‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 21 sur 316 · B6 MISÈRE DE LA MARCHE · texte numérisé non relu

B6 MISÈRE DE LA MARCHE

« Le 11 mai 16&5, le colonel Bussu, qui commandait an corps fratçais, découvre le souterrain que les habitans de Lanche venaient de creuser pour se soustraire à la mort; ses soldats jettent du bois et de la paille à l'entrée de la carrière et y mettent le feu. Les malhearea qui s*y étaient réfugiés s'efforcent de repousser les soldats à coups de pierres; mais, étouffés par la fumée, n'ayant d'ailleurs que peu de vivres et de fourrages, ils capitulent. Les assaillants entrèrent alors dans le souterrain où plusieurs villageois avaient été blessés, et s'emparèrent de tout le bétail. En 1651 , la crypte d'Yvreocheux fut de même étouffée par d'autres brigands ^.

Dans la province de la Marche, les disettes et les maladies épidémiqucs étaient à celte époque en permanence pour ainsi dire ; au lieu de deux ou trois livres, prix ordinaire, le blé s'éleva à dix-huit ou vingt livres et monta môme jusqu'à trente. On voyait aux portes des maisons riches plus de mille pauvres demandant leur vie; ils étaient contraints de manger Therbe des champs; on faisait du pain avec du chiendent, de la fougère et des coques de noix broyées. En la paroisse de la Croix, près Saint-Sornin-la-Marche, une malheureuse mère sans ressources, voyant sa fille mourir de faim, éperdue de douleur, lui abattit la tôte d'un coup de cognée et se pendit ensuite. Les fièvres malignes et pourprées décimèrent le pays pendant trois ou quatre années ; au Dorât il mourut plus de deux cents personnes, autant à Bellac; enfin la situation était encore plus misérable que lorsque ces malheureux firent leur Révolte des Croquants (1592) *.

Si de ces provinces nous passons à la Bourgogne, les faits ne sont pas moins précis, pas moins authentiques,

1. C. Louandre, Hist, d'Ahbeville, t. Il, p. 107, 120 et suiv. Voir aussi Stan. Prioux, Hist. de Braine; Piette, Ilist. de Vervins; l'abbé Pécheur, Hist. de Guùe; H. Martin et le bibliophile Jacob, ffist. de Soissons; P. Leloiig, Hiat. du diocèse de Laon.

%. Hist, de la Marche et du pays de Combrailles, par JouIUetoo, 1814 ,

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et ils dénoncent tous la même grandeur da mal. C'est encore à une enqur;te que nous aurons recours. Le 23 juin 1643, les élus de Bourgogne écrivnient au prince de Condé, leur gouverneur, que Jcs guerres, la cf>nlagion, la famine avaient tout changé; que h population était considérablement diminuée, errante et insairisfalle: qu'un grand nombre de villages étaient saccagés, brûlés et déserts; qu'il y avait aux impositions des non-valeurs pour plus d'un cinquième, qu'on était forcé de rejeler le déliciisur les habitants restés, mais qu'attendu les grandes et fréquentes impositions, cette charge était accablante : l'impôt dépassait huit fois celui des temps antérieurs.

Le roi autorisa l'enquête, et le 10 septembre les représentants du pays se le partagèrent pour le visiter. Le maire de Dijon et Jacques Comeau, lieutenant général es bailliage et chancellerie de Dijon S élu des États de Bourgogne, commencèrent en septembre lCi4 une tournée qui ne fut achevée qu'en juin 1646. Les inspecîeur? faisaient comparaître les éi'hevins. les procureurs, les receveurs, qui juraient de dire la vérité, {renaienl le pMf des dernières impositions, puis vérifiaient de pot en pot. c'est-à-dire de maison en maison, l'exactiiuJe des registres p-.iblics et des dépositions privées. conti6!ant le to-Jt par une visite au curé et une contre-enquête dan.= les villages voisins, puis faisaient leurs pr^cès-verbiux. M. lio?signol les a publiés en deux cent quarante pages. Nojs nous bornerons à en extraire deux passages; pour mieux

1. Le bailliage de Dijon arrès la IjaioUle de fkyrotf, prac»:?-v -b* ■:» de la vi>ile des feux publiés par Ros^iir-iol, arcLivisîe de :"j *- ■'--*-'■' (1837), honoré d'une mention de rAcad-îmie des iuscription- t; i^-- -^y leTtreP. — Ce curieux travail e<t trop peu connu, n'ayant éé i.:h \ ' à 100 exemi>laire?. 1^ Biblifith- que impériale de Paris en con-ervr *" daas la Réserve, c^est presque de Tinéuit.

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