‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 19 sur 316 · BO MANUSCRIT DU NOTAIRE · texte numérisé non relu

BO MANUSCRIT DU NOTAIRE

19^815 livres, oatre les frais de voyages qui ont été faits pour notre &oii« lagement, qui ont coûté plus de 800 livres. Outre quoi en ladite année 1036 la ville a été taxée pour l'emprunt et subsistances à 4,000 livres. « Total pour Tannée 1636, 274,615 livres 10 sous K »

Comme, pour l'époque de la Fronde, nous aurons souvent à revenir à cet important journal, nous allons Tabréger prc*^enlement, nous contentant de quelques indications prises presque au hasard.

a lQli2, — Le jour de rAsccnsion, 29 mai, le débris de Tinfanterie de l'armée de Honnecourt est arrivé en cette ville, où il a logé une nuit et vécu à discrétion ; ils étaient neuf cents, tant officiers que soldats. La dépense et les désordres ont été estimés à 10,000 livres. »

4643. — Pour nos malheureux paysans tout coûte, les «nccôs comme les revers: après la victoire de Rocroy, on envoie partie des blessés à Marie; entretien des blessés, honoraires des 12 chirurgiens ou aides pendant plus de deux mois; étapes pour quatre cents prisonniers, frais de conduite jusqu'à la Fère; Marie doit tout payer, la carte

s'élève à douze mille cent livres Aussi, malgré le

flegme habituel de notre notaire depu s les huit années qu'il nous tient au courant des désastres de sa petite ville, Lehault commence à n'en pouvoir plus, et laisse échapper un cri. La victoire de Rocroy aidant, il cspore celte paix que tous désirent si ardemment, tout pour lui estua présag3 auquel il essaye de se rattacher t Le 7 septembre, Innocent X élu pape, portant pour ses armes une colombe avec un rameau d'olivier en son boc. Dieu veuille que ce signe de paix nous la puisse donner! »

1. Qu'on n'oublie pas que pour obtenir la valeur do Tiii-gent à cette époque, comparée avec la nôtre, il faut presque quadrupler toutes lei sommes qu'on rencontrera dans ces réciti»

f-typ?

LEHAtLT, »E XABLIL 3&

Et qu'on n'accuse pas LehauU de partialité, •iehaioe; en 16io, il écrit : c Les Saisies Je li jarle oiit p.i>.-f; eC logé en cette Tille le 3 août et n'ûQC dit aoi!-.» ih-ic. ayant payé leurs dépenses. » C'est la seal-» f -ls. il tu ^ni, qne pareille déclaration se rencontre en ii-iit lant^t^ ?

16i7. — Celle année, n>tre miitre Le.^iui: es: aa.i'e de sa Tille... Il est Jûncparfiiiem'rnt si coini: irtî- : **nés du pays; sans compter les i^peri^e^ 1- Tu-.re .• -iments de cavalerie qui ont piî=^ à M':rl^ I- i î»^: >-:...•«». logé dans les environs et ont ruiné h •:.i:r.j.ir?.e. :■:• . villes dépenses et pertes ne sont pis surpa é:5. l'î^ V:ij pour ranni'e sont Je cinjGiate mille ieai «rcnî ;.- « livres. Nous avons i'sl'i vu ce .71e céui: q^e h i-:rr.T« du passage d'un corps d'année. Jix mille ii^:^, :«.:r ':r.«5 seule nuit! Nous en trouvons un litre exem:-i: 1> li juillet 16i8, et cette fois resliaation d-rs jer'.es -rs: f ùnî par rintendant. M. de Beson'z, c'-î^i-â-Iire i'i.'-ïirûe piî par position altlnue le d'il, et c^ç-îLlant il r-r::r.ri»[t que, en quatorze jours, cini régiment*, r;=î':re :r:-^ J»^.pense de nourriture de 30,0*» livres, ont ■y.m.iiLî'iiià la campagne des dégâts qu'il estime à &)J>>J l!"r-*s.

Total définitif pendant 12 anné^^s 1C;>Î â KW des charges, pertes, dé^-enses ^sans cosijter cir:,.'i< Joat Le chiffre n'a pas été indiqué par Lehiilt^ à M-ri-: :rAj a cette époque, n'avait pas i,2i>j haLî iL.s, firj7/>S> .!#;-•; en moyenne par an, o5,odO livres.

Nous nous sommes arrêté bagaement sur Mirl*^: far l'histoire bien connue maintenant de ce lieu, •'.•n '-ôraprendra mieui les autres charges que nous verro:--- i- îïqnées sans détail pour d'autres contrées.

Maître LehauU parle dune enquête faite en iWi ^-«r ordre de l'intendant pour constater tl a^vV^^^^^ ^ ^^

Si ENQUÊTE OFFICIELLE

gâts de la campagne des environs de Marie. Ce détail s'est tix)uvé confirmé par un travail de M. Ed. Fleury*, résumé des diverses enquêtes faites, dans le diocèse de Laon, par l'autorité civile et par l'autorité ecclésiastique. Ces enquêtes ont été retrouvées par M. Fleury dans une liasse de seize dossiers, aux archives départementales de l'Aisne. « Procès verbaux d'informations des pertes et

raines du diocèse de Laon depuis 16i0. t

Comme l'exilé de la première églogue de Virgile, les

paysans pouvaient dire avec tristesse : « Un soldat impie va posséder ces guérels, un barbare ces moissonsi Voilà pour qui nous avons ensemencé nos campagnes! Greffe donc maintenant tes fruits, aligne des plants de vignes^» malheureux Mélibée... et jamais, môme après un long temps, même après plusieurs moissons, tu ne reverras, tu ne contempleras le toit rustique de ta pauvre cabane, ton petit royaume, tes chèvres, troupeau jadis heureux I • L'âme tendre de Virgile est passée dans ces vers, et le bonheur d'avoir retrouvé son domaine a adouci chez lui la plainte; la reconnaissance tempère l'accusation; combien plus profondément désolées sont les dépositions de nos témoins! La mesure des maux est comble, elle déborde! les témoignages sont unanimes* : Pillage, incendie, violences de toute espèce, peste, misère épou-

j. Rédacteur en chef du Journal de P Aisne et correspoudant du ministère de rinstruction publique. Cette brochure de 94 pages est intitu* lée : le Diocèse de Laon pendant la Fronde. C*est avec une complaisance orgueilleuse que nous citons cette étude, M. Fleury ayant bien voulu reconnaître que notre article de la Revue' de Paris (ISjô) sur la Fronde lui a suggéré la pensée de ce livre.

2. Voir principalement dans M. Fleury les dépositions de Me Jean Bellote, conseiller du roi, prévôt de la ville de Laon, du chevalier Louis do Boiiam, du seigneur de Monceau-le-Waast, de Jacques de Weez, seigneur de Merlieux, de M. de Bezannes, seigneur de Courteçon.

DU DIOCÈSE DE LA02f. Si

yanCable, tel est le tableau perpétuel qu'ils présontciit presque sans yarialion.

On n'entrevoit dans ces récits uniformes qu'une chose : c'est la ruine universelle; pas une seule déposition ne révèle une individualité, tant les cœurs étaient flétris, brisés, les courages éteints, anéantis! Le même fait se reproduit partout après une longue servitude ou une épouvantable misère; il avait lieu à la même époi|ue dans la malheureuse Allemagne, dévastée par les W'allenstein, les Piccolomini, les Jean de Werlh, etc., avant l'arrivée du grand Gustave-Adolphe. Quand le roi de Suède vint venger ce malheureux pays et voulut écouter les plaintes, il trouva tout uni : • Les gens pillés, battus, outragés, écritM.Micbelet, dirent que tout allait bien, et personne n'osa se plaindre, t

Comme trait de mœui-s propre à édiûer le lecteur sur la manière dont les plus renommés c:ipitaines entendaient la discipline des troupes françaises en pays français, nous croyons devoir rappeler ici une attestation fournie par le curé et les notables d'Evcrgnicourt au doyenné de Neuchâtel-sur-Aisne; elle servira pour tous les villages environnants :

« Certifions le roi et dos seigneurs de son conseil que rtmiiée mie a passé en Tannée 1636 dans tonte rétendue du dioc(rse de Laoa et que par tous les lieux où elle a passé, elle a brûlé et pillé tous les bourgs et villages, même aucunes petites villes qui n*ont pu leur faire résistance, comme aussi la plus grande partie des ég'ises du diocèse, et réduit les curés aussi bien que les diocésains à abandonner le diocèse à cause des violences et cruautés que les ennemis exerçaient iv eux, et aussi certifions que durant les années de 1637 à 16)7, les armées de S. M., commandées par MM. de Cliâtillon, La Meilleraye, de Guiclie, MMs" les ducs d'Orléans, d*Enghien, Gassion, de L'H6pital et autres ont aussi séjourné, campé, passé, repassé dans le diocl^se* «( par oe moyen interrompu l'exercice de la justice^ m£me •• MBt wm

t4 . ENQUÊTE OFFICIELLE

dues si redoutables parmi les campagnes, que nul n'a osé s*y trouver durant la plus grande partie desdites années, ce qui a tellement appauvri le diocèse, que les diocésains sont réduits à la mendicité. »

On ne pourra certes pas, dit avec raison M. Fl'eury, accuser d'exagération ce certificat et une foule d'autres rédigés sur le môme modèle; mais il n'est pas moins élor quent quand on songe aux douleurs qui se cachent sous cette rédaction banale. Là seulement s'est révélé un fait nouveau, l'interruplion de la justice, que vient confirmer une autre pièce empruntée au registre des causes dii bailliage de Ribemont : heureusement le plumitif de ce tribunal est plus explicite que le témoignage de notre curé.

La police n'a plus d'action : les délits et les crimes, bien loin d'être réprimés, ne sont plus poursuivis; les intért^ts civils eux-mêmes ont cessé de se discuter devant les tribunaux. Les agents de la loi n'osent plus se risquer, pour y exercer leur ministère, dans les contrées que l'ennemi a envahies; les paysans les chassent à main armée. Aussi l'adjudicataire de la ferme des exploits et amendes de la prévôté et bailliage de Ribemont ne louche-t-il plus aucun droit. Pour se soustraire, lui et sa caution, aux obligations qu'ils ont solidairement contractées envers le trésor, l'adjudicataire réclame et obtient un acte de notoriété à la date du 14 avril 1645 :

a... En sorte que dans le cours des années (1636 à 1645), le cours de la justice a cessé et a été interrompu jusques à présent, par les routes et séjours des armées qui ont causé telle licence et désordres dans ce pays, que les paysans, qui y avaient toujours les armes en main, n*y souffrent aucun exploit, contiainte ni exécution, mais y font rébellion dans toutes rencontres et même à la face des juges, le malheur du temps donnant lieu à telles que autres mauvaises actions dont les coupables ne peuvent être à présent châtiés ni punis. Ce qui a causé que la j^upart dés asfiigiuaions ont été formées à son de tambour, tant en co

Page 1