LE CONGO
De toutes nos colonies, celle dont les aptitudes agricolessont encore les moins connues est certainement le Congo français. A vrai dire, nous sommes moins bien renseignés sur la valeur intrinsèque de notre domaine que nos voisins les Belges ne l'étaient sur celle du leur, lorsqu'ils ont commencé leur chemin de fer. Le relevé exact des richesses naturelles du bassin de rOgooué n'a jamais été tenté d'une manière méthodique et précise. Les renseignements que nous pouvons donner doivent être empruntés aux récits des explorateurs, aux lettres particulières des agents commerciaux ou des fonctionnaires. Il n'est que juste d'ajouter que les ressources de la colonie ont été, jusfpi'en ces derniers temps, consacrées à
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la roiKjiiOlr lit' iiolie domaine et aux reconnaissances géographiques et politiques. C'est depuis deux ans seulement que les ellorts réels pour la mise en valeur ont odinnienci'-. Déjà le jardin d'essai de Libreville, si savamment dirigé par INI. Chalot, a mis à la disposition des colons des plants variés en nombre considérable, et quelques agents de culture ont été installés dans les centres principaux de la colonie. Nous vivons encore sur cette idée que leCong-o n'est « qu'un cimetière d'ivoire et une mine de caoutchouc. » Or, cela est vrai ; c'est de ces deux produits que le Congo Belge tire tontes les marchandises (jni alimentent le trafic de son chemin de Ter, et c'est sur ces deux produits que comptent les concessionnaires du Congo Français pour tirer parti de leurs immenses domaines. Mais il y a d'autres ressources qu'il convient de signaler et sur lesauelles il est intéressant d'insister.
« A (piehjncs centaines de mètres de la rivière (i), c'est la sa- « vane, la terre couverte dherbes avec de petits arbres qui la « font ressembler à un jardin mal tenu. Les beaux palmiers « rondiers évasent leurs troncs par le haut comme des porte- <( boucpu'ts. Lrs essi'nces s'v heurtent et s'v fondent ; ce n'est « pas, comme en Europe, un bois de pins, ou de châtaigniers « ou de chênes ; c'est comme un musée où chênes, châtaigniers, « pins et vingt autres espèces seraient réunis.
« Joignez leur tète {)ar l'arrondissement de verdures diffé- ' renies, emmêlez ces cîmes de la chevelure des lianes, faites- « j monter j)arfois celte plante de sous-bois au vert attendri, (( à la fleur i)iM"ilante et parfumée (pii es! la vanille ; imaginez « un silence troublé seulement par les cris de (pudques singes (( et d'assez lai'cs oiseaux : telle esl la <« paierie », le luiinel di' (( végétation où pass«;nl les risièrcs dn (^.(mi^o, (piand elles ne « traversent p;is la réelle l'orèl (''(|ti;i(oiiale, iiicommensuiabli',
(1) l'crtc Mille, .\ii Cniii/o lii'hjc.
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« tiède, muetteet Irislo. » Celte poétique description du Coiii^o lîelg-e aux environs du fleuve peut strictement s'appliquer aux rég^ions parallèles du Cong-o français. Notre colonie possède en bois d'essences diverses d'incalculables ressources ; mais sans voies de communication pour les amener à la côte, ces richesses ne peuvent être mises en exploitation et sont à l'état de devenir. Constatons cependant qu'en 1898 il a été exporté pour 1.396.5S6 kilogrammes d'ébène et 748.148 kilogsdebois de teinture représentant ensemble un» valeur de 40(5.497 francs, dont 1.047.433 kilogrammes d'ébène et 24.362 k. de bois de teinture à destination de la France. Ce chiffre est à peu près insig-nifiant si l'on songe aux immenses étendues qui, de la côte à rOubang-ui et au M'Bomou, sont couvertes de bois d'essences diverses et qui seront un jour exploitées.
Si l'arachide ne donne que des produits prosque nuls et consommés sur place, si les essais de culture du jute n'ont prcyluit que des résultats peu satisfaisants parce que les tiges étaient beaucoup trop courtes, du moins les noix de palme dont la cueillette ne demande aucunelTortont été exportées en 1898 pour une quantité de 914.5.jl kilog-s dont seulement 5,346 étaient à destination de la France; de même 145,395 kilogs d'huile de palme ont été vendus à l'étranger, mais, sur ce chiffre, la France n'a pas même prélevé un seul kilogramme. Citons encore, pour des quantités insignifiantes, la gomme copale, le sésame et le coprah. Quant au coton dont il a été tenté quelques cultures, il est condamné à ne pas réussir sous un climat aussi humide que celui du Congo.
Il n'en est pas de même du café, du cacao, du tabac et des girofles.
Il ni' faut pas oublier (pie le Congo n'est pas éloigné de l'Angola, terre classique du café, et que son sol ainsi que son climat sont identiques à ceux de la colonie portugaise; aussi, par lies sélections répétées sur le caféier de Libéria et des caféieis
indiïcènes, on en arrivera à n'avoir (jue des types à production abondante et réi^ulière. Déjà des expériences de taille et d'élètaçe ont donné de bons résultats en augmentant hi production et en facilitant la cueillette. Aussi, dès 1898, il a été exporté du Conyo près de ;J7,GU0 kilo^^s représentant une valeur de 141,267 francs etsur ce chiffre il est rei^rettable que le cinquième à peine (exactement 11,744 francs) ait été vendu à la métropole. Il est vrai (pie cet état des choses s'expli([ue par ce fait que toutes les })lantations de café appartenaient autrefois à la Société Hollandaise (N. A. II. V.), qui expédiait directement la récolte sur Rotterdam. Ces plantations ont été rachetées récemment par la Société du Niari Ouillou qui, vraisemblablement, réservera à la P'rance ses récoltes de café. Ajoutons ([ue de nouveaux colons français (Janselme, Société du Bas Oyooué, Limienbaun), ont entrepris la plantation de nouveaux pieds de café, dont la production sera dirigée sur la France. La situation est donc sur le jtoini de chanî^er. La production et surtout la vente du café congolais vont doncra])idemenl s'accroître et cette plante deviendra facilement une des cultures les plus rémunératrices de la colonie.
De nombreuses plantations de cacaoyers ont été égalemeiit entreprises sur différents points de la colonie et l'exportation du cacaoa a pres<pie doublé pendant l'année 18î)8. C'est ainsi qu'il en a été exporté I 5, ÎKi') kiloys (valeur 22,881! francs) dont 4,794 kilog-s (valeur 7,048) à destination de la France.
Les girofliers ont abondamment fructifié. Ils ont pu être multipliés et des plants nombreux en ont été distribués aux colons j)ar le jardin d'essai.
Le tabac n'est pas encore un article d'expoilaliitn. « Cependant cultivé depuis long-temps, par les indigènes {\[i pays Hatéké, il pourrait être utilement ex[)loité dans les régions éloignées de la côte, où les tabacs importés arrivent grevés de frais de transport assez élevés. Des expériences «Milreprises, il
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résulte qu'il s'écoule environ quatre mois et demi entre l'époque (les semis et celle de la récolte. Cette observation avait un intérêt considérable pour assurer la récolte des feuilles pendant la saison sèche et, par suite, empêcher les moisissures qui ne manquent pas de se produire lorsque le tabac est coupé pendant la saison des pluies (1). »
Disons enfin que quelques colons ont entrepris, mais uniquement à titre d'essai et sur des terrains de peu d'étendue, la culture de la vanille dont les résultats sont assez satisfaisants.
Mais pendant longtemps encore le caoutchouc sera, avec l'ivoire, la grande ressource et la dominante préoccupation des colons congolais. En 1898, des expériences ont été faites au jardin d'essai sur le rendement du caoutchoutier de Céara. Les arbres de cinq à six ans n'ont donné qu'un rendement moyen de 170 grammes par pied, insuffisant pour que l'exploitation en soit rémunératrice. D'autres variétés ont été ii^roduites qui semblent devoir donner un rendement bien supérieur et, en particulier, une variété de Manihot-Glaziovii appelée Maniçaba au Brésil. Signalons aussi l'excellente mesure prise par le gouverneur qui consistée forcer les indigènes à replanter deux lianes lorsqu'ils en ont coupé une, pour empêcher la dévastation complète des forêts et l'épuisement rapide de cette richesse naturelle. L'exportation du caoutchouc constitue un des principaux éléments du commerce cong-olais. Il a été vendu en 1898 378,201 kilogr. représentant une valeur de 2,275,364 francs; mais 15o,00G kilogr. seulement (valeur: 744,028 fr.) ont pris le chemin du Havre qui pourrait facilement, grâce au Congo, prendre une place plus importante dans les marchés de caoutchouc de l'Europe.
Terminons en répétant que les renseignements que nous avons pu recueillir sont, en somme, assez vagues ; qu'on ne
(1) Rapport g-énéral pour 1898.
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sera fixé sur la valeur réelle de la colonie que dans quelques années, et qu'il faudra tout d'abord que les indigènes cessent de s'occuper exclusivement des cultures vivrières^niaïs, manioc, sorgho), etc.) pour s'intéresser aux cultures d'exportation. Or, nous n'en sommes pas là, puisqu'il résulte du rapport dt'jà cili' que si des plantations de cacaotiers ont été entreprises par un certain nombre d'indigènes, en 1898, dans la région noril de la colonie, elles l'ont été sur des espaces restreints et dans de mauvaises conditions au jxtint qu'elles ne donneront de profits sérieux qui lorsque les instructions adressées à ce sujet par les chefs de poste auront re(;u leur exécution. En dépit de toutes ces réserves, les progrès de l'a^-riculture au Con^o depuis trois ans sont très satisfaisants, comme le j)i(Mi\{'nl les documents recueillis au Jardin d'essai de Libreville.