EN PICARDIE
« Saînt-Quentin. — Sor A50 malades, les habitants, ne pMTaot plus
es soulager, en ont fait sortir 200 qae nous a?ons vus mourir peu &
^u étendus sur les grands cbemins; le grand nombre qui nous reste
peut à peine avdr un petit morceau de pain. Nous ne donnons qu'à
zeux qui mourraient sans ce secours. La nourriture ordinaire est det
souris auxquelles ils font la chasse^ tant ils sont pressés de la faim : ils
dévorent les racines que ces animanx ne peuvent consommer; enflo,
l'on ne peut exprimer ce que Ton voit.. Ces RelationSj loin de ne pas
être conformes à la vérité, la diminuent plutôt; elles ne rapportent
pas la centième partie des misères qui régnent en ces pays, oit l'on ne
peut imaginer quelles elles sont sans les avoir vues. Il ne se passe
point de jour qu'il ne meure plus de 200 personnes de faim dans les
deux provinces... Nous assurons avoir vu de nos propres yeux, entre
Reims et Rbétel, des troupeaux, non pas de bêtes, mais d'hommes et
de femmes, aller aux champs remuer la terre comme les pourceaux,
pour y trouver quelques racines, et, comme ils n'en arrachent que de
méchantes et à moitié leur soûl , ils deviennent si fai blés qu'ils n'ont
plus même la force de chercher leur vie... Le curé de Boult, dont nous
envoyons la lettre, nous a assuré avoir enterré trois de ses paroissiens
morts de faim ; les autres n'ont vécu que de pailles hachées et mêlées
avec de la terre dont ils composent un manger que l'on ne peut appeler
pain. Cinq chevaux puants e.t pourris ont été dévorés; un vieillard,
âgé de 75 ans^ est entré dans son presbytère pour faire rôtir à son feu un
morceau de chair de cheval mort de gale depuis 15 Jours, infecté de
fers et Jeté dans un bourbier puant. »
Une brochure citée dans la Bibliographie des mazari' nades dépasse ce qu'on a raconté de plus atroce : < Récit véritable du funeste accident arrivé dans la Picardie, au village de Mareuii sur Daule (3Iareuil en Dôle, village du canton de Fère en Tardenois), où deux enfants ont été trouvés se nourrir des cadavres ou corps de leur père Bl mère. • Le fait est-il exact? On désirerait en douter. Toujours est-il que Teffroyable misère de celte époque autorisait la publication d'écrits dont l'épouvante et le dégoûtne paraissent point invraisemblables et hors de proportion avec le cadre qui les entoure.
Rien n'arrête plus ces pauvres affamés; les édits les plus sévères cessent de leur paraître terribles lorsqu'il
86i SECOURS APPORTÉS PAR LES MISSIONTiAIRES.
s'agit de satisfaire leur faim : à Ribemont, dès que !« troupes sont parties, les habitants de la ville, poussés par la faim, se jettent sur les champs où il est resté d'aventure quelque récolte, emportent la moisson, même avant qu'elle soit mûre. Les cultivateurs se plaignent l grands cris. Le procureur du roi du bailliage intervient: il fait publier par les rues une ordonnance du prévôt qni menace les maraudeurs « d'amende et de punition co^ porelle et exemplaire, lesdites amendes payables par corps. » Les menaces sont vaines, le désordre continne: f Ventre affamé n'a pas d*oreilles. » Le seul secours de ces malheureux venait de Paris, apporté par les disciples de Vincent de Paul,
« Depuis deux ans ou environ, écrit en avril 1652 le notaire Lebaait, que les P. de la Mission distribuent de grandes charités aux pauvres de Marie et des lieux voisins, vont panser et soigner I(?s malades dansleurt maisons, aux hôtels-Dien et aillonrs, cola a fait un bien et profit qui ne se peut trop louer ni aucunement exprimer, étant certain que leur» bienfaits, soins et diligences ont fait éviter la mort à un très-grand nombre de personnes qui, sans leur assistance, fussent mortes de faim. Outre quoi beaucoup d'honnûtcs familles, tant de cette ville qije d'ailleurs qui, par honte, n'osaient découvrir leurs misères, en ont aussi reça un secours tout particulier, aussi bien que plusieurs prôtres et curés qui, pour ne recevoir aucun revenu de leurs bénéfices non plus que de leurs biens patrimoniaux, se ressentaient de la calamité publique et commune. » On bo rappelle quels étaient les secours qui excitent une telle reconnaissance; ils disent assez la ruine générale : il s'agissait, deux fois par semaine, do potages composés de deux livres de graisse et d'une douzaine de pains de deux sous dont on faisait une panade pour 70 personnes! Ajoutons les pamclles (l'orge) qu'ils donnent pour ensemencer les terres, aux pauvres laboureurs qui n'ont moyen d'avoir des somences, sans quoi « les trois quarts du peu de personnes qni restaient en ce pays eussent été contraints de l'abandonner pour n'y pouvoir vivre. »
Les missionnaires avaient encore à soulager des misères plus lamentables, c Une aumône que vous avez envoyée