RUINE DE SAINT-YVED DE BRAINE
mais elle irrita encore plus les Espagnols qui, dans leur retraite, pillèrent et brûlèrent le château de Vadencourt où ils firent pour plus de 20,000 livres de dégât, l'abbaye de Bohéries, quoiqu'elle eût servi d'hôpital pour leurs blessés et leurs malades ; Flavigny le Grand, Monlreux, le château du Sart, Etréaupont, Sorbais, Luzoir, Gergny, etc., en un mot, tout ce qui se trouva sur leur passage eut le même sort.
^ Ces dévastations se succédant les unes aux autres, se perpétuant toujours, enlraînèrent la ruine de ces pays et les jetèrent dans un abîme de misère. C'est au campement de Bazoches qu'il faut attribuer la décadence du Mont-Notre-Dame: une grande partie des habitants s'étaient retirés sur les tours de l'église avec ce qu'ils avaient de plus précieux. Les Espagnols, ne pouvant y monter, entassèrent la chaire, les bancs et les confessionnaux avec quantité de bois et y mirent le feu; la chaleur fut telle que les cloches fondirent, et les tours furent ruinées. Draine aussi fut ravagé et réduit à l'état le plus déplorable : l'abbaye de Saint-Yved, où se trouvaient des tombeaux précieux de membres de la famille royale, fut pillée, les tombes mutilées, les ornements d'art détruits et dispersés *. Les excès pendant ce campement d'un mois à BazQches furent tels que beaucoup de familles furent obligées, dit le P. Lelong, de se retirer dans les bois, où elles
i. Histoire de Draine, par M. Stanislas Prioux, et la Monographie de l'abbaye de Saint-Yved de Braine^ 1860, par le même auteur, ouvrage qui a obtenu une mention très-honorable de TAcadémie des inscriptions et belles-lettres; grâce au plan et à la reproduction par des gravures chromo-lithographiques, M. Prioux, à la suite d'une mission en Angleterre, nous a complètement rendu cet édifice, un des plus anciens et des plus beaux monuments que le moyen-âge nous ait laissés ; Histoire m$, du mont Notre-Dame,
ENQUÊTE DE tCSI. !»>
lécurent de racines. Le Journal de Lehauit est d'un homme désolé.
fl Passage désastreux de quioze à seize mille hommes de Tarné? Je Da Plessis-PraslÎD, quienhuit joars (28 juillt;t au 6 aoùi) niiiK' ;a ville et le pays à trois à quatre lieues à la ronde; quantité de mais^tiis ^^nt démolies par les soldats, qui s*en fuot des liutt«*s; inceoJio de dix maisons au grand faubourg. Le 12 ajût, Is Ës|).\:;)olâ, ^vss la conduite de Fuensaldagne, y entrent à leur tour; les bestia-ix »-: l-.s grains sont pris, emmenés à Tarmée des ennemis , et la vil!» imye 1,600 livres pour sauver son église du pillage; le gouverneur diU r» cbeter sa liberté pour 3,000 livres. Le 9 septembre, les Espa^iiol:^, commandés par le comte de Sfondrat, ravagent de nouveau Mario et les environs. On fuit de tous côtés, et à Marie seul la dépense de la s-Tiio des femmes et du transport des meubles a été estimée plus de 8,0UO livres. »
Si nous consultons maintenant l'enquôtc faite en ICmO^ dans la proyincc de Picardie, cette déplorable situation sera encore prouvée par les mille témoignages que rapporte M. Ed. Fleury. A plus de deux siècles de distance, la lecture de ces dépositions fait encore frémir, arraciie les larmes des yeux : ce ne sont pas quelques témoins isolés qu'on pouvait facilement suborner, des témoins intéressés à grossir le mal, parce qu'ils viennent déplorer des pertes et demander des indemnités; ce sont d'ordinaire des officiers publics, en grand nombre, dont les récits se confirment mutuellement. Dans cette multitude de témoignages portés devant messire Louis de lïérissart, conseiller du roi en l'élection de Laon, on ne sait lesquels choisir, lesquels laisser; prenons-les au hasard. Charles Bertrand, curé de Montcornet, dépose ainsi :
« Los calamités et misères ont réduit tout le pauvre peuple à une telle extrémité, que les maladies sont survenues si générales, qu'il en est mort presque les deux tiers, étant vrai et à la connaissance particulière du déposant qu'à Montcornet, qui n'était composé que de trois cents feux, il est mort sept cents personnes, et de ceux qui restent vivants il y en a encore la moitié de malades et en danger de vie. Et n'y
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ayant plus de liberté dans le bourg ni en la campagne, tout le commerce est cessé, et n'y a plus de trafic, soit denrées ou autre» marchandises, depuis rentrée des ennemis en France. Et combien qu'au dît Mont' cornet il y ait eu autrefois jusqu'à quarante taverniers, il n'y en a pas un depuis la paix... 11 n'est plus homme pour labourer, point de clievaux ni antre bétail pour fournir au labourage, de sorte que le pays est menacé d'une famine cruelle. »
Dépositions analogues pour tous les environs de la Fère:
« A Saint-Gobaîn, les habitants s'étaient enfuis dans la fopût, sous les profondeurs de laquelle l'ennemi les suivit, les trouva et les dépouilla ; avec ce qui leur restait de meubles, de bestiaux et de vivres, ils s'enfoncèrent dans les carrières et lieux souterrains, dans lesquels ils ont séjourné trois mois pleins, en grande pauvreté et nécessité.... A Mayot^ les soldats brûlent soixante-dix maisons sur cent, et démolissent les autres pour se faire des huttes ; il reste une vingtaine d'individus qui ne savent comment vivre; la plupart des habitants de Versigny ont péri de faim dans la forêt de Montceau-les-Leups, n'osant en sortir de peur de tomber aux mains des coureurs qui tenaient la lisière des bois et massacraient tous ceux qu'ils rencontraient. Tout Juvincourt brûle, pas une maison n'éclmppe au désastre. Les grains en vert et les moissons en grange sont saccagées, gâtées, dit le chevalier de Bezannes, seigneur de Prouvais; « dans toute l'étendue du plat pays, les troupes ont vécu fort licencieusement, les soldats et les cavalicfs faisant la moisson des grains au temps de Taoût et les vendant publiquement dans les villes et les maisons fortes. Et comme tous ces désordres se faisaient dans la confusion, la i lupart des grains demeuraient mal battus sur les champs et périssaient tant par la pluie qu'autrement. En sorte que si les soldats en vendaient un setier, ils en perdaient trois dont le peuple ne pouvait ôtre nourri ni sustenté. Le long de la rivière d'Aisne, il y avait un vignoble florissant et sur lequel les enquêtes de 1651 et de I606 donnent de très-curieux et très-neufs renseignements ; les soldats, amis aussi bien qu'ennemis, coupent beaucoup de vignes par le pied ; les désastres furent tels qu'à Roucy, où l'on avait coutume de récolter environ dix mille pièces de vin, « on n'en a pas récolté une seule, ce qui a réduit les pauvres vignerons à l'extrâme misère de maudire leur vie, » Quantité d'habitants s*éloiguent et s^en vont demeurer au Paliitinat. »
La Champagne n'est pas mieux traitée que la Picardie; loasnous ^orienterons de donner des extraits d'un ma«
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1. Le manuscrit de Coquault coufimie ce juf.'rin».-»' »»•. lin-ci . (....m ju nom u'ei^l ^"u^re ixiuiub uiuudit duLI^ i<j> l'.'ialiuiK qii>. «.•■i:: 1' l. ...-.i ci de Coudé. Nous eo Ttrroiit pluF tare cit uuri'ius»^!- |»viru\'.v-. — ^mibu.Lcr aueci les Hirtoires de Kbiiot^. par AUiPiui. ei'j.. o*r".i«.-> «j»; H-.-'.u'-. ••■ ùk Chaumout, ] ar JuULuIe; dt Cuurivviiie^ parJt;au Uauerij ul b'jL.iiu, par Tabbé Pregnon.