consommalion lolale de la France; la production doublait de 1828 à 1821), el,en 1838, atteig^nait ciufjuante millions de kilos. La crise était tellement \ aiguë ^, la misère tellement g-rande dans les colonies atteintes que les g-ouverneurs de la Martinique et de la Guadeloupe prirent sur eux d'autoriser la sortie des sucres des colonies par tous pavillons et pour toutes destinations. « Le gouver- « nement désapprouva ces mesures (pii rompaient complète- « ment le pacte colonial, el leur application cessa aussitôt ; « mais, par une ordonnance royale du 21 août 1830, il dég^re- « va instantanément les sucres coloniaux de 12 francs (1). » Malheureusement pour les colonies, il était trop tard, et les lois protectrices de 1840 et de 1843 ne purenl rien modifier. Les producteurs de sucre colonial luttaient en vain contreleurs concurrents de la métro[)ole et notre marine marchande subit, à son tour, le contre-coup de celte crise économi([ue de nos colonies. Ainsi, manque de bras et maïujue de débouch(''s pour l<Mii' production, tout concourait à ruiner des colonies autrefols lloi-issiintes.

{\) Mfinoiri' sur la </uestion r/i's siiri'i's. — C.humhvc de rdiiiinfiTf de Niuitrs, juilicl 1858.

(( Depuis plusieurs années, écrivait en 1860 M. de Crisenoy, « les colonies se débattent au milieu de difficultés sans nombre « provenant des chauii^ements produits dans leur organisation (( intérieure par l'abolition de l'esclavage. En ce moment, deux (( d'entre elles sont en proie à des crises monétaires qui « ébranlent leur commerce, et, je le répète, à l'exception des « commerçants qui ont des rapports directs avec elles et qui <( en souffrent, à l'exception du Ministre des colonies, personne (( ne s'en préoccupe, personne ne s'en doute. »

Pourtant, en dépit de ce jugement sévère et très juste, la France ne restait pas stationnaire. Pendant que périclitaient nos colonies sucrières sous l'influence de ces modifications, notre domaine alg-érien, pour d'autres raisons ég'alement fatales, s'étendait lentement vers le Sud. On était loin du temps où un g-ouvernement timide ordonnait auxgouverneurs^'Alger de ne pas dépasser les limites du Tell, et où la colonisation se cantonnait dans les plaines d'Oran et de la Mitidja. La prise de Constan(ine, la destruction du pouvoir d'Abd-el-Kader, l'occupation des hauts plateaux étaient autant de pas en avant dans la direction du Sahara et, sans s'en rendre bien compte, les Français d'Algérie subissaient la nécessité qui s'est imposée à tous ceux qui nous avaient précédés dans l'Afrique du Nord. On s'aperçut que, suivant le mot de Daumas, « il fallait être maître partout, sous peine de n'être en sécurité nulle part «. Déjà l'on s'était préoccupé de recueillir des détails sur la marche des caravanes et le commerce de la Régence avec l'Afrique intérieure. On avait cherché à se renseig'ner sur l'importance que ce commerce avait eu jadis, sur les nouvelles directions que la guerre l'avait forcé de prendre, sur les moyens de le rappeler dans les lieux qu'il avait antérieurement fréquentés.

Telle était la situation de notre domaine colonial, lorsqu'à la Répul)li({ue succéda le second Empire. Pas plus que Charles X et pas plus que Louis-Pliilip[)t', Napoléon III ne comprit la nécessité pour la France dune politique coloniale. Il fut entraîné, malgré lui et par des nécessités économiques qu'il lui était impossible de ne pas subir, vers le Sahara et vers la mystérieuse Asie ; mais il n'y alla qu'à contre-cœur, hésitant à garder les avantages accpiis, et il ne prévit jamais l'œuvre immense et glorieuse mie ses expéditions timides et dues au hasard permettraient à ses successeurs d'entreprendre et de mener à bonneiin. Au surplus, l'alliance étroite avec la Grande-Bretagne, qui fut la grande pensée de la première partie de son règne, lui interdisait de faire une active concurrence à sa nouvelle alliée, maîtresse des mers, et qui déjà aspirait à l'omnipotence coloniale.

En Afrique, le maréchal Randon imprime à la pénétration saharienne une vigoureuse impulsion. La prise de Laghouat (18o2), bientôt suivie de la capitidation du Mzab (18o3), la soumission et le concours de Si llamza, qui détruisit le sultanat d'Ouargla pour le remettre entre nos mains, rendaient les conditions singulièrement favorables à des tentatives commerciales. (Cependant, l'essai fait en 1800 par le conimandanl (lolonieu et le capitaine Burin du C(Hé des oasis du (îourara et du roiijil, à rdlet (h; savoir si ces oasis voudraient demandera notre coniineive les produits fabriqués qui leur arrivaient par la voie de Tripoli et du Maroc, échoua complètement. Du colé de (ihadamès, un jeune explorateur, Henri Duveyrier, paivini à jd'tK'Irci' (liez les Touareg Azdjer, giàce à la protection du marabout (llicikli ( Hhman, (pie Si lliniza a\ait léussi à amener

à Alger. Pour essayer de tirer parti des résultats de ce voyage, la mission Mirclier sig-na, en 1862, la convention décorée du nom de traité de Ghadamès. On pouvait avoir quelques doutes sur la portée de ce traité, conclu avec des personnages secondaires qui n'apportaient en fait de pouvoirs que des assurances verbales, et dont le véritable sens, aux yeux des Touareg, était de réserver à Ikhenoukhen et à ses successeurs la perception du prix du passag'e des caravanes françaises. « M. Rouher s'avançait donc beaucoup lorsqu'il assurait que ce traité donnait une entière sécurité aux caravanes françaises ou alg'ériennes (1). » L'assassinat de MM. Dournaux-Dupéré et Joubert devait bientôt démontrer le contraire. Le problème était néanmoins posé, et à partir de 1863, tous ceux qui auront à résoudre les problèmes alg-ériens s'inquiéteront de la question saharienne. En réalité, toute notre politique dans l'Afrique du Nord est sortie de là.

Ce n'était pas seulement sur les bords de la Méditerranée, mais aussi sur les bords de l'Atlantique, que se poursuivait, en dehors de toute influence directe du g-ouvernement, notre politique africaine. Notre petite colonie du Sénégal, admirablement dirigée par Faidherbe, s'augmentait du Cayor et du pays des Maures Trarzas, pendant que le fleuve devenait nôtre jusqu'à Médine. Des redevances rég-ulières et modérées étaient imposées aux chefs du pays, et tout le commerce des gommes, le seul qui fût alors rémunérateur, était détourné vers Saint- Louis. Ainsi se justifiait l'opinion formulée dès 1802 par Le Brasseur (2), administrateur à la côte d'Afrique : « Le chemin « naturel de la gomme du Sahara doit la mener sur les bords « du Sénég-al et les maîtres de ce fleuve l'y attireront toujours, « si leur conduite est ferme, politique et raisonnable. » Aussi,

(1) Henri Schirmer, Le Sahara.

(2) Le Brasseur, administrateur colonial. Mss. Bibl. nat. 120SIJ.

yiiicc à l;i st'ciirllé assurée aux caravanes, le coniinerce du S«''ui'ual se (l(''velopj)ait rapidement. De .'i millions eu 182.'), il passait à .'iO millions en 1809. Bien plus, Faidherhej devinant en quelque sorte l'avenir, envoyait, en 1803, le lieutenant de vaisseau Mag-e reconnaître le pays entre Sénéi-al et Niçer,avec nnssion expresse de fonder, de trente lieues en trente lieues, (]rs postes français, futurs entrepôts de marchandises, défense éventuelle de caravanes. C'était la «-rande route commerciale du Sénéi,'-al-Xiii;er, de Saint-Louis à Bammako, ([ue Faidlierbe ouvrait à ses successeurs, qui, s'inspirant de sa politique, ont achevé ce qu'il avait si bien commencé.

L'expédition française de 18G0 en Chineavait ramené l'attention vers les questions orientales et révélé les proiligieuses richesses cachées au cœur de l'immense Empire du Milieu. Elle avait éu'idement df'uiontré l'importance qu'il y avait j)Our une nation commerçante comme la France à prendre pied sur le continent asiatique et à s'assurer, le cas échéant, des comptoirs dans cette partie du monde ; les postes que nous possédions dans rinde, étouffés et perdus au milieu de l'immense empire anglais, étaient à ce point de vue presque inutilisables. Si cette politique n'apparaissait pas nettement aux ministres d'alors, elle <'tait comj)rise par des hommes d'initiative et des coloniaux clairvoyants, tels que les amiraux La Grandière, Bonard et l'explorateur Francis Garnier. Quand, à la suite des deux expéditions dirigées contre l'empereurd'Annam, la l'^rance se trouva |)ossé(ler une immense colonie qu'elle n'avait ni souhaitée ni recherchée, elle ne comprit pas la portée de cet événement. Napoléon III, mal conseillé, songea même à abandonner sa nouvelle accpiisition, et il faut bien reconnaître que ro|)inion publicpie, (pii confondait à cette époque leMexitpie et la Cochinchine, les expéditions folles et les entreprises fécondes, l'aurait presque unanimement approuvé. Il ne fallut rien moins que l'énerj^ie d'un Chasseloup-Laubat et d'un Victor Duruy, ou le

coup de tête d'un Francis Garnieret d'un Rieunier, pour forcer la main au t>ouvernenient et nous conserver malgré nous cette colonie (pii devait être le noyau de notre empire indo-chinois.

(( Ce pays limitrophe de la Chine, avait dit l'amiral Dupré, (( sera le débouché naturel de ces riches provinces sud-occiden- « taies, une question de vie ou de mort pour l'avenir delà do- (( mination et du commerce français dans l'Extrème-Oi-ient. » Les faits n'allaient pas tarder à confirmer cette prédiction. L'exportation du riz, nulle avant la conquête, se dirigeait bient(H vers Saïgon et vers Cholon. Les recettes, qui avaient été prévues en 1805 pour 4,083,000 fi-., atteig-naicnt 8,670,000 fr. dès 1868, et le chiffre des échajiges s'élevait dès la même époque à 70 millions. Le protectorat établi sur le Cambodge en 1868 et l'exploration du Mékong- par Doudart de Lagrée, étendaient notre influence et notre commerce vers les routes de l'intérieur et vers les frontières de la Chine. Désormais, notre politique d'expansion en Indo-Chine était tracée.

Deux événements eurent sur le développement de nos colonies, de 1860 à 1870, une influence considérable : le premier est la nouvelle po!iti(|ue commerciale affirmée par les traités de commerce de 1860, le second est le percement de l'isthme de Suez. La loi du o juillet 1861 avait été étendue à toutes les colonies, et tout l'ancien système colonial avait croulé du même coup. « Cette loi autorisait l'importation aux colonies de « toutes marchandises étrangères, moyennant le paiement <( d'un droit de douane égal à celui qui les frappait à leur en- « trée en France, et l'emploi du pavillon étranger pour toutes <( les relations commerciales des colonies, soit avec la métro- (( pôle, soit avec les pays étrangers. » Le sénatus-consulte de 1866 alla même jusqu'à attribuer aux conseils généraux des colonies le droit de voter les tarifs douaniers, ce qui aurait di'i avoir pour conséquence de donner à nos colonies leur iinh'--

pendance «H leur aulonomii' financières. Il eut éh' peul-èlre prénialuiN* do prendre dès cette époque une pareille mesure ; mais il est bien certain qu'il ne pourrait qu'être utile au développement de nos établissements de les soustraire à l'action trop directe de la métropole, et de les acheminer prudemment vers la décentralisation financière.

Quelle que soit l'importance de cette révolution économique, elle en eut peut-être moins (jue l'achèvement du canal de Suez. Le percement de cet isthme allait, en quelque sorte, rétrécir les limites du monde, rendre plus âpre et j)lus active la concun'encc commerciale et oblig-er les nations eurojx'ennes à s'assurer dans les pays les plus lointains des débouchés et des comptoirs. Cette route ainsi ouverte entre trois mondes si diftV-reiits (le laces, dt' climat et de productions déplarait les grandes routes commerciales. Elle les détournait de l'Amérique et de l'Atlantique j)our les ramener vers cet Orient, où jadis les peuples étaient entrés en contact. Du jour où les navires traversèrent la mer Rouge pour voguer \-ers l'océan Indien, la nécessité pour la France d'un empire indo-chinois devenait plus évidente qiu,* jamais, et la conquête de laCochinchine était dès lors justifiée. 13ien plus, les hommes politiques devinaient la nécessité impérieuse de ne pas laisser îu»s éternels concurrents s'assurer la possession de ce couloir de la mer Rouge, comme ils s'étaient assuré la route du Cap. Si une tentative sur la côte abyssine échoua faute de persévérance, si la limidil(* de notre politique nous enq)êcha de conquérir à ce moment Madagascar, si celte même timidité nous empêcha de faire valoir nos droits indiscutables sur Cheik-Saïd, du moins l'occu- ])alion d'Obock, en 18(52, semblait-elle nous assurer une jiosilion utile à l'entrée du détroit de Rab-el-Maïuleb. Quoi qu'il en soit, l'orieiilalion de notre |)(»iili(jue ('tait changi'e. Sans <>ul)lier rAfri([ue du Nord, doiil udlre Alt;éi'ie et notre Séiiégal mettaient en nos mains les deux clefs les plus ullles, la l-'rance

devait être amenée à suivre une politique active en Asie et dans rOcéan Indien.

On le voit, malgré sa mauvaise volonté éviilente (;l le désir bien manifeste de ne pas agir au dehors, la politique coloniale du second Empire n'a pas été stérile. Elle a môme posé, sans le savoir et sans le vouloir, les jalons de notre futur empire d'outre-mer. Le commerce s'est développé dans nos colonies, en dépit de la crise sucrière, des révoltes et du manque de main-d'œuvre. Le commerce total des colonies fran(;aises atteignait, en 1870, une somme annuelle de 600 millions, dont les deux tiers représentaient les écliang-es entre la métropole et les établissements d'outre-mer.

Dans tous les cas, l'ancien système colonial, qui reposait sur les trois principes de l'intcrcourse réservée au pavillon national, de la cféfense aux colonies d'acheter les produits manufacturés ailleurs que dans la métropole, et de vendre sur des marchés étrangers les productions indig"ènes, avait vécu.

La guerre de 1870 semblait avoir été un coup de fortune pour les âpres rivaux qui redoutaient, dans les mers lointaines, la concurrence victorieuse de la France. Quelle apparence que notre pays, amputé, appauvri et vaincu, persisterait dans ses tentatives d'expansion au dehors, bien plus, aurait, dès 187.^), une politique coloniale à laquelle, à travers bien des vicissitudes et bien des hésitations, il est resté obstinément fidèle? Aux conquêtes bourg-eoises et parcimonieuses de la monarchie de Juillet et du second Empire, la République a substitué le système des annexions immenses, et, en moins de vingt ans, elle a pris la Tunisie pour défendre l'Algérie, le Tonkin pour conserver la Cochinchine, Madagascar pour surveiller les routes

- t MISE E.\ Valeur

(le rocéaii Indien. Et celte |K)!iti([iie coloniale, elle n'est pas née (kl désir de promener notre drapean à travers le njonde et de rein[)orterdes victoiresbrillanles et sans lendemain, mais elle est née d'nne nécessité économiqne dt)nt tontes lés r.ntres nations, menu; les })liis (lédaiyiienses île l'expansion andrliors, ont snbi le jony. La p()lili([ne coloniale de la troisième Kt'publi([ne est lille de la polilicjue indnslriclle : « Tout le monde « aujourd'hui veut fder et tisser, forcer et tlisliller. Tonte « l'Europe fahi iipie le sncie à outrance et prétend l'exporter. « L'entrée en scène des derniers venus de lagrande industrie: « les Etats-Unis d'une part, l'Allemagne de l'autre, l'avène- « ment des petits Etats, des [>euples endorniis ou épuisés, « de l'Italie léi^énérée, de l'Espagne enrichie par les capitaux « français, de la Suisse si entreprenante et si avisée, à la \ie « industrielle sous toutes ses formes, ont engagé l'Occidenl « tout <Milier, en attendant la Russie qui s'apprête et qui « grandit, sur une pente ([ue l'on ne remontera pas(I ). » Il est certain (pu' la prijducticui industrielle ('tant dcNcnue beaucoup j»lus intense, au moment où, les voies de conununication devenant plus rapides, les concurrents étaient plus nombreux el mieux armés, il devenait nécessaire de se créer de nouveaux débouchés et de trouver de nouveaux clients. Or ces clients et ces débouchés, ils étaient au delà des nu^is; en Asie, dont la po])ulation, siiii^ulièrement dense, pouvait à la fois fouiiiir des consommateurs et des tra\ailleurs, el dans cette Afri(pie, jus- (pi'alors [)res(jue ignorée el (pie toutes les nati(nis coloniales voulaient se [laiMager au grand profil de ses habilanls el aii leur. De là celle couise l'urieusi; (|ui entraîne sur les pas des explorateurs l'Angleterre, la l^'iance, plus lard l'Allemagne, el plus lard encore l'Italie. On dira peut-être (pie la concjuêle a (''l(' laite, mais (pie liiiduslrie n'en a pas encore prolile. Il ne

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faut pourtant pas oublier que vingt ans pour acquérir un immense empire tel que le nôtre sont en réalité peu de chose, (jue la période de conquises est à peine terminée et que celle de l'organisation \ient de commencer. Mais il y a mieux à dire, c'est que, s'il y a encore beaucoup à faire, il a été faitquel- <jue chose.

Notre commerce a déjà tiré profit de notre situation coloniale, (^eux qui affirment que nos colonies ne sont faites que pour les fonctionnaires ou qui déclarent « que le port d'Haïphong- n'est qu'un port où les navires anglais et allemands font du commerce sous la protection des navires de guerre français», ignorent la vérité, ou feignent de l'ig-norer. Or, cette vérité, c'est qu'en l'année 1898 les échanges entre la métropole et les colonies ont atteint une valeur de 111,000,000. C'est un chiffre. Qu'il puisse et doive s'augmenter, qui le nie ? Il est certain, comme 1 a prouvé M. Charles-Roux, que notre marine marchande aurait du profiter, plus qu'elle ne l'a fait, de ce trafic; mais la décadence de notre marine est due à d'autres causes dont il serait injuste de rendre responsable notre système colonial. Il est certain aussi qu'il faudrait adopter, pour nos colonies, une politique douanière rationnelle, et qu'à ce point de vue le système actuel laisse encore à désirer; mais on y travaille et, la nécessité aidant, le système rationnel finira par triompher. Mais qu'on ne dise pas, alors que tous ceux que préoccupe notre situation commerciale dans le monde collaborent à l'étude et à la solution des problèmes actuels, que nous avons perdu le sang- de nos soldats et l'argent de nos budgets.

Ce n'est pas seulement l'industrie et le commerce (pii doivent profiter de notre domaine colonial. C'était l'opinion unanime, autrefois, qu'une colonie était une terre conquise dont il fallait se hàler d'exploiter les richesses naturelles et surtout les produits précieux, au risque de les détruire, sans préparer l'avenir, Les Colonies, vol. 111. 2

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