Bibl. Maz
M ■.■ wsvn^ .""fJV T" * -^ ■♦■■
ENQnÊTE DES CONTEMPORAINS. IT
nements mîlîlaircs comme noms de baiailles, prises de villes, marches et conlre-marches des trouj^es, ce que nous donnent d'ordinaire les iiistoriens les plus fiilêles, les plus complets; les souvenirs des contemporains vont nous montrer ce qu'il faut lire dans le blanc d».'s ligfie>, ce que cachent de ruines, de douleurs, de niiiOres ces énonciations banales.
Profitons d'un moment de trêve entre la paix ih» We':lphalie et le commencement de la Fronde, pour roncier plus avant la profondeur du mal. Dès lors notre i-olc change : nous n'avons plus qu'à inscrire les dépositions des témoins. Peut-être l'uniformité de ces récits, la monotonie des plaintes apportera- t-el le un peu d ennui au lecteur; mais cette multiplicité de témoignages, se confirmant les uns les autres, est nécessaire pour établir dune manière irrécusable la triste situation des peuples, situation seulement entrevue jusqu'à présent €t que nous ferons toucher du doigt.
Le premier témoin que nous citerons est le nolaii e de Marie, M« Nicolas Lehault, mort en 1661. Il jouissait d'une grande considération dans sa ville, dont il fut maire à trois reprises, en 1647, 1649 et 1651; par conséquent il était parfaitement au courant des affaires de sa municipalité. Au commencement de la guerre (1635), il commença un journal des événements qu'il continua mois par mois jusque vers la fin de 1654; on ne sait quelle cause en amena la brusque interruption. Une transaction sur procès portant liquidation de communauté, conclue en 1662, entre Charles Lehault, aussi notaire à Marie, fils de la première femme de l'auteur, et la veuve en secondes noces de ce dernier, garantit Tauthenticilé du manuscrit. Cette transaction porte que la veuve Lehault abandonne à son beau^
18 MANUSCRIT DU NOTAIRB
outre les livres du défunt, le Recueil qu'il a fait concert nant les désordres qui se sont passés dans le comté de Marie pendant la guerre. Ce manuscrit, qu'on appelle en* core le Manuscrit de Marie, conservé comme une précieuse relique, n'était connu que des membres de la famille Leiiault, lorsqu'en 1852^ M. Lehault, notaire à Marie, et l'un des descendants de l'auteur, autorisa la reproduction du journal par M. Am. Piette, auteur d'une Histoire de Vervins et dune Histoire de la Thiérache.
Pour mieux apprécier les détails que va nous fournir noire auteur, demandons au Dictionnaire historique et géographique de r Aisne, publié par M. Melleville, excellent ouvrage honoré d'une récompense de l'Académie des inscriptions et belles-lettres en 1838, quelques renseignements sur l'importance de Marie :
« Marie, petite ville renfermant deux paroisses : la culture, en 1760, était de 12 cliarrues de terre, 70 arpents de prés; population, en 1798, 1200 habitants; en 1760, 233 feux ; en 1800, 1,328 habitants; en 1818, l,4/i4; en 1836, 1,686 âiDes, et enfin en 1856, 2,001 habitants. »
Chez notre notaire, tout se réduit d'ordinaire à une somme d'argent; les faits les plus monstrueux l'émeuvent à peine : il note les dégâts causés, les pertes éprouvées; à propos. d'une peste, les frais de maladie, les honoraires des médecins; quelquefois le nombre des victimes arrive comme détail surabondant, un peu superflu, qu'il indique pour tout dire. Le cœur est absent de cet écrit; l'ex- . ces des maux l'a-t-il rendu insensible, incapable d'étonnemenl, d'émolion? On le dirait en voyant ces pages glaciales, ces chiffres de statisticien qui aurait h rendre compte des consommations ou des dépenses d'une ville : quoi qu'il en soit de cette dureté réelle ou apparente, ces chiffres sont précieux comme renseignement historique»
LEHAULT, DEMARLE. M
et méritent d'autant plus créance qu'évidemment la passion et l'esprit de système ne les ont ni altérés ni enflés. M* Lehault ne devait pas tenir avec une exactitude plus scrupuleuse les dossiers et les comptes de ses clients.
« 1636. — Après la prise de Vervîns, a ce temple sacré de la paix « entre la France et TËspagne, » contre laquelle les Espagnols semblent s'être acharnés comme un témoin éternel de leur humiliation, « rara mée ennemie alla à la Grande-Cai lieuse, où elle demeura une nuit, « pendant quoi le ch&teau de Mortfontaine fut pris et piilé, où il fut « fait grand butin en grains, clievaui et autres bestiaux ; llllc:i et « femmes violées, et plus de quinze, tant hommes que femmes et filles, « tués, et grand nombre blessés. Les coureurs des ennemis venaient «jusqu'à cinq et six cents aux portes de Marie. Les filles et femmes « sortiront de la ville, emmenèrent les meubles et grains, et demeu* (( rt rcnt hors trois mois. La dépense de leur sortie et du charroi et n cmport des meubles fut estimée 20,000 livres. Le 20 Juillet, la cornet pagnie de cavalerie de Senneterre vint à Marie, où elle demeura dii V jours à vivre à discrétion; la dépense estimée 20,000 livres. »
Les incendies jouent un grand rôle dans les calamités de cette époque, c*est un des passe-temps du soldat, cl l'on comprend quels désastres ils causent dans ces villes ou villages mal bâtis, presque toujours couverts en chaume, et privés de tout secours contre ce terrible élément de destruction. (On sait que les pompes à incendie ne datent à Paris que de 1699.)
« Au mois d*août la peste prit à Marie et continua jusqu'au mois de décembre ; il y mourut plus de quatre cents personnes ; la dépense a été estimée à 8,000 livres.
(( Le 5 novembre uu incendie brûle à Marie, dans le grand faubourg, quatre-vingts maisons, les granges et les étables avec tous les meubles, grains et autres choses qui y étaient. La perte en fut estimée à plus de 200,0C0 livres... Le même jour, compagnies de cbevau-légers qui y ont demeuré jusqu'au 12 juin 1637, et leur a été fourni par les habitant» pendant les vingt et un premiers jours pour leur subsistance, 652 livre» 10 sous par chacun jour, et depuis le 27 novembre jusqu'au 12 juin, 7d0 livres; ce qui fait que toute la dépense de la ^arm^otv %'^\^H^V