LE SÉNÉGAL
(( Le voyag-eur qui se rend du Sénégal an Soudan par la voie fluviale, la seule pratique pour l'instant, remarque com-
(1) Voir le rapport de .M. Edouard PiMil sur la situation de lallcuuion' (:2) .]fission au Séin'gnl et nu Soudan, \>at Kug. Lagrillière-IJeauclerc.
17{) MISE EN VALEIR
bien les cultures révèlent (Tattenlion et de soin au fur et à mesure que l'on s'éloigne de Saint-Louis. Dans toutes les contrées habitées par les populations Sérères, l'açriculture est en honneur, et tout en constatant le côté un peu primitif des méthodes de culture, on est oblij^é de reconnaître que cette race d'indigènes estaccessible aux procurés réalisés dans l'açricultuie et s'efforce de profiler des découvertes européennes pour aiiu'liorer les procédés em{)loyés juscpi'alors par les a^riculleui's Sénégalais (1). » L'observation est parfaitement exacte; presque toutes les races qui habitent le Foufa Sénéi^alais se livreiit avec succès à la culture et parlicidièrement à l'élevage. On peut même dire (pie le Sénégal est la terre classique de rarachid:> et (pie le mil el les pâturages occupent de vastes espaces.
Il y a encore une vingtaine d'années le Sénégal produisait relativement peu d'arachides et le principal centre de cette production étaitalors l'Inde Anglaise. En 1887, la production annuelle était seulement de 70,000 tonnes ; en 1898, cette même ])ro(luction atteignait 9o,o00 tonnes et l'exportation dépassera cei'tainement ce chiffre en lilOO. C'est qu'en rf'alifé rien n(* se perd dans l'arachide.
« Le fruit produit une huile crasse employée en Europe dans la confiserie, dans la savonnerie, le graissage des laines, l'éclairage, la confection des fromages, la fabrication delamargarine. L'amande sert à la nourriture des bestiaux ; la tige est utilisée comme fourrage lorsqu'elle est fraîchement coupée; desséchée, elle sert de combustible et d'engrais. » Ajoutons (pie sa culture n'exige presque aucun soin et qu'en (piatre mois la plante est semée et récoltée. Malheureusement le prix des arachides est en baisse depuis quelques années par suitede lacon-
(t) liien (|ue les lerriloiros du SoiuJaii aient (U(M'é|)arlis, par le (l('eret (lu 17 octobre ISÎ)!), eiUre les diverses ccdonies de rAI"ri(|ue occidentale, cette mesure est encore trop récente pour (juc nous ne consacrions pas au Soudan une(''tude si)éciale.
l'agriculture 177
currence des arachides de l'Inde et de l'Egypte. Aussi le i^ouverneiir général a-t-il ordonné des recherches pour obtenir un rendement plus élevé à l'hectare avec des frais de production moindres. « Dès 189G, un ingénieur agronome (Hait envoyé en Egypte aux frais de la colonie pour étudier sur place les meilleurs procédés de culture des arachides. A son retour, des champs d'expérience furent établis dans plusieurs centres du Sénégal sous la surveillance des administrateurs. On fit notamment à Louga des essais comparatifs entre la culture à Vliilaire, instrument dont se servent les indigènes, et la culture à la charrue. Les parcelles cultivées à l'hilaire donnèrent des résultats qui varièrent de 700 à 2,100 kilogrammes à l'hectare, soit une moyenne de 1,400 kilogrammes, celles labourées à la charrue donnèrent 3,080 kilogrammes à 7,000, soit en moyenne 5,040 kilogrammes (1). » Les essais ont été repris eu 1899 pour l'amélioratidn des cultures indiqué^ et en vue de l'introduction de plantes exotiques, susceptibles d'être exploitées avantageusement au Sénégal.
Parmi les cultures vivrières, la plus importante est certainement celle du mil. On distingue généralement deux sortes de mil, le gros et le petit, celui-ci beaucoup plus répandu que celuilà. « Il est à peu près impossible d'évaluer, même approximativement, l'importance de la récolte annuelle et la superficie des terres cultivées en mil. On estime cependant que, dans le territoire possédé ou annexé, les cultures s'étendent sur une surface d'environ 150.000 hectares.
La récolte de chaque année est consommée dans le pays; une petite partie seulement (3,000 ou 4,000 tonnes) est expédier à Bordeaux et sert à faire soit de l'amidon, soit de la farine, soit encore de l'alcool (2). » Depuis ces lignes écrites en 1889, la situation est meilleure encore ; la superficie cultivée
(1) Rapport de M. le Gouverneur nénéral, i8!)9. (2; Les colonies françaises (Exposition de 188'.)), t. V.
(h'passe vraiseinhlalilcMiient 17."), 000 hectares et M. le s^oiiveriicur (Ihaudié constate qu'en \H\)H « le mil <j;tos et petit a donné en quantité ; aussi les populations rurales indigènes jouissent-elles d'un liien-ètie au(|uel elles n'cMaient pas habituées. Elles envisauent l'avenir avec calme, les famines d'autrefois étant éloiiniiées pour lons^temps. » Le seul danger est que les champs de mil sont trop souvent dévastés parles sautei'elles et les ci"if[uets comme cela sest produit à plusieurs •reprises, en 1898, dans le cercle de Nioro.
L'élevage est des plus faciles an Sénég-al. « Les bœufs (|ui sont nond)reu.\ et recherchés se divisent en deux catégories ; il V a d'aboiYl les l)a'id"s à bosse qui servent à la Ixmcheiie et ensuite les Ixeufs porteui-s qui sujiporlent de très lourdescharg-esion peut aussi signaler une race cpii vit dans l'intérieur du p}>ys à l'état sauvage, celle des (( boi'ufs de brousse ». Uuant aux montons qui servent exclusivement à l'alimentation, leur pelade ressemble à de la soie plut(')t (pi'à de la laine. L'élevage des porcs est peu répandu et ne donne lieu à aucun mouvement commercial appréciable.
Parmi les ammaux domestiques nous |>ou\dns citer les chevaux tpii sont peu ic'sislants. Nt''aiimoiiis il paraît (pi un haras, créé aux frais des budgets régionaux, va pouvoir être établi à Podor, à la très ii;-rande satisfaction des indigènes. Ouant aux mulets ils sont beaucoup jilus duis au mal mais aussi fort coûteux (1). Les che\aux et midets <les services militaires sont nouri'is nwc de la paille (rarachide et du mil <pii remplacent l'orbe et le foin (pn^ l'on faisait venir de h'rance à yiand fixais, f'^n 188(), on estimait qu'il y avait au Sénégal ÎJO.OOO bœufs, in.OOO nuiutons, 20.000 chèvres, !).;iOO chevaux, 4.000 Anes et I .."iOO chameaux. Aujourd'hui ces chillVes se sont sim^idière-
•'!) Elu'li' froiiomii/iir r/ii Si-nt'f/"/ <'l iln Sdii'/iiii frtnirais. par l*i(M"i'0 Dotiuiridipret .
L AGRICULTURE 4 71
ment accrus, el on estime (estimation d'ailleurs approximative), le nombre des bœufs à 70.000, celui des chevaux à 20.000; le chifî're des moutons et des chèvres est resté à peu près stationnaire.
Il s'en faut que le sol du Séué^^al ne soit apte qu'à l'élevage et à la culture du mil et des arachides. Cette colonie produit déjà et produira plus encore, à mesure que la multiplicité des voies de communication rendra l'exportation plus rapide et moins coûteuse, un certain nombre de produits riches et, en particulier, des g-ommes et des caoutchoucs.
Pendant longtemps la g^omme a été l'unique produit commercial de la colonie. D'après les statistiques, la production de la gomme qui était en 1828 de 1,491,809 kilogrammes, atteignait en 1859 4,610,509 kilogr., puis retombait en 1871 à 3,161,906 kilogr. A partir de cette époque, la production varie l)eu : 3,775,671 kilogr. en 1892 ; 3,716,390 en 1894; 3,641,^79 en 1896; mais en 1897, elle s'élève à 4,928,903 et dépasse 5,420,667 en 1898. Elle pourrait être bien plus considérable encore, car les g-ommes occupent de vastes étendues dans tout le bassin du Sénégal, dans le pays des Trarzas, des Braknas,' des Douaich, ainsi que dans le Oualo, le Cayor et le Djolof et même dans le désert de Ferlo. Malheureusement « l'exploitatiou de la gomme est très irrégulière et comme la récolte en est difficile, les noirs ne s'y adonnent que lorsqu'ils sont, en quelque sorte, forcés par les nécessités de la vie, de se livrer à ce genre de travail (1). »
La culture du caoutchouc est plus avantageuse encore et ne pourra que se développer à l'avenir. Les essais tentés sur le caoutchouc Céarii par les pères de la mission de Thiès ont été très satisfaisants. A la suite de ces tentatives qui avaient porté seulement sur le Dobs et sur le Tols, il fut établi
(1) Lao-rillière-Beauclcrc, op. cil.
qiu; ci'lte plante peut |)rospérer au Séiiénal dans les terres sablonneuses les plus sèches; en moins de dix-huit mois certains sujets ont atteint à Matam |)lus de 4 mètres de hauteur.
En Casamance, à Sedhiou, une pépinière créée en J89u et développée de{»uis se trouve actuellement en pleine prospéi'ité. Elle a fourni en 1899 plus de 20,000 yraines qui ont été distribuées aux indit^ènes. Cette espèce perfectionnée remplaceia avec succès, comme rendenuMit moven, la liane indii;ène qui pousse en abondance dans les rivières du Sud. Aussi la production du caoutchouc au^-mente-t-elle avec rapidité. Alors (pi'en 1892, cette production atteii^nait à peine '.V2,i2i kilos, représentant une valeur de 97,272 francs, elle montait cti 1897 à 155,838 kilos valant 345,413 francs pour s'élever en 1898 à 340,(528 kilos (185 tonnes d'augmentation en une seule année) valant 1,191,849 francs. Or, ce n'est là cpie le début d'une exploitation qui deviendra une des principales richesses ai^ricoles de la colonie.
Il en est de même du coton qui pousse au Séuég-al, à l'état sauvag^e et qui, pendant longtemps, n'a été cultivé que pour les b 'soins locaux et particulièrement dans la moyenne et la haute Casamance, le Saloum, le Onalo et le Diambour. Depuis 1895, des essais fort intéressants ont été entrepris à la mission de Thiès sur d<îs variétés américaines et ég^yptiennes ([ni ont |)arfaitement l'tMissi. Cette culture n'est encore au Sénéyal (pi'à l't'tat (h; devenir, et actuellement il n'y a pas g-rand chose à <'spérer de la laine indigène qui est beaucoup trop courte [)our pouvoir être utilement ex[>ortée en France. Oiiehpu's agriculteurs ont, en même temps, songé à propager le Jute qui se rencontre au Sénégal à l'état naturel et que les indigènes arrachent même de leurs champs comme une plante malfaisante, mais il ne semble pas (ju'une j»areille culture ait «juehpu' chance de succès, car il sera impossible de lutter contre le développement prodig^ieux de cette culture au Tonkin,
L A(iUR;ULTUKE 1 ,S |
()ii avait fondé aussi de jurandes espérances sur laculdirc du café qui pousse surtout dans la région des rivières du Sud; toulelois l'exportation qui, eu 1888, ne dépassait pas 1 12 kilot;.. ne send^Ie pas avoir sensiblement augmenté depuis. Cependant certaines maisons de Bordeaux en ont commencé l'importation en Europe et le jardin d'essai de Sedhiou a commencé depuis 189.'> des essais assez heureux sur des plants de caféier venus d'Amérique.
Il convient encore de parler du tabac qu'il y aurait avanta!;t' à cultiver puisque tous les indigènes consomment beaucoup c!e tabac qui provient en grande partie d'Amérique. Les essais tentés à Tliiès et à Sedhiou permettent d'escompter d'heureux résultats.
Enfin, l'indigo du Sénégal, qui croît un peu partout, ne nécessite aucun soin et peut donner jusqu'à trois récoltes par an, devrait tenter des cultivateurs européens. Les pains d'indii^o se vendent 10 centimes sur les marchés du Baol et du Cavor, et l'indigo du Sénégal, sans être comparable à celui des Indes, est cependant très riche en matière colorante.
Telles sont les principales cultures possibles au Sénégal. Ajoutons, pour être complet, que le riz n'a jamais eu dans cette colonie l'importance que semblaient lui promettre la région côtière les bas-fonds du Sine-Saloun ; que les graines oléagineuses, et autres que l'arachide (sésame, pourghère, ricin et amandr de palme) donnent lieu à une exportation qui varie entre 4.500.000 kilog. et C.oOO.OOO kilog. ; qu'enfin les cultures maraîchères ont déjà acclimaté, dans tous les postes de la colonie, les légumes importés d'Europe. « Les marchés de Saint- Louis et de Dakar en sont convenablement approvisionnés, el des entrepreneurs de culture maraîchère fournissent aujourd'hui des légumes frais aux paquebots qui relâchent à Dakar (1). »
(1) P. nofauconpret, op. cit.
Enfin rexploilatioii des bois, si elle étaitsag-ement rég-lem entée, ptmriait donner d'importants bénéfices. Des bois étendus existent déjà (forêt de roniers) sur la lii^ne de Dakar à Saint-Louis et les réi" ions des bords de la Gambie et de la Casamance sont couvertes d'essences variées. « Autour de Saint-Louis et sur une partie de la côte Maure, il serait utile de créer des j»lantations de cocotiers et de tenter, dans l'intérieur du pays, des plantations d'acacias, de ])alnîiers et de bambous [i). »
.Mais rien de vraiment utile ne sera fait si on n'amène pas l'eau en abondance sur un sol où il ne tombe pas une g^oulte de pluie pendant plus de cin(| mois. M. Cliaudié a récemment étudié le projet d'un puits artésien dont les eaux serviront principalement à irriguer les terres de cette région.
Il serait d'ailleurs injuste de ne pas signaler les efforts (entés par l'administration depuis trois, ans pour développer l'agriculture au Sénégal. C'est ainsi qu'ont été créées les pépinières de Sedhiou et de llichaid Toll, que des cours d'agriculture prati(pie ont été faits aux indigènes, qu'un jardin d'expériences a été ouvert à Moro et qu'un professeur spécial de procédés agricoles M. Enfantin a été établi au Sénégal en 1897. Enfin des fermes-écoles ont été organisées à Térouane (Cajor), à M'Band)ey (liaol) et à Kaolack (Sine-Saloum). Ces fermes dirigées par des agents de culture sont déjà très fréquentées j):ir les indigènes. Les agriculteurs européens commencent, eux aussi, à compreudie (pi'il est possible de réussir au Sénégal; c'est ainsi qu'un ancien planteur du liiésil, M. Cadillac a acquis, aux environs de Hufisque, un \as(e domaine de 7^^0 hectares (jù il compte en^aiit'r un capital de 100.000 francs.
(I) Notices (le iSS'.t.
l'agkiculture i8.S
Lie SOUDAN FRANÇAIS
Les aptitudes naturelles du sol soudanais ne sont pas sensiblement différentes de la région sénég-alaise, puisqu'il n'y a entre les deux pays aucune limite naturelle, aucune différence géographique, sauf peut-être une quantité de pluie plus abondante au Sénégal. Au Soudan comme au Sénégal, nous rencontrons les mêmes cultures vivrières (mil, maïs, riz), la même aptitude pour l'élevage des troupeaux, la même possil)ilité d'exploiter avec succès les gommes et le caoutchouc. « Les matières pre- « mières d'exploitation ne manquent pas On les a indiquées « cent fois. Je vais les énumérer encore. En première ligne, « le caoutchouc, le gutta, le karité. Ces trois produits végé- « taux sont immédiatement exploitables. Le caoutchouc pousse « au sud delvangaba, sur le Niger; le gutta, au nord de lian- (( gaba; le karité un peu partout. On les trouve en abondance.
« Les deux premiers s'enlèvent sur les marchés d'Europe à « l'heure actuelle; le karité trouvera, j'ensuis sur, un débour (( ché avantageux; les Anglais l'exportent tant qu'ils en peu- « vent trouver de leur colonie du Bas-Niger, où il est beaucoup « moins abondant que chez nous (1). >)
Puis viennent une sorte de soie végétale, la laine, le coton, l'indigo, les peaux, la gomme, l'ivoire, les plumes d'autruche et une espèce de poivre. Le Soudan est donc un pays riche. Tel était déjà l'avis des généraux Galliéni et Archinard; tel était, bien longtemps avant eux, celui du fameux Mungo-Park. Enfin la mission économique récemment organisée par le général de Trentinian, a démontré, chiffres à l'appui, que l'agriculture devait donner au Soudan comme dans l'Afrique occidentale des résultats précieux et qu'il ne fallait pas conclure
(I) liaudry, Richesses (';e()ii()iMi(iues du Suudaii. liiilh'lin de la Sorii'lide (jéofjraphie comtnercinle, ISKT.
I8i MISE EN VAI.KIK
(11' lit st(''rilil('' (lu sol, (lue aux longues ijticrrt's iiilcstiucs <!es Foulas contre les Marocains et des Marocains contre les Toucouleurs, ainsi ([u'aux déplacements des indliiènes (»l)lii;és d'errei- de j)àtnrai'e en pàturaq-e, à son inaptitutie nalnrelle à [iioduire. < An moment où cette opinion était avancée, il « est certain (pie ce sol ne faisait l'objet d'aucune culture; (( mais il ne s'ensuit pas du tout que ce fût à cause de son « infertilité. Les guerres avaient, en effet, décimé la popula- « tion et empêché toute exploitation agricole; mais cet état (( de choses ne devait pas durer longtemps aNec le rélahlis- « sèment de la paix et à l'heure actuelle, la rég^ion réputée « si infertile, qui s'étend de Kayes à Bammako, se repeuple (( avec une grande rapidité et les indigènes cultivent partout (( le sol avec succès ». Il est, en effet, certain ([ue toute la région des grands lacs aux environs de Tombouctou est exlfèmement fertile et constitue un adnnrahie champ de cultures d'un superbe avenii". Il faut lire, à ce sujet, les pages enthousiastes de M. Félix Dubois dans « Tombouctou la mystérieuse » et du commandant Toutée dans d Dahomey, Nig-er, rouareg ». Même en faisant la paît du mirage soudanais, on peut en conclure qu'il y a là un pays qui n'attend plus, pour devenir un de nos greniers d'abondance, que des capitaux et des bras.
.)///. — Le mil réussit merveilleusement au Soudan puisque les tiges dé|)assent parfois de l'A) ou de 00 centimètres la tète d'un cavaliei". Avec le mil l'indigène cultive volontiers le fiiiiio. « ( n lait ii|ti'M'essant à sii^naler, c'est l'extension que sni' beaucoup de p(»inls ont prise ces cultures: au lieu de seniei' juste le sliicl in-cessuire pour s(»u entretien et celui de sa lamillc, le noir coniinence à cullixci' pour s'eni'ichir ou, tout au moins, poui' augnuMiter son liicii-clr-e (I). »
(I) Hlich' )'f()iioiiiii/iii' (lu Si'iiri/ti/ l'i i/u Si)iiil(in /'ron^/iis, par l'icrre l)el'.UKViiiriiTi .
l'agriculture 185
Ce rjiie nous avons dit du mil pourrait se dire du maïs, dont la culture s'étend progressivement et que l'on peut recollertrois mois après les semailles, et même du blé. Pendant longtemps il sendjla acquis que le blé ne pouvait réussir au Soudan. « Les blés et les org-es qu'on a plantés à plusieurs reprises n'ont pas poussé à plus de 0"',3U de hauteur, puis ont séché .sur place (1). » Ce{)endant de nouveaux essais tentés, celte fois, dans la région des lacs ont été plus favorables puisque la production dans ce pays a atteint, en 1898, le chiffre important de 150 tonnes. « Le blé de Tombouctou, dit M. Chevalier, <?st exempt de tous les parasites cryptogamiques qui attaquent plus ou moins les céréales de France. Si la majorité des souches n'a produit que 1 à 3 chaumes avec une moyenne de lo à 20 francs, il en est d'autres sur lesquels j'ai compte'' plus de 20 chaumes avec plus de 150 grains sur le même pied. On pourra donc, par une sélection appropriée, améliorer beaucoup cette espèce. »
Pour en finir avec les cultures vivrières, il faut citer le riz que les indigènes apprennent de plus en plus à cultiver. Les rizières de Boumanea à Kouroussa, ainsi que celles des environs de Tombouctou sont d'une incroyable richesse et dépassent comme qualité celle du riz asiatique. La culture donne, selon les années, de 80 à 150 pour un (soit de 2,500 à 4,000 kilogrammes par hectare). Cette culture est,, en somme, plus rémunératrice et plus facile que celle du mil.
Passant maintenant à lexamen des cultures riches, nous constaterons que si l'arachide ne constitue pas, comme au Sénégal, la richesse fondamentale du Soudan et si l'exportation en est médiocre, du moins, ce pays est-il et sera-t-il avec les voies de connnunication un véritable réservoir de coton et de caoutchouc.
(1) Notices coloniales de 1889.
Les Colonies, vol. III. 12
Le coton pousse au Soudan à l'état sauvage : « Des échantillons envoyés aux chambres de commerce " de la métropole pour être soumis à un examen méthodique obtinrent un réel succès. Il y avait lieu, dès lors,d'encouran^er cette culture et de perfectionner les procédés imligènes. Des essais de plantations de cotons américains ont été tentés dans un urand nondjre do cercles; pour des raisons diverses, ils n'ont jusqu'ici que médiocrement réussi ; mais, du moment où le coton indii»ène est de bonne qualité, il semble que le mieux est d'en propager la production, en éliminant, par une sélection prudente, les espèces médiocres et en s'appliquant à faire disparaître les causes de déchet (1). » Celles-ci, tenant en grande partie aux procédés de récolte défectueux employés par les indigènes, les commandants de cercles ont reçu des instructions précises énu^iérant les conseils pratiques à donner aux noirs à Kayes.
L'administration a fait ég"alement venir de France quatre machines égréneuses. La récolte de 1898 a été bonne et 2(J0 tonnes ont été centralisées à Kayes et expédiées vers le Havre. Tout récemment, un charg-é de mission, M. Baillaud, a étudié avec un g^rand soin la question du coton au Soudan et la possibilité de son emploi commercial. Les (JO kilogr. qu'il avait rapportés ont été tissés à l'usine Kempf à Moyenmoutier (Vosges) et ont donné des cotonnades capables de lutter victorieusement sui" les marchés soudanais avec des cotomiades d'importation étrangère. D'après le général Archiuaid, ce coton aurait la valeur des catégories moyennes de l'Inde ; les pays réellement pioducteurs sont les cercles de Ségou, Bammakou, Bafoulabé, Kayes et Kita.
Caoutchouc. — Comme le coton, le caoutchouc pousse au Soudan à l'état sauvage, mais |»lus particulièrenuMit dans la région Sud et dans celle du .Mossi. Si on enti<'j)renail la cul-
(I) H;i|i|i()rl (lu ni'iitTiil (le Ti'ciiliiiiiui, ISil'.l.
l'aguicultuhe 187
ture rationnelle de ces lianes que l'on trouve en très grande abondance et qui, d'après M. Sambain, possèdent des qualités toutes spéciales d'élasticité, le Soudan tirerait de cette exploitation des avantages iucalculables. Aussi l'administration a-t-elle multiplié les recherches de régions caoutchouquiferes nouvelles et les études sur les procédés de récolte et de coagulation du latex. Il faudra un ou deux ans avant que ces essais aient donné un résultat pratique. Toutefois, on peut dire dès à présent que l'arbre de Céara (Mauihot Glaziovii), planié à Kouroussa en 1898 et repiqué au mois de septembre, avait déjà plus de deux mètres de hauteur en avril 1899.
Telles sont les cultures essentielles entreprises ou à entreprendre an Soudan. Cette étude, même rapide, ne serait pas complète si nous ne citions Vindigo spécialement cultivé dans la région du Sud, le café dont les plants sauvages cultivésodaus les jardins d'essai ont parfaitement réussi, le tabac que les indigènes apprécient beaucoup, non pas tant pour son odeur que pour sa saveur, et qui pourra devenir un sérieux article d'exportation, le karité qui produit un beurre estimé, etc. On voit par cette énumération que nous sommes loin de la j)rétendue infécondité du Soudan tout entier. Il faut accorder une mention spéciale au ricin soudanais qui s'expédie par milliers de tonnes sur les marchés français.
Une autre richesse fondamentale du Soudan est, nous l'avons (lit, l'élevage. « Les véritables pays d'élevage, assez semblables les uns aux autres par leur aspect et leur végétation, sont le Mossi, le Macina, le Liptako, le Bakhounou ; les pâturages y sont aussi nombreux que beaux et les bois y sont plus rares. Les moutons y sont tellement nombreux que (juelquefois les marchés du Sahel en sont littéralement encombrés et que le prix moyen du mouton tondîc à 4 et même à 2 francs, n La race indigène résulte du croisement de trois races principales : la race rnaur»', maigre et haute; la race malinké, généralement
grasse, et la race du Muciiia. Les bœufs sont éyaleinenl très nombreux surtout entre Tonibouctou et Sansanding. Les Peullis ont, pour cet élevage, un tel goût qu'ds n'abattent jamais le veau et qu'ils élèvent tous les produits ; peut-être est-ce par cette coutume qu'il faut s'expliquer que les vaches sont de très mauvaises laitières cjui ilonnent à peine deux litres île lait par jour; enfin, chez ces {)opulations presque toutes de religion musulmane, le porc n'existe, pour ainsi dire, pas.
Le cheval est assez répandu dans le Khasso, leYatenga et le Mossi ; d'assez petite taille, il n'en coûte pas moins un prix assez élevé (oOO francs à Kay es, 800 francs à Sambatiguila) ; propre seulement à la selle, le cheval du Soudan n'est pas de belle race. Espérons que les dépôts d'étalons créés à Kayes,à Segou, à Nioro, Saraféré et Bandiagara auront pour résultat d'améliorée la race en force et en beauté. Les ânes, dont la valeur marchande varie entre 70 et 80 francs, sont nombreux dans le Mossi ; les chameaux sont cantonnés dans la région Nord. II conviendrait aussi de parler de l'élevage de l'autruche, mais c'est là un élevage purement industriel et dont il sera parlé plus loin. Disons cependant que le nombre des autruches élevées au Soudan français doit être aujourd'hui d'une centaine dans le cercle de Tombouctou, de trois cents dans celui de Karouga, d'une centaine encore dans celui de Goundam. Le chiffre total ne doit pas dépasser cinq cents.
Il convient enfin de rendre au général de Trentinian la justice que nous avons rendue à M. Ghaudié. Ses efforts pour encourager et dévelo[)per l'agriculture ont été considérables et couronnés de succès. Gitons, j)ar exemple, la cr('ation des jardins d'essai de Kayes, Kati, (îoundani et Si^■uiri, les IcroMs données aux indigènes de labourage à la chariue ; la ilistribution des semences iM'cessaires ; la iV'duction des inqiôls |>our ceux des indigènes <[ui payaient leur dû en blé, en colon ou en caoutchouc. « On est donc en droit d'espérer (jue
ragriciiltiire va prendre un rapide essor et devenir, pour la colonie du Soudan, la sourci; de richesses considérables. »
GUINEE FRANÇAISE
La Guinée française qui est déjà, grâce à l'énerg-ie et à la prévoyance de M. le g-ouverneur liallay, une de nos colonies les plus prospères, le deviendra bien davantage encore lorsque l'établissement de voies de communication aura assuré l'écoulement vers la mer de ses produits naturels. Malheureusement c^ n'est pas du côté d# l'agriculture que s'est tournée jusqu'ici l'activité économique de la colonie. Cependant le sol de la Guinée est g-énéralement fertile, beaucoup plus même que celui du Sénégal, constamment desséché par un vent sec qui vient de l'est et souffle pendant de longs mois. En un mot, il semble présenter toutes les qualités requises pour le développement de certaines cultures tropicales d'exportation (i). (( Résumons-nous, écrit M. Aspe-Fleurimont, en disant que «la colonie se compose de deux parties; l'une, voisine de « l'Océan, basse, sillonnée de cours d'eau, est humide et inal- '( saine, eng-énéral, mais couverte d'une belle végétation et susce ceptible de donner par la culture avec de la main-cï' œuvre (( suffisante, de beaux résultats, pays d'alluvion presque par- « tout et bien fertile ; l'autre, plus élevée, vers les versants a du Fouta-Djallon, montagneuse, peu boisée, ravinée par les « pluies d'hivernage, est plus sèche et plus salubre, pays « trop dénudé et qui ne permet guère d'escompter un bril- « lant avenir, dans les parties tout au moins qui sont tantsoil « peu distantes des cours d'eau (2). » Corrigeons ce tableau un peu poussé au noir par l'appréciation du capitaine Brossc-
(1) P. DeraucDiiprct, Etude éronomii/ne du Soudan el du Séui'{/a/.
(2) As[)c-i''Ieiiriniont, La Ouiiiéi' frant^ui-^i'.
lUO MISE EN VALEUR
lard-Faidlierbe : « On voit que le sol de Guinée est assez fertile pour se prêter à toutes sortes de cultures; cette ferlilité tient eu s^rande partie à ce que certaines régions, comme celle de la Mellacorée, par exempl»', sont sillonnées de maris^ots qui irrig^uent le sol et sont, en outre, accessibles aux embarcations, ce qui favorise lécoulement des produits agricoles », ou encoie parcelle du capitaine Salesses : « Le massif du Fouta-Djallou est couvert d'un véritable vêtement de bois et d'arbres fruitiers, peudaiit ([ue, sur le flanc des hauteurs, s'étagent les cultures amies de llmmidité, et qu'au fond des vallées s'alignent les plantations les plus variées... Les productions sont innomluables : noiumonsle caoutchouc, le café, le cacao, le n'ommier copal, le Ivolatier, les pabniers à huile, le riz, etc. ; parmi les arbres fruitiers, on compte l'oranger, le citronnier, le manguier ((}ue l'on devrait greffer), le bananier, le baobab, le pa- ])ayeif le cocotier, l'arbre à pain, l'avocatier; on récolte aussi des ananas, des haricots, des aubergines, des patates, des ignames, de petites tomates, de petits oignons, des arachides ou pistaches, du manioc. Les légumes d'Europe poussent facilement, surtout la pomme de terre et l'asperge. Les arbres j)récieux sont nombreux, entre autres l'ébénier et l'acajou (I). » Enfin lenninons j)ar une communication faite, en 180."), par le capitaine Delafoye (2) et qui conq»Iétera cette lapide enquête : « La richesse du sol est indéniable et une vc'gétation intense en est la preuve. Cette partie delà \ ailée du Niger a nourri autrefois de nombreux troupeaux de bœufs, de moutons et de chèvres dans ses pâturages naturels sans cesse fertilisé's [)ar l'iîiondation... Il convient de citer aussi les arbres trui tiers ([u'on trouve à profusion dans le pays, l'oiarmer, le citronnier, le bananier, le manguier dont les fruits sont exquis,
(!) Cil pi lai ne Salesses, A^' Chinniit th- fer dv KniKikv)/ au .Xii/rr (1) litillclin ih' 1(1 Sorirtr de iji-ofi rit itliii- ri)i>i>/icrri(i/(', IH'X'k
LAGUICULTUUE i\]\
10 pommier cannelle, le j^oyavier, le papayer, l'ananas, etc. »
11 semble donc prou\é, par cet ensemble de témoi^nag'es, rnie la Guinée française est riche et facilement exploitable.
Cullures vivrières. — En Guinée comme dans toute l'Afrifjue Occidentale, le mil ou sovfjJio constitue la base essentielle de l'alimentation des indij^ènes. Il est, par conséquent, impossible d'évaluer, même d'une fa'çon approximative, les quantités produites, une faible partie de la récolte étant apportée dans les factoreries. Le ri:<,, sans être aussi répandu, est pourtant très recherché, car les noirs le préfèrent au riz de l'Inde qui est beaucoup plus beau, mais peut-être moins savoureux. Les surfaces cultivées en riz devraient s'accroître rapidement puis- ([u'on est obligé d'en importer encore de g-randes quantités. Il en est de même du maïs qui donne jusqu'à trois récoltes par an et (jui peut atteindre jusqu'à cinq mètres de hauteur. Ajoutons à ces productions abondantes celles du manioc et delà p^ate.
La Guinée française est, avant tout, le pays de la gomme copale que l'on recueille en abondance dans la Dubreka et la Mellacorée ; il en a été exporté de la colonie 178 tonnes en i8!)7 et 17.J en 1898.
L'huile de palme est encore un produit dont la colonie tire un excellent parti (1). Ce produit n'est pas à dédaigner, parce que, souvent, les noirs n'apportent pas autre chose pour acheter ce dont ils ont besoin. Mais il exige de l'espace, de la maind'œuvre et des soins; pour peu qu'on veuille le traiter en grand, il faut de vastes magasins et une flottille coûteuse. Aussi une maison, qui ne cultiverait que ce produit, vég-éterait misérablement, à moins ([u'une organisation rationnelle du travail indig-ènt^ lui permît d'obtenir des prix de revient plus bas. La Guinée française a exporté en 1896 pour 400,000 francs d'huile de palme, en 1897 pour 440,000 francs, et en 1898, 400,000 francs
(1) Aspe-FIciiriniont, Ui (luinée française .
192 MISE EN VALELK
seulement. Ce chidre serait certainement dix fois plus élevé si les noirs voulaient y consacrer leur temps et leur peine. Le caoutchouc prend dans les cultures de la colonie une importance de plus en plus grande, a La liane qui le produit se trouve dans toutes les forêts de cette région. Les indigènes l'exploitent peu et mal ; leurs procédés de coagulation du latex sont également assez défectueux, mais ces imperfections peuvent être facilement corrigées. 11 faut, en premier lieu, empêcher les incendies de pénétrer dans les forêts où se trouve la liane, recommander aux indigènes de ne pas praliipicr des incisions trop profondes qui sont, d'ailleurs, inutiles et comproinellenl Lexistence même de la liane ; perfectionner leurs procédés de coagulation et créer des bois entiers de liane de caoutchouc où la protection contre l'incendie sera facile et la (piaiitité de latex recueillie plus grande en moins de lem[)s. » Il est incontestable que fes indin'ènes ont une tendance déplorable à cuuper\a liane au lieu de Vinciscr et ([u'ils Hniraient par détruire, si l'administiation n'intervient pas à temps, les forêts de lianes caoïilchouquifères. Il va là un danger d'autant plus sérieux que le caoutchouc représente les (*> 1(1 de la traite locale. Déjà, en 180i, il en avait été exporté pour 3,i8(),88îl francs représentant environ une ([uantitéde3,7i7,37r) kilogrammes; en 1897 pour 4, 900, 01)0 francs (1,225,000 kilogr.); en 1898, 1,33:;,000 kilogr.
Au contraire, l'exploitation des arachides est très négligée en (iîuinée parce que les yiaines, mal récollées et de qualité inférieure, se vendent toujours plusdecincj francs au-dessous des provenances de UuHsque. C-'est ainsi (pril n'en a l'Ii' ('\pi»ilt''(pic 240,000 kilogr. en 1897, maislechilTrea bondià Go(i,000 kiloyr. en 1898 pai'ce (pic (|uel(|nes comj)t(iirs ont entrepris d'améliorer les (pialités f(''coltées avec des i;i'aines venues du Séu('i;al. La sésame est également Tobjcl d'un soin particulier, suilout daus la Mellacoréc, le Hio Poui^o et le llio Nulle/. La (iiiinée franraise en a exporté .'ii-O.OOO kilogr. en 1897, rv-
l'agriculture ' 193
présentant une valeur de 108,000 francs et seulement 414,000 en 1898.
Le caféier est au nombre des plantes qui poussent spontanément en Guinée. « Le sol se prête fort bien à sa culture ([iii présente sur les autres l'avantage d'être plus rémunératrice, même en admettant une baisse notable cpii pourrait survenir dans les prix de cette denrée (1). » Il ne faut pas oublier que la Guinée est dans le voisinage du Rio Nunez etdu Rio Pongo. C'est donc une culture à encourager. Cependant il convient de remarquer que les essais tentés jusqu'à ce jour, par une société allemande, ont complètement échoué et qu'il n'a été exporté de la Guinée, en 1898, que 2,o00 kilogr. de café.
« Quant aux autres produits (2) dont la culture pourrait être développée dans la colonie, ils sont nombreux; sans parler du kolatier et du ricin, nous remarquerons que les cotonniers abondent autour des villages et que l'exportation du coton serait susceptible d'augmentation. Pour le moment on fabrique avec ce produit des étoffes dont l'usage est excellent et qui servent exclusivement à l'habillement des classes inférieures. Le tabac est également cultivé avec succès, ainsi que l'indig^o avec lequel on teint les étotfes dont je viens de parler. »
Quant à l'élevage, il se pratique surtout au Fouta-Djallon où des pâturages immenses couvrent le flanc-des montagnes, où les pluies sont abondantes, où le climat est tempéré et la population très dense. Les bœufs sont surtout extrêmement noml)reux ; les moutons sont moins estimés. Ces bœufs sont utilisables comme animaux de trait, mais beaucoiq) mieux comme animaux de boucherie. II s'en fait déjà un commerce assez actif, puisqu'en 1896, la Guinée a vendu pour 410,302 francs d'animaux vivants et 198,702 francs de produits et dépouilles
(1) Capitaine Delafori^e, Bulletin de la Société de r/énfiraphie rommerri.i/e, iH'Xi.
(2) Pierre Delaucouprel, op. cit.
11*4 MISE EN VALEIR
à destination de l'étranger, et pour 35,4.7u francs d'aninianx vivants et 30,845 francs de produits et dépouilles à destination de pays français. En 1898, il a été exporté 6,418 têtes de bétail (510,000 francs) et 2,000 moulons (24,000 fr.). Il y a là une source de revenus qu'il convient de développer par des encouragements et des primes.
Rappelons, en terminant, que les abeilles sont très nombieuses et que les indigènes, très friands de miel, vendent la cire qu'ils récoltent aux factoreries. La Guinée en a exporté pour 1,500 francs en 1894, pour 30,000 francs en 18!)G et pour 34,000 francs en 1898.
En résumé, il est [)ermis de penser qu'au point de vue de la culture, les produits de notre Guinée pourraient et devraient être améliorés. Si, trop souvent, les provenances de cette colonie sont l'objet, en Europe, d'une certaine défaveur, les im- [)oi^ateurs le doivent surtout à l'insouciance que les indigènes ap[»ortent dans la préparation des [)roduits et contre lequel ils ne sauraient trop réagir avec l'appui de l'administration (1). » L'administration a déjà commencé son œuvre par la création d'un jardin d'essai à Konakry et en ouvrant, en 1890, un concours agricole où se rendirent avec empressement les chefs indiîfènes et les colons. « Certains chefs de l'intérieur qui n'étaient jamais vernis à Konakry et ignoraicnl même le nom <lii chef-lieu de la colonie y ont constaté l'existence d'un centre où ils pourraient avantageusement écouler leurs produits (2). »
coTi: 1) noiUK
Dune manière générale, le sol de la partie oiienlale de notre colonie (le la ('ôle d'hoire, sablonneux auprès des rivières,
(1) Aspe-Fleuriinonl, r>/>. ril.
(2) Pierre Defaucoiiprcl, op. ril.
l'agriculture 195
arsi-iio-siliceuxclans les parties montagneuses, est propre à peu près à tous les genres de cultures. Bien que plus accidentée dans le voisinage de la mer, la côte ouest paraît oITrir une certaine étendue de terrains d'une composition analogue. Ainsi, le long du littoral et jusqu'à une profondeur de 300 kilomètres, elle possède des terres qui sont en presque totalité cultivables et fertiles. Il convient toutefois d'ajouter que ces terres correspondent exactement à la zone de végétation dense continue et que le sol est entièrement couvert par une épaisse foret qui rend les défrichements pénibles et coûteux. Quelques savanes près de Dabou et de Lahou ; le triangle formé par le Baoulé dont le sommet aboutit au sud à Thiassalé, viennent seuls interrompre le rideau d'arbres qui s'étend sur toute la partie méridionale de la colonie.
CuHuves vivrièves. — Les indigènes cultivent ce qui est nécessaire à leurs besoins et ne vont pas beaucoup au deb^ d'une part, la difficulté des défrichements en forêt les rebute; de l'autre, les produits obtenus par ces cultures ne sont l'objet d'aucun commerce important. Si, dans certaines régions comme le Bondoukou et rindénié,les travaux des champs qui avaient été délaissés à la suite des troubles ont repris dès que la tranquillité a été rétablie, il est facile de prévoir que ce mouvement d'extension s'arrêtera du jour où les indigènes auront, là comme ailleurs, pourvu à leurs besoins immédiats.
Dans toute la zone boisée, la banane tient une place considérable parce que les bananeraies produisent, à superficies égales, plus de substances alimentaires que la plupart des autres cultures. L'igname, le manioc et la patate sont beaucoup moins cultivés, sauf dans la région de Lahou où le manioc joue le principal rôle dans l'alimentation. Dans la zone côtière, le maïs et le riz sont les seules céréales sérieusement cultivées. Le maïs se rencontre un peu partout. Quant au riz, on signale quelques rizières sans importance dans le bas Tanoë et dans le cercle
d'Assinie; par contre il disparaît, complètement dans ceux de rindénié, de Graiid-Bassam, de Dabou et de Lahou. Au contraire, à partir du cercle de San-Pédro jusqu'au Gavally, il devient la base de l'alimentation des indigènes et sa culture prend une importance de plus en plus grande.
Dans lesdeux cercles qui s'étendent au delà de la zone boisée ( I3aoulé et partie nord de Bondoukou), la terre est beaucoup moins fertile. Liyname, le riz rouge, le maïs et le mil dans certaines parties du Bondoukou forment le fond de ralimentation. L'ananas y pousse à l'état sauvage dans toute la zone boisée et il réussit à souhait partout où on se donne la peine de le planter.
Cultures riclies. — Indépendamment des cultures vivrières qui ne peuvent se développer que si la population augmente, le sol de la colonie est favorable à un certain nondjre de cul- (Rires riches.
La canne à sucre est cultivée dans les cercles d'Assinie et du Gavally, mais les indigènes consomment leur récolte à l'élat naturel et n'en livrent pas les produits à l'industrie.
Sur tout U\ littoral des lagunes et de la cote ouesl, le café vient admirablement. La plantation d'Elima, appartenant à la compagnie de Kong, a une étendue de 130 hectares, actuellement en plein rapport. (-(»n\aincus par cet exemple, les indigènes ont commence" (piehpies {)etites plantations sur les bords delà lagune Tendo. A hnpérié, dans le cercle de Grand-Bassam, les premiers hectares de caféiers plantés par M. Domergue commencent, depuis 18!)8, à donner cpiehpies résultats. L^ne autre plantation connnencée en 18î)7 auprès de Dabou couvre actuellement deux hectai'es ; celle de la maison Woodin, à Rock-Béreby, en possède une vingtaine dont une tlizainc est en rapport d<;puis deux ans. L'espèce culti\ée est celle du café Libéria. Des cacaoyèresontété créées dans le cercle de (irand- Bassam par M. Domeryueel dansla laginie Potou [)arMM.Saf-
L'A(;RK:ULTURh: i97
fiav et iîaillan, mais ollos n'ont encore donné aucun résultat.
Le tabac réussirait fort bien, mais il n'est nulle part cultivé d'une façon rationnelle. Les indigènes, dans l'intérieur surtout, en plantent quelques pieds auprès de leurs cases ; encore préfèrent-ils, dans la région littorale, acheter du tabac en feuilles de provenance américaine.
Ni le cocotier dont les indigènes se contentent de manger les noix, ni la vanille ne sont encore cultivés en vue de l'ex[)ortation.
L'indig-o existe dans les cercles de Béréby et du Gavally ; les indigènes le cultivent, mais en petite quantité et seulement pour les besoins de l'industrie locale.
Le coton pousse à l'état sauvag-e dans la région boisée, et notamment dans les cercles d'Assinie, de Grand-Bassam et du Gavally. Dans les cercles du Bondoukou et du Baoulé, il est cultivé par les indig-ènes qui emploient eux-mêmes la totalité de leur récolte.
Les récoltes d'arachides cultivées un peu partout sont consommées par les indigènes et n'entrent pour rien dans le mouvement commercial de la Gôte d'Ivoire.
Dans tous les cercles de la colonie, l'existence de g-ommes, notamment du vernis copal, a été constatée ; presque partout elles sont inexploitées. G'est dans le cercle du Gavally qu'elles donnent lieu seulement à quelques transactions commerciales et notamment dans le cercle d'Assinie.
Il n'en est pas de même du caoutchouè dont l'exploitation prend chaque jour une importance plus grande. L'exportation du caoutchouc qui était en 18î)0 de 7(),576 kilogr., atteignait, en 1897, 189,891 kilogr., représentant une valeur de 588,662 francs. Encore ces derniers chiffres ne représentent-ils pas la profluction totale de la colonie ; une partie du caoutchouc récolté dans les cercles de l'Indénié et du Bondoukou (pii sont ceux où l'exploitation est la plus active, est encore exportée par les ports de la Gôte-d'Or anglaise.
198 MISE KN VALKLH
On j)tMit affiniKM' (|U(' le caoutchouc existe en abondance dans toute la colonie ; même en dehors de la vég-élation dense continue, on trouve des lianes à caoutchouc dans les petits boisements (jui couvrent les berges des cours d'eau du lîaoulé et du Bondoukoii. Malheureusement re.\[)loitation, très active dans la partie sud du lîondoukou et dans l'Indénié, est moins g-rande dans l'Assinie où l'acajou absorbe une {)arlie de l'activité indigène, et dans les cercles deGrand-Bassam et de Dabou où l'huile de palme fournit le plus g^ros chiffre au mouvement commercial. Une concession de 600 hectares a été récemment accordée aux environs de Dabou pour favoriser l'exploitation du caoutchouc.
Élevage. — Il n'y a pas dans toute la partie boisée de la Côte d'Ivoire de pâturages à proprement parler. Seule la savane, d'environ 10,000 hectares, qui s'étend derrière Dabou, [lourrail oft'rir à l'élevage des conditions relativement favoral)les. Aussi est-ce dans le cercle de Dabou cpic la race bovine est la plus nombreuse ; près de 2,000 tètes de gros bétail y sont possédées par les indig^ènes. Partout ailleurs on trouve rpielques rarebètes à cornes; il existe menu; des régions, comme l'Indénié par exemple, où elles ont complètement disparu. Elles ne sont pas beaucoup plus nombreuses dans le Bondoukou et le Baoulé, en dehors de la zone forestière. Quant aux chèvres, aux moutons et aux porcs, ils suffisent à peine à la consommation locale.
Ainsi donc, tant à cause de la nature du sol couvert de forets que du peu d'aptitude des indig^ènes, l'élevage ne paraît pas avoir un grand avenir à la (-ote d'Ivoire. Tout ce qu'on peut raisonnablement espérer, c'est (|u'il satisfasse un joui-, d'une façjon complète, aux besoins de la p(>|>ulali(>ii iiidiuène et européenne de la colonie.
Exploilaliuns forestières. — L'étendue des forèls de la Cote d'Ivoire est considérable, bien (pi'on ne |)uisse pas encorel'évaluef (Ml licclaics (ruiie lacdii |»r<-(ls('. L'aciiiou seul a donné
lieu à un chiffre important d'affaires qui deviendra énorme le jour où les voies de communication permettront d'exploiter ce bois ailleurs qu'aux abords des lagunes et de la partie navig-able des rivières. En 1890, les exportations d'acajou atteignaient seulement 1,988,250 kilogr., représentant une valeur de 129,236 fr. ; en 1893, elles atteig-naient déjà 5,207,569 kilog., d'une valeur de 469,481 fr. Après un léger fléchissement, le mouvement ascensionnel reprend avec 8,096,307 kilogr. valant 647,705 fr. pour atteindre, en 1897, le total de 18,555,795 kil., d'une valeur de 1,484,464 fr. Le chiffre des exportations sera encore beaucoup plus considérable pour 1900.
Il convient, enfin, de citer pour mémoire les bois de teinture (campêche, etc.) et les bois employés sur place aux constructions par les indigènes et les Européens.
On le voit donc, la Côte d'Ivoire pourra donner, au point de vue agricole et notamment en ce ({ui concerne le caoutchouc et le bois d'acajou, des résultats indiscutables; mais, là comme ailleurs, rien ne sera fait tant que les voies de communication n'auront pas permis l'exploitation économique des richesses naturelles.
LE DAHOMÉ
a Rien ne peut donner une idée plus exacte de la vie daho-
(( méenne que celle de nos petits villag-es de France; — n'était
<( la couleur des habitants, ce serait à s'y tromper. Les chau-
<( mières sont les nôtres, avec leurs murs d'argile pétrie et
« leur toiture de chaume, disposées sans ordre autour d'une
<( grande place ombragée de beaux arbres, sous lesquels se
« promènent ou palabrent les vieux et les chefs en fumant la
« pipe ; les jeunes hommes cultivent les champs alentour ; les
« vieilles filent le coton sur le seuil de leurs chaumières avec la
<( ([uenouille de nos grand'mères ; dans les cases on voit les
*i femmes préparant le repas, et sur la t^raiule place les enfants " grouillent et piaillent avec les chiens, les porcs, les cabris et « les poules. Dans certains villaci-es, les hommes dépouillent « les régimes cueillis et font l'iniile de palme. Les femmes et '( les enfants cassent entie deux cailloux les amandes. Dans « d'autres, la population est plus spécialement composée de « pêcheurs, les eaux du Dahomé étant extrêmement poisson- " neuses et le poisson fumé formant une des hases del'alimen- (( tation (1). » Telle est, à peu de chose près, l'impression du commandant Toutée ([ui s'extasie dans son livre (( l)nlw)U('\ Niger, Touareg, sur la propreté des villages dahoméens qu'il compare, lui aussi, à nos villages français.
l^es Dahoméens sont d'excellents agriculteurs (pii aiment le travail de la terre et lui consacrent tout leur temps. Avec des instriunents très primitifs, car ils n'ont pas encore adopté l'usage de la charrue, ils obtiennent d'abondantes récoltes. Autour de chaque village s'étendent les cultures vivrières : maïs, mil, manioc et igname. Le maïs demande environ trois mois pour venir à maturité, et la même terre est capable d'y fonrniitrois ou quatre récoltes par an. L'igname est aussi pour l'alimentation une ressource des plus précieuses : aussi cette plante est-elle l'objet de soins particuliers. « Non seulement le sol (pii <( doit la recevoir est débroussaillé après avoir été incendié, « çiais on n'y laisse pas paraître une seule herbe adventice; « les plants d'ii;name, espacés de deux mètres en tous sens, sont <( alignés au cordeau ; chacun d'eux est placé au centre d'un <( cCmc de terre ameublie à la pioche qui mesure à peu près " un mèti'c de haut sur deux mètres de diamètre à la base. »
« .l'estime (pie ce travail n'est pas inférieur à celui cpu» dece mande une plantation de vigne et qui représente par hectaïc,
(I) (icort^cs IJorolli, lo Dalioiné, Ihilh-lin di' la Sorié/r de tjrographii- dr Marseille.
i/.\(;mt;uLTURE ^01
f< p;)iir un (lélbncenient à (iU centimètres, 1,200 IV. de travail « de terrassier français, i)ayé 2 fr. oO par jour (I). » Après l'is^name, il faut citer le haricot rouge, sorte d'arbuste qu'on rencontre un peu partout, mais qui est particulièrement cultive entre Abonié et Zaçnanato. « Enfin, disons que les villag-es indigènes sont entourés de petites cultures maraîchères où dominent les tomates, les oignons, les piments et d'autres condiments de même nature. Les patates douces se récoltent aussi en abondance.
Les arbres fruitiers réussissent fort bien au Dahomé, surtout le bananier qui est l'arbre producteur par excellence, puisqu'il peut donner jusqu'à 200.000 kilog-rammes à l'hectare d'un produit à la fois féculent et sucré. C'est à la fois un dessert, un lég-ume et du pain. D'autres arbres, la plupart orig-inaires du Brésil d'où ils furent rapportés par les noirs, poussent autour de chaque villag-e. « Nous froissons, dans le brouillard du « matin, le long- de l'étroit sentier, les hautes tiges rameuses « des haricots arborescents qui couvrent ici de grandes suret faces. Plantés en alignements réguliers, sur le sommet de (I petits remblais, parfaitement débarrassés de mauvaises her- « bes, ces vég-étaux donnent l'idée d'un état agricole, peut-être (( pas très avancé, mais, en tout cas, fructueux. Les citron- « niers, les papayers, les manguiers, les cocotiers, les bana- '( niers, les baobabs forment la majeure partie des arbres de <( villag-e. Lesorang-ersy atteig-nent des dimensions plus consi- <( dérables qu'au Tonkin (2). »
Mais ce ne sont pas ces cultures qui constituent, pour le moment du moins, la richesse du Dahomé. Ce ne sont pas davantage les plantations de tabac assezétendues dans les régions de Savé et d'Ouecé ; ni celles de l'indigo, ni celles du coton
(1) Coniniandant Toutée, Du /Jn/to/ur (tu Sahara, la Nalitrf et rilnmme. ["!) Conuaaiidant Toutéo, DalimiK'. .Wif/ri-, Tniiarci/.
Les Colonies, vol. III. l-'î
202 MISE EN VALELR
dont les iiulig-ènes fal)n(jiieiit des étoffes' un peu grossières mais solides, ni même le karité dont les naçots fout un beurre <^mployé soit pour l'alimentation, soit pttur l'éclairane, ni même les lianes à caoutcliouc et à gutla très fréquentes dans la ré- ^•ion de l'Ouémé, mais dont les indig-ènes ne tirent encore aucun parti. Eu réalité, la raison d'être du Dahomé, c'est le {julniier à huile, c'est l'élevage.
« Le Daliomé est, en somme, une plantation naturelle d'un million d'hectares de palmiers à huile, accessible dans toutes ses parties. Le pays n'est qu'un immense bois de palmiers, plus ou moins entremêlé d'autres essences et entrecoupé de clairières plus ou moins g-randes (1), »
Cette huile fournit la presque totalité de l'exportation delà colonie. En 1894, 24.000 tonnes d'amandes de palme et 8.3oÛ tonnes d'huile de palme; en 1895, 21.000 et 12.o00; en 1890, 2o.{t)0 et 5.500; en 1897, 13.000 et .3000 (ces deux chiffres s'expliquent par deux années de sécheresse persistante) ; en 1898, 18.000 tonnes 'd'amandes, 6000 tonnes d'huile et pour le premier semestre de 1899, 10.000 et 0000. Encore dans ces quantités ne figurent pas les marchandises lransj)ortées par les caravanes de l'intérieur à destination de lariuin(''e française et qui représentent une valeur considérable.
Voilà pour le bas Dahomé; quant au haut Dahomé, c'est essentiellement un pays d'élevage et les populations y possèdent de nombreux troupeaux ; les prairies y nourrissent les bœufs; les bananiers et le maïs nourrissent les porcs, les moutons sont trèsnoiubicux, lescliè\ les sont jtailoiil par lr<iuiK';ui\ (•()iisi(l(''rables de deux à trctiscents. La taille de tous cesaulMiaux croît comme leur U(»mbre au fur et à mesui'e (ju'on s'tMève veis le nord et le mcnitou de tailhî moyenne ne se rencontre guère «ju'au uoid du parallèle 8°, 30 (2). Toutes les femelles sont
(I) (I. l'.Drclli, op. rit.
(i) ( 1(1111 iii;i rida ni Idiilcc, /h/ l){ihnini' ait Xif/cr.
l'agriculture 203
assez bonnes laitières, et les femmes peuhies, auxquelles incombe la manipulation du laitag-e, sont si propres et si entendues dans cette industrie qu'on ne trouve nulle part en France de lait frais mieux présenté, de fromage mieux fait, de beurre plus propre et plus parfumé que dans le haut Dahomé. Il est évidentqu'en l'état actuel du pays, il est impossible d'évaluer, même d'une façon approximative, le nombre des animaux qui paissent sur les pâturag-es de la colonie.
En résumé, le Dahomé est une colonie qui sera extrêmement riche et qui constituera une des meilleures colonies de la France tropicale, à la condition toutefois que les colons n'essaieront pas de rivaliser avec le Congo pour la culture du caoutchouc, avec les Antilles pour celle de la canne à sucre, avec le Soudan pour celle du coton, avec le Tonkin pour celle du riz, mais qu'ils travailleront à développer les richesses naturelle^ du paj's, à savoir l'huile de palme et l'élevage, tout en réservant aux cultures vivrières le nombre d'hectares indispensable pour nourrir une population indigène assez dense.