CRUAUTÉS DES LORRAINS
rarement dans les expéditions militaires, et dont la vue faisait frémir. A chaque pas on rencontrait des gens mutilés, des membres épars; des femmes coupées par quartiers après avoir été violées; des hommes expirants sons les ruines des maisons incendiées, d'autres conservant encore un souflle de vie dans on corps déchiré; d'autres enfin percés avec des' broches ou des pieux aigus. Un pauvre cultivateur des environs de Braine ayant refusé à des soldats une somme d'argent qu'il n'avait pas, fut attaché par les pieds à la queue d'un cheval fougueux: on frappa à coups de fouet l'animal, qui se mit au galop dans des sentiers tortueux. Les membres de ce malheureux furent disloqués et mis en pièces; on les retrouva épars : les pieds étaient encore attachés à la queue du cheval quand il fut repris *.
C'est le sort de tout ce qui n'est point assez riche pour payer ou assez armé pour se faire redouter. On voit, dans la brochure de M. Fleury et dans le journal de Lehault, l'existence épouvantable des petites localités de la Picardie et de la Champagne au milieu des passages successifs de vingt généraux, royalistes, frondeurs, espagnols ou lorrains, allemands ou polonais. La destruction qui s'exerce dans Marie monte à plus de 150,000 livres pour l'année 1651. C'est par bandes de 1,500 hommes, infanterie et cavalerie, que les soldats allaient à la maraude, officiers en tôtc, tambours par-devant, canons par derrière; chaque nuit était éclairée par l'incendie d'un village ou au moins d'une ferme. Les Relations sont encore plus effrayantes par le détail qu'elles donnent de tous .ces faits :
I. Bourquelot, Histoire de Provins, U U; Prioux* Histoire deBrainê.