S'EMPARE D'ORLÉANS
La cour, obligée de passer ontre, se dirigea Tere Gergeau et SuUi. Pendant que l'armée royale chemine conduite par d'Hocquincourt, Beaufort se met à sa poursuite. S*il eût poussé sa pointe avec énergie, il enlevait la famille royale avec le cardinal, ou du moins les eût mis dans la nécessité de fuir publiquement. Turenne arriva à temps pour pfotéger cette retraite, et l'armée royale gagna sans accident Gien, où la cour s'arrêta. Heureusement pour Mazarin, la discorde se glissait parmi ses nombreux ennemis, animés par des passions et des intérêts si divers: une querelle, où le sang faillit couler, éclata dans un conseil de guerre entre Nemours, qui voulait qtfon s'emparât de Blois pour marcher au secours du Berri et de la Guienne, et Beaufort, qui, avec plus de raison, soutenait qu'il fallait se rapprocher de Paris et attaquer Montargis. Condé arriva à point pour dominer ces amours-propres par raulorilé de son nom et ces rivalités par son génie militaire. Pressé par ses amis de venir raffermir l'alliance de Gaston, ébranlée par les intrigues du cardinal de Retz, et dégoûté de la guerre de Guienne contre le maréchal d'Harcourt, Condé laissa le
révénetnent d'Orléans n'ait pas dû passer inaperçu, Condé, pour remercier sa généreuse héroïne, lui écrivit « qu'elle avait fait un coup qui n'appartenait qu'à elle. » II y a de nombreux couplets inspirés par cette singulière conquête. Scarron, ami du comte de Fiesque, écrivit à madame de Fiesque et ne tarit pas d'éloges : « Comment diable escalader une ville! nos plus déterminés héros n'auraient pas fait plus que votre illustre hérolaa, et Clorinde et Camille n'auraient pas été à l'assaut plus gaiement que vous et madame de Frontenac. » Voir Loret^ Muse historique, lettre du 7 avril 1652, édition Ravenel, et à la bibliothèque impériale (coUeotion Fontette, cabinet des estampes), une curieuse gravure : Mademoiselle avec ses deux maréchales de camp balayant le Mazarin comme une ordure qu'elles chassent d'Orléans. — On peut voir dans les Lettres des rois de France et hauts personnages aux autorités dé Chartres, par M. Lucien Merlet, ce que cette expédition d'Orléan* coûta aux villes voisines, àChartres par exemple^ p. 284-293»
340 COMBAT DE BLËNEAU.
gouvernement de Bordeaux à madame de Longuerille rt au prince de Conlî, aidés de Marsin, de Lenet et du président Viole. Pour ne pas éveiller l'atlenlion, huit compagnons seulement le suivent, et, sans ressources, sans relais préparés, au milieu de pays occupés par les ennemis, il fait un voyage de cent vingt lieues comme domestique du marquis de Lévi. Les preux des romans de chevalerie au moyen Age n'ont pas plus d'aventures, ne font pas plus de rencontres que Condé : à plusieurs reprises il manque d'être pris et court les plus grands dangers; entin, au bout de sept jours, il arrive à Lorris, dans le Gatinais, où il prend le commandement de l'armée.
Aux coups qu'elle frappa, on s'aperçut bientôt de la présence de Condé : il s'empare de Montargis, puis, feignant de se diriger sur la Bourgogne,, il tombe sur Tarmée royale, divisée en deux corps, surprend et batd'Hocquincourt à Blcncau. A cette nouvelle, la conslernalion se répand dans la cour: l'on veut retourner à Bourges, sans songer que c'était livrer peut-être sans retour Paris à Condé et à la Fronde. Heureusement Turenne était là ; il arrive au secours de son collègue avec ce- qu'il peut trouver de troupes sous sa main, rallie les régiments d'Hocquincourt en fuite et parvient à arracher la victoire à Condé. Celui-ci, mécontent de trouver un pareil rival devant lui, quitte l'armée comme il avait abandonné la Guicnne, et, sur les instances de Chavigny, court à Paris, qu'il espère entraîner dans son parti, à la suite de Monr sieur et du Parlement.
C'était à Paris, en effet, que devait se dénouer cette situation si embrouillée. Le roi n'avait plus de relations avec le Parlement depuis qu'on n'avait pas délibéré sur