‹ La mise en valeur de notre domaine colonialeChapitre 41 sur 72 · GO · texte numérisé non relu

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Nouvelle-Zélande .

Angleterre ....

France et colonies .

Allemae;-ne ....

Autres pays . . * .

Importations étrangères

directes aux Marquises

EXPORTATIONS

DinV'i'cnce

18'.l(j IV. 18U7 fv. i8UT fr.

Etals-Unis 1.51 l.O^i.ilJ 3^2.015.87 -f Kl.'.tUl.U

Nouvelle-ZélaïKle. . . 5-23.540.G5 303.2 W. 27 — 2i).2l»7.a8

Ang-lctcrre 744.187.20 473.1U4.52 —2()7. 1)02.08

France 40.200.1)0 311.035.50 +270.708.54

Allcinai-ne 203.873.70 180.080.1)0 —113.71)2.80

Autres pays 450.91)4.75 1()1.01)8.17 4-10.103.42

Le commerce des établissements français est fait par 167 commerçants dont 63 à Papeete. Dans ce chiffre on compte 44 Français, 15 Annulais et 14 Américains. Ces nég-ociants (sans parler des colporteurs et marchands de pacotilles, tous tributaires des négociants dePapeete), forment dans lacolonie trois catégories distinctes :

1° Les négociants importateurs, de nationalités diverses, qui achètent directement leurs marchandises sur les marchés des Etats-Unis, de la Nouvelle-Zélande, deTAngleterre, de la France et de l'Allemagne.

2" Les négociants en demi-gros (pii achètent leurs marchandises dans les magasins d'importation et ([uehpu^fois dans les pays de provenance.

3" Les commerçants en détail qui achètentdans les magasins de la place des marchandises, payables génér^lenienl à terme. Ouehpuîs-uns des négociants importateurs» sont annateurs <lc petits navires qui font le cabotage dans les archipels où ils échangent leurs marchandises contre des produits, tels cpiecoprah, nacre, cafc', etc.

Il n'est [)as sans intérêt de traiter ici, en (pielques mots, la ([uestion ducommerce chinois dans lacolonie. Les commerçants chinois étaient, en 1897, au nombre de 62 disséminés dans les

établissements français de lOcéanic, mais ce cliifïVe s'auymenle mallievireusement à clia(|ue nouveau courrier venant de San- Francisco. II est certain que tout le commerce de la colonie se trouvera dans un avenir peu éloi^-né entre les mains des Asiatiques, si des mesures énergiques n'enrayent pas ce mouvement toujours croissant d'immigration. Déjà la prescjue totalité des petits commerçants ont dû céder laplaceà ces redoutables concurrents, et les marchands en gros, cpii avaient réussi jusqu'à présent à se maintenir, entrevoient, eux aussi, le jour où il leur faudra abandonner la place. Aussi le conseil g-énéral de la colonie, ému d'une situation qui menace sérieusement l'avenir du commerce national, a voté une taxe frappant, par catégorie, les patentés chinois. II reste à savoir si celte mesure sera suffisante pour arrêter cette invasion pacifique. II est permis d'en douter.

LA NOUVELLE-CALÉDONIE

Nous avons les chiffres officiels qui nous permettent déjuger des progrès du commerce de la Nouvelle-Calédonie depuis 1862 jusqu'à nos jours. Ce commerce a été pendant Ion<^temps médiocre et ne s'est accru qu'avec lenteur, les importations l'emportant de beaucoup sur les exportations. On ne constate d'ailleurs sur aucun article de progression continue. Tel produit, qui paraissait avoir une grande importance, disparaît tout à coup. Tel, est le résultat des échecs et de l'incohérence qu'on a pu constater dans l'exploitation économique, qu'il s'agisse des mines, de la canne, du bétail ou de tout autre produit. Si on met à part le nickel et le café, la colonie a peu de produits marchands et livrables. Toutefois, à partir de 1887, les phénomènes économi(jues s'atténuent. Entre 1887 et 1892, le coiumerce d'importation a passé de 8 millions à 14 millions

de francs, le commerce d'exportation de 2 millions et demi à

Les Colonies, vol. III. 28

7 millions et demi. En iS\)'2, les importalioiis consistent piiiicipalemenl en produits fahiicpiés et ouvrés; (4.160.000 fr.) en liquides et spiritueux; (2.400.000 fr.) en produits alimentaires; (1.073.000 fr.) en denrées coloniales; (880.000 fr.) en véteinenls. La même année, les exportations portaient sur les minéraux et métaux (4.900.000 fr.), alors que cette exportation avait été en 1801 de 7..j00.000fr.; sur les produits et dépouilles d'animaux (1.400.000 fr.); le café ne figurait encore que pour 80.000 fr. Ce dernier produit compte aux exportations, en 1897, pour (i91.000 fr. ; en 1898, pour 712.000 fr., ce (pii indique une j)roduction un peu inférieure à oOO.OOO kil.

Iniportalioiis

l\\|t()rtations

7,374,523 fr.

7,770,441 fr.

l^our beaucoup de ces objets d'importation, la colonie, (pii nat^uère encore produisait fort peu, faisait tout venir de l'exlélieur, et plus spécialement de l'Australie par l'intermédiaire de fournisseurs dont beaucoup réalisaient des gains considérables. Mais elle arrivera, elle arrive déjà à se suffire à elle-même, grâce aux aptitudes variées de son sol. Si l'on décompose en trois catégories les objets consommés par la colonie : 1'' ceux pour lesquels elle peut se suffire; 2° ceux qu'ek'e peut (ItMiiander à la métropole; 3° ceux (pi'elle ne peut guère demander ailleurs (pi'en Australie, on verra (pie la pari île la troisième catégorie peut être réduite, celles de la seconde et surtout de la première catégorie augmentées.

11 est certain cpu' la Calédonie ne sera jainiiis un débouché [loiir les produits uiauuracturt's delà uiéliopole, mais en atlcu- (1 i:il (lu'elle se' suffise à elle-mênu?, il esl rcgredablt* qnf les

LE COMMERCE 44li

oI)jels qui lui vicntienl d'Europe past^eiit par l'intermédiairedes Au'^tralieus et aiTiveiit d'Aug-leterre plutôt que de France. La Calédouie devrait devenir le grand entrepôt des uiarcliandises fiançaises dans le Pacifique. Or, uous sommes loiu de ce résultat. En 1887, la France importait en Calédouie pour 3.58o.000 tV. sur un total de 8.053.000 fr. ; en 1892, elle a importé pour 5.634.000 fr. sur un total de 14.266. OOOfr. C'est toujours plus du tiers et moins de la moitié. Eu 1892, de l'étranger étaient importés 2.700.000 fr. de produits fabriqués et ouvrés, 1.200.000 fr. de farine, 500 000 fr.de combustibles; de France 2.285.000 fr. pour les liquides et spiritueux, 1.300.000 fr. de produits fabriqués et ouvrés et 650.000 fr.de produits alimentaires.

Pour l'exportation il y a encore des progrès à réaliser, et ces progrès sont d'autant plus désirables que les produits d'exportation de la Calédouie n'ont pas à craindre d'entrer jamais en concurrence avec ceux de la France ou de ses colonies. 11 faut donc accorder à ses produits certaines faveurs si nous voulons lier étroitement les intérêts de notre colonie à ceux de la métropole. « De deux choses l'une, disait Blin, ou les produits sont exportés sur le graml marché voisin d'Australie, et alors les Anglais en profitent, ou ils sont expédiés en France, et les bénéfices seront bien maigres (1). » Or, il ne faut pas que h's bénéfices soient maigres. On ne comprend pas, par exem{)le, pour(pioi les métaux seraient transportés sur le marcht' dr Sydney et de làaexpédiés le plus souvent en Angleterre, et pour([uoi l'exportation de Nouvelle-Calédonie en Europe ne se ferait pas par expédition directe de Nouméa pour France. Hàtous-nous de constater que le commerce calédonien é\(»lii< en ce sens. En 1887. la France ex[)ortait de Calédouie pour 248.000 fr. sur un total de 2.880.000 fr. ; en 1892, elle a ex-

(t) Blin, Ort^dnif.

tit' MISE EN VAI.EI K

|>.»il.' j)our 2.374.000 fr. sur un total de T.-Ti-'i.OOO tV. En 1H1><S, It's iinj)Oitali()ns ont atteint le cliilTre de 7.7')2.808 fr. et poulies exportations celui de ().73G.(i28 tV., présentant un excédent total de 1.073.572 fr, qui porte principalement sur les boissons, les ouvrages en niétanx, les fds, tissus et vêtements. Ces lésultats satisfaisants peuvent être attribués à la reprise des affaires minières. Qnant à la légère diminution qu'accusent les exportations, elle doit être attribuée à la fois à des récoltes médiocres et à une augmentation de consommation des pro- <luits locaux. Ainsi donc, jusque dans ces dernières années, le commerce était principalement un commerce d'importation destiné à subvenir aux besoins des colons et des libérés. Mais en même temps que naissaient les industries locales, le commerce devenait plus important et plus complexe. Aujourd'hui, il existe en Nouvelle-Calédonie deux genres de commerce (^m ne peuvent que se développer, le commerce de minerais et h' commerce d'exportation des produits agricoles.

Que faut-il entendre par ce mot a commerce déminerais » ? A côté des gros propriétaires de mines qui extraient les métaux de leurs mines et les vendent directement grâce aux relations dont ils disposent, il existe de petits mineurs dont les ressources sont limitées, et que l'isolement empêche de c(»ndure des contrats de vente avantageux. A ces mineurs se substitue le courtier, l'intermédiaire qui achète les métaux au petit propriétaire et les revend ensuite avec bénéfice. Déjà il existe dans la colonie plusieurs coinnierraiits de ce genre et si on tient conq)le du développement ipra j»rls rexj)l()ilati(Mi (les mines et de ce fait (jue beaucoup de mines se trouvent le long de la mer, à portée des [lorls et des bateaux, ces inteiiiK'diaires auront fatalement une iinporlanee de plus en [)lns i;i;mde.

Le commerce des produits agri((»les et par ticnlièicment du calV' devr'a pr'endr'e logi(piemeiit uiif liiande exiension err Non-

LE COMMERCE i 15

velle-Calé(l(^iiie; mais l'avoiiir appartiendra non à ceux qui cIkmcheront à réaliser des bénéfices immédiats et excessifsdansl'exploitation systématique du colon, mais à ceux dont tous les efforts tendi'ontà mieux classer et à faire apprécier par les consommateurs européens les cafés de la colonie. Il faut bien se (lire que tôt ou tard les colons échapperont aux intermédiaires dont ils dépendent aujourd'hui. Déjà quelques colons ayant plus d'esprit de décision ou plus de relations ont commencé. Les autres voient à côté d'eux des cultivateurs placés exactement dans les mêmes conditions qu'eux-mêmes vendre leurs récoltes directement et en obtenir des prix plus rénninérateurs que ctnix qu'ils obtiennent. Ils ne tarderont ]>as à suivre l'exemple qui leur est ainsi donné. Déjà il existe dans la colonie un certain nombre de maisons de commerce qui s'emploient très loyalement à relever leprixdu café calédonien et à le vendre, m?me après triag^e, sous^ son véritable nom. Il est évident que les spéculateurs ne réussiront pas indéfiniment à faire passer pour mauvais un produit qui estréellement bon. En quoi consiste, en réalité, la spéculation ? Elle consiste, pour certains intermédiaires, à faire le triag-e du café (que le colon a, d'ailleurs, le tort de ne pas faire lui-même), puis, au lieu de faire savoir qu'il existe en Nouvelle-Calédonie, comme partout ailleurs, plusieurs espèces de café, à vendre les bons cafés sous les étiquettes trompeuses de moka, de bourbon, etc., et de n'écouler, sous le nom de café calédonien, que les déchets, de façon à maintenir le cours très bas. G'estgràce à ce procédé que le prix du café est tombé à un prix illégitimement inférieur. Il faut donc que le consommateur, et surtout le consommateur français, apprenne à connaître la marque calédonienne et l'achète directement. Le jour où cette habitude sera prise,les cafés calédoniens seront à l'abri de la baisse dont les producteuis souffrent cruellement aujourd'hui. Le café calédonien se vend 0 fr. 90 ou J fr. de moins que les autres cafés sous le nom

i4() MISE EN VALEIK

<I»'s((uels il est vendu. Or, à 1 fr. TjO, le prix de vente payerait suffisamment le travail du petit colon. 11 y a là une révolution à faire qui serait non seulement le salut, mais encore la pros- [»érité pour la Nouvelle-Calédonie. Cette révolution, il ne dépend que des colons eux-mêmes et du public français qu'elle ne s'accomplisse rapidement.

La situation commerciale de la Nouvelle-Calédonie est d'ailleurs bonne. Elle est une des colonies où la loi douanière de 1892 a produit son efîet. Depuis cette époque, le courant d'affaires se dirige de plus en plus vers la métropole; les rapports entre la France et la colonie deviennent de plus en plus étroits, et le moment va venir où les colons n'achèteront plus en Australie que les denrées qu'ils ne pourraient se procurer ailleurs. Pour qu'une telle situation soit durable, il faut que les colons puissent compter surun traitement récipi'otpie et que la France achète, à leur prix réfi et non à un taux que les intermédiaires maintiennent volontairement très bas, le café de la colonie et la majeure partie des métaux qu'elle exporte.

CONCLUSION

Telle est, dans son ensemble, la situation de notre commerce colonial. H est certain qu'un domaine d'outre-mer qui, né à [>eine d'hier, encore dépourvu de moyens de communication, et insuffisamment relié à la métropole, présente déyÀ unchiffre d'échanges de onze cents millions est un domaine qui devra, dans un avenir raj)proché, rémunérer lari;ement les dépenses faites pour lui. Dès maintenant il ncst pas juste de dire que les colonies nous coûtent plus ([u'cllcs ne nous rapportent, et c'est ponrlanl une théorie qui a été fréquemment soutenue par des hiunmes ordinairement mieux au courant. Certes, la France ne vend pas enc(jre aux colonies Ions les produits qu'elle

pourrait leur fournir et qu'elles achètent encore trop souvent à l'élrano^er. Nous n'avons pas hésité à dénoncer celte anomalie et notamment quand nous avons parlé des colonies de l'Afrique occidentale et de la Nouvelle-t^alédonie. Mais il convient aussi de remarquer que toutes ne méritent pas ce reproche. Nos relations avec la riche Indo-Chine augmentent avec une prodig^ieuse rapidité ; à Madagascar, la France occupe sur les marchés la première place et elle a conquis de haute lutte le monopole de la vente des tissus. Partout ailleurs, si la situation est moins bonne, elle s'améliore régulièrement, comme en font foi les statistiques des dix dernières années. On ne change pas en un jour les habitudes commerciales, la routine d'une clientèle incapable de raisonnement suivi et insensible aux arguments de sentiment. Si nous comparons le commerce de la France avec nos colonies à ce qu'il devrait être, nous ayons certainement motif de nous plaindre, mais si nous comparons les chiffres accusés parle même commerce en 1890 et en ISOy, nous avons lieu, au contraire, d'être satisfaits de la marche en avant. Il convient aussi d'ajouter que les chiffres eux-mêmes risquent de nous tromper. Sur la côte d'Afrique, par exemple, certaines colonies, comme celles de la Côte d'Ivoire, semblent échapper presque absolument à nos fabricants et à nos produits ; mais il faudrait ne pas oublier que ce commerce, même quand il s'agit des marchandises venues de l'étranger, estpresque entièrement dans les mains de négociants français qui bénéficient de lajdifférence entre le prix d'achat et le prix de vente, et ainsi la colonie contribue à la prospérité de la France. Ce raisonnement s'appliquerait de même au Dahomé, mieux encore à la Guinée française. Il ne faut donc pas se fier aux apparences; le bénéfice réalisé par ces maisons françaises profite bien à la France, sans compter que ces maisons imposeront peu à peu aux indigènes le besoin et le goût des marchandises françaises. Mais, pour atteindre ce but, il faut, nous ne cesse-

448 MISE EN VALELK

ions (le le répéter, que les fabricants français se décirlenl à consulter li^ goût de leurs clients et non le leur, et qu'ils fahri- (|U('nt Cl' que veut lindigène et non le produit bon et cher qui constitue en Europe la marque delà production française, mais «jui lu' [)eut que paralyser les transactions en Afrique ou en Asie. La prospérité de notre commerce aux colonies est à ce prix, et nous en avons donné de nombreux exemples : « L'industrie françaiseétait, jusqu'à une époque récente, une industrie de luxe pour la plupart des produits d'exportation. Elle considérait comme un peu au-dessous d'elle de s'occuper des produits à vil prix qui sont ceux que l'on peut importer en Afrique; ce n'est que depuis une époque très récente, depuis deux ou trois ans à peine, que nos industriels français veulent bien monter leurs métiers en vue de fabriquer les produits nécessaires à la consommation indigène des colonies (1). » Là est la vérité. Que nos c(^nmerçants soient bien convaincus qu'il vaut mieux réaliser de çros bénéfices avec de la camelote que de se ruiner en fabiicant des produits solides, beaux etchers, e'tla situation chanj^era sur toute l'étendue de notre domaine comme elle a changé à Madagascar, mais il ne faut pas attendre qu'il soit trop lard (2).

(1) Discours tlo M. André Lol)on à la Chamliro, 8 février 1898.

(2) Cf. Caniille (îiiy. Comment adapter les produits de l'industrie aux nécessités du commerce extiM'ieur. Congrès international cconoiniipic 1900.

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