‹ La mise en valeur de notre domaine colonialeChapitre 2 sur 72 · RÉGIME ÉCONOMIQUE · texte numérisé non relu

RÉGIME ÉCONOMIQUE

sans assurer de nouvelles ressources à ceux (|ui viendraient ensuite. Trafiquer des produits de la métropole, tel était l'idéal que se proposaient les colonisateurs. C'était l'âge du commerce ; ce temps-là n'est plus. Par un retour assez curieux aux docti'ines philosophiques du siècle dernier, on s'est avisé (jiie la terre nouvelle, ainsi conquise, pouvait donner presque indéfiniment des produits consommables ou ayant une valeur marchande, à condition de ne pas détruire systématiqueuient les richesses naturelles et même d'en introduire de nouvelles. On s'est avisé ég^alementque la vieille distinction entre les colonies de peuplement et les colonies d'exploitation était plus théorique que réelle, et que, partout où l'Européen ne pouvait travailler de ses mains, il pouvait, du moins, org-aniser et surveiller le ha\ail, diriî^er des ouvriers inhabiles, au yrand [)r()fit des indig-ènes et au sien propre ; et ainsi, de même qu'à Vù(ie de lu conquête avait succédé Va(je du commerce., de même, selon l'heureuse expression de M. Chailley-Bert, à l'âge du commerce succéda Y âge de Vagriculluve.

« Pendant quinze ans, on s'étaittrompé de route. Les colo- (( nies, c'était le commerce aux colonies et avec les colonies. « Ce n'était que cela. On n'avait point songé que les clients « du commerce, dans les colonies, ne {)euvent être (pu' les in- '( digènes ou les colons ; que ces clients ne peuvent rien achetei-, <( s'ils restent pauvres, et quiî le seul ])rocédé pour les enrichir « est de dévehjpper aux colonies l'industrie et ragriculluic. <( Donc, à l'époque où nous vivons, au point où nous en u sommes de notre développement colonial, c'est d'in<lustrie, <i c'est d'agriculture surtout (pi'il laul se [)réoccuper et s occu- <' per M). »

<)it ne saui'ail niienv dire, et là est, en ellcl, l'avenir, à condition que l'on sache que l'at^iicullure est un nu-tici" (|ui s'ap-

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prend comme les autres et qu'à vouloir s'improviser directeur de cultures, on risque de mourir de faim ou de dépenser les quelques capitaux dont on dispose. Il faut qu'on sache aussi que tous les terrains, même en pays tropical, ne sont pas propres à toutes les expériences, qu'il convient de choisir ios cultures à entreprendre, de réfléchir sur les moyens les meilleurs pour (irer des produits obtenus les bénéfices les plus rémunérateurs et de ne pas rêver de faire une fortune sans une mise de fonds suffisante. Une ferme ou une plantation s'administrent comme une maison de banque. Il y faut un capital, un amorlissement annuel, un fonds de' roulement, si l'on ne veut pas courir à une catastrophe. Le temps où les colonies apparaissaient aux malchanceux ou aux déshérités de la vie comme une sorte d'Eldorado où l'on pouvait, sans préparation préalable, devenir très riche, est passé. Non seulement l'opinion publique est désormais conquise à la cause coloniale, mais elle commence à être instruite. Déjà des résultats sérieux ont été obtenus ; on en obtiendra plus encore et, grâce au Jardin d'essai de Nogent, aux enseignements distribués à l'école de Tunis et dans les écoles d'agriculture, grâce à un choix plus judicieux des agents et des directeurs de cultures, les colons commencent à tirer de leurs effoils un profit légitime. D'une bonne agriculture sortira naturellement un commerce actif et vraiment alimenté par les colons. Là, encore, VOffice Colonial et les sociétés privées telles que V Union Coloniale, le Comité Dupleix (pour ne citer que les principales), ont été créés pour dresser et pour aider le colon.

Toutefois, il ne saurait y avoir d'agriculture prospère et de commerce lucratif dans nos colonies qu'autant que les voies de communication y auront été ci'éées et que les travaux publics nécessaires y auront été exécutés. Cette vérité insoupçonnée jusqu'à ces dernières années est, aujourd'hui, proclamée comme une vérité de sens commun, et, après avoii' été longtemps à cet

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('i^aicl clans une situation lej^rel table, il semble que les colonies, sous l'impulsion de la métropole, lâchent de regag-ner le temps perdu. Mais il faudra encore beaucou[> dannées et beaucoup d'art^ent a^ant qu'elles soient dotées de tous leurs organes de circulation. La colonisation est, à l'heure actuelle, une question de travaux publics. Agriculture féconde, commerce actif, routes, chemins de fer, navigation fluviale, lien nécessaire entre Tune et l'autre, telles sont les trois conditions qui feront des colonies lran(;aises le champ fécond où récolteront les générations futures. La fornmle est maintenant trouvée.

Sous toutes ses formes et par tous les moyens, gouvernement et sociétés collaborent dans une émulation féconde à mettre en valeur notre domaine. Le grand honneur de la troisième République sera d'avoir doté la France d'un immense empiç«? colonial et d'avoir discerné, presque aussitôt, les moyens [)iatiques d'en tirer parti. Nos colonies n'ont pas assez de colons, mais elles en ont déjà, et, l'expérience aidant, elles en auront chaque année davantage. L'avenir prouvera qu'en dépit des critiques acerbes ou des inexactitudes voulues, nos colonies s'organisent et fpie la moisson est proche.

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