DANS PARIS PAR LA TERREUR. S
nente, comme à l'approche des grands orages politiques, il y avait quelqne cbese dans Tair. Un des députés con- Toqués, marchand de la rue SaiRt-Denis^ retenu par sa femme, répondait : c G*est mon devoir d*y aller, puisque je suis nommé;'» mais, comme s'il allait au combat, ou plutôt à la mort, il se confessa et communia. Le 4 au matin, la journée commença à la place Dauphine; de nombreux rassemblements s'y formèrent, et au milieu d'eux des officiers et des soldats déguisés en hommes du peuple et chargés de diriger, d'échauffer cette multitude. Ils s'avisèrent, pour se reconnaître, de reprendre l'insigne, inventé, dit-on, par Mademoiselle à la sanglante journée du faubourg Saint- Ajitoine , et d'attacher des-bouquets de paille- à leurs chapeaux. Le rassemblement se met en marche, se dirigeant vers l'hôtel de ville, maltraitant sur son passage tous ceux qui ne portent pas la paille, cette marque caractéristique des ennemis de Mazarin. L'effroi le fait prendre, les femmes à leur éventail ou à leur coiffure, les hommes à la boutonnière ou au chapeau, les religieux à leur froc : tout Je monde en porta, même les enfa-nts, les gueux, « et jusqu'aux ânes et aux chevaux*. • « La procession de la Ligue n'était rien en comparaison, écrit Marigny à Lenet, et votre ormée n'est que fleurette auprès de ce que nous vîmes; la paille n'est plus paille, c'est fleur d'antimazarin *, » Quatre compagnies de la milice bourgeoise étaient postées sur la Grève ; mais la plupart des miliciens subissaient ou partageaient l'exaltation des bandes: «Allez! criait-on de tous côtés aux députés qui se rendaient à l'assemblée.
i. Conrarl, Mémoires»
î. Marigny, lettre du 7 juillet, dans le Cabinet historique de M. Louif
Paris, el ms. Lenet, BibU imp.
allez ! et si vous ne faites pas ce qu'il faut, nous toiis tuerons au retour! » Ce qu'il fallait, c'était l'union da Parlement et de la ville avec les princes, proclamer le duc d'Orléans lieutenant général du royaume , Condè généralissime des armées, comme on ôt au Parlement le 20 juillet suivant.
L'assemblée réunie attendait les princes, qui avaient fait annoncer leur visite, lorsque se présenta un trompette du roi apportant Tordre de remettre la délibération à huitaine. La venue de ce messager redoubla le mécon« tentement des masses S et « aucuns disaient tout haut que c'était des lettres composées à Paris, à dessein d'em: pêcher l'assemblée de prendre quelque généreuse résolution, et qu'il fallait jeter le trompette et ses dépêches dans la rivière. » Le roi, dans ces lettres, se plaignait qu'on eût reçu les troupes de Condé dans la ville : t Sa Majesté croyait certainement que c'était la canaille, et non Tordre de la ville et la bonne bourgeoisie qui avait donné cette retraite, qui n'empêcherait pas que Sa Majesté ne continuât ses bonnes volontés à la ville, Tassurant qu'elle lui ferait monter des vaisseaux chargés de grain et venir le pain des environs, à. l'ordinaire. »
« Pendant la lecture de ces lettres, à chaque période, on faisait des huées comme Ton en eût fait dans les halles.i Vers cinq heures, comme on n'avait aucune nouvelle des princes, on envoya le maître d'hôtel de la ville au
1. Cette remise d'une séance où Ton devait délibérer sur les moyens de remédier à la misère présente a met le peuple en colère, étant capable de faire mourir cent mille âmes. » Ce détail, emprunté à un manuscrit du marquis Amelot de Chailloo, a été cité par M. Cousin, p. 419, Appendice, Mad<ime de Longucuilie pendant la Fronde, C'est la seule circonstance atténuante qu'on puisse invoquer en faveur des auteurs de cet horrible guet-apens, et le plaidoyer déguisé du marquif ne Ta pas négligée.