‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 102 sur 316 · C PILLAGE DES BLÉS ÉRIGÉ · texte numérisé non relu

C PILLAGE DES BLÉS ÉRIGÉ

çai9, et souvent il arrivait que le parti des deux qui se trouvait lepliM fort regagnait sur l'autre le butin qu'il emportait. Tout était comme dans un abandon général, sans qu'on pût entrevoir le remède à tant de maux. (( Bientôt la disette de la farine se fit plus sentir que celle du blé ; Tarmée occupait une partie des moulins pour sa subsistance, lefl autres ne pouvaient fournir en assez grande quantité aux bourgeois et aux villageois. On mit en état ceux de la ville, quelques particuliers, par la persuasion où l'on était qu'après la prise de Château-Porcien Reims serait assiégé, en firent construire ; mais ces moulins travaillaient lentement, et la mouture de chaque setier coûtait le triple de ce que Ton payait aux autres moulins.

« Pendantquela disette désolait ainsi les villes et villages de Picardie et de Champagne, tout abondait dans les petits camps de Praslin et de Bosen; ils vidaient les granges dnns la vallée de Noron et depuis la Montagne jusqu'à Flsmes, et venaient vendre le hlé à Reims avec autant d'assurance qu'en auraient pu avoir les laboureurs auxquels ce grain appartenait. La défense qu'on avait faite d'en acheter fut levée le 23, et l'on apaisa ainsi le murmure du peuple, qui criait qu'on le laissait périr en l'empêchant d'avoir des vivres pour Son argent. On per- * mit aux cavaliers d'entrer avec leur charge de blé et de farine,, qu'ils exposaient en vente dans le marché ; le seigle fut taxé à quatre livres et le froment à huit livres. Dès que la ville fut ravitaillée, on renouvela les défenses, et le 24, on refusa la porte à deux cents cavaliers qui auraient aflTamé la campagne, si l'on eût toléré plus longtemps ce commerce de brigandage. »

Une chanson de l'époque attribue à Praslin l'honneur d'avoir défait 50,000 vaches et 200,000 moutons. On ne saurait croire à quel point le sentiment moral du bien et du mal s'oblitère à certaines époques, même dans les plus hautes régions. Une lettre du duc de Chaulnesv gouverneur de Picardie, au Chancelier semble supposer que le ministre prit bientôt son parti de ces pillages continuels et qu'il songea môme à en profiter pour approvisionner à meilleur marché ses troupes : t 21 août 1649... les munilionnaires de l'armée d'Harcourt achètent les blés que les soldais, et particulièrement les Allemands enlèvent de tous côtés... L'honneur de cette com-

BN SYSTÈME PAR MAZâBIX. lia

ktliaîson est dû à Son Eminence, qui en €$t Fauteur ', » Une telle conduite explique les (jéûanc^s que Von T<>ii éclater dans presque toutes les Tilles decesmaltieureuses provinces : à Fismes, les habitants, refusant Je recevoir le maréchal d'Hocquincourt^ pressé par l'ennemi, cau^êrent la défaite de son corps d'armée; à Reims, apit-s avoir refusé l'entrée aux troupes de Senneterre, on ne voulut recevoir que les bagages des soldats de Prasiin et de Rosen. On leur déclara que s'ils étaient trop serrés par les Espagnols, ils pourraient entrer à l'extrémité, qu'ils ne logeraient pas chez les bourgeois, qu'ils camperaient dans les grandes rues, dans les places publiques et le jardin de Tabbaye de Saint-Remy. La nuit suivante, les troupes de Prasiin, feignant l'épouvante, entrèrent par la porte de Vesle : à peine introduits, ils oublient les con- Yentions, pénètrent dans les maisons; il fallut la ferme contenance de Rémois, qui tendirent leurs chaînes et menacèrent de les traiter en ennemis, et surtout le petit nombre des soldats, pour que l'ordre se rétablît.

Le surlendemain,Rose enirc aussi avec 1,200 hommes: ils avaient plus de 4,000 chevaux c pris la plupart sur les paysans; » on les campa dans les jardins et les prés d'entre les deux rivières qui passent dans le faubourg, et cet espace foulé aux pieds des chevaux apporta un dommage considérable.

Rien de plus curieu)^ que de lire dans notre chroniqueur les rapports qu'avaient entre elles ces deux classes si différentes d'un môme peuple : ainsi, dans toute la France, vivaient à côté l'un de l'autre le peuple et l'armée, se surveillant, s'épiant comme des ennemis en pré-

i. ^, f. 9C. s. G. 1^ Bibl. imp. ma.

Page 1