‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 219 sur 316 · L\ RÉACTION S'ORGANISE · texte numérisé non relu

L\ RÉACTION S'ORGANISE

anglaise, des grandes compagnies, ou ces époques désolôes des guerres de religion? — Le commerce est interrompu, les foires et les marchés abandonnés, les coches ne vont plus, les routes n'offrent aucune sécurité, les lellres interceptées par les divers partis parviennent rarv*ment k leur adresse. La nation tout entière semble déshabituée du travail ; l'atelier est désert, les ouvriers chôment partout et traînent sur les pavés des grandes villes à la disponibilité de Témeule. Les propriétés son devenues une proie toujours offerte au plus fort, on ne peut plus les habiter tranquillement et on n'en tire aucun revenu, heureux si encore on peut se faire exempter des charges et des impôts sous lesquels le propriétaire plie écrasé; le trésor, qui ne reçoit plus rien, ne peut payer les rentes. Le brigandage public et privé s'exerce partout in)i)unément, les mœurs à tous les étages se sont relâchées; la justice est impuissante à réprimer tous ces excès; c'est le magistrat qui tremble devant le criminel. Les campagnes en friche ne présentent que ruines et désert; la mauvaise nourriture amène des maladies aussi terribles que les pestes et encombre les hôpitaux appau- ' vris et sans ressources; en un mot, partout, dans tous les rangs, à tous les degrés, ce n'est que désordre, crime,' anarchie. Et cet état de choses durait déjà depuis près de quatre ans; une telle calamité ne pouvait se prolonger plus longtemps sans amener l'anéantisseinent complet de la société française. Ou la France devait peu à peu s'affaisser et disparaître du premier rang parmi les peuples, ou une réaction puissanle, efficace devait s'organiser; mais, hélas! comme on l'a vu p!us d'une fois, la nation payera ce secours de ses dernières libertés.

Déjà cette réaction est à l'œuvre et s'organise sourde-

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ment : à la tête sont deux de ces esprits inquiets, agités, qui, comme l'abbé Fouquet et son frère, le procureur-général Nicolas Fouquet, semblent nés pour l'intrigue et jouent un grand rôle dans les époques de trouble; ils servent à réunir en faisceau tous ces fonctionnaires découragés, sans force parce qu'ils agissent isolément, le marêcbal de l'Hôpilal, le prévôt des marchands, son fils le conseiller Labarre et le premier président Mole. Une petite partie de la volumineuse correspondance de Wazario, que nous avons pu étudier soit aux bibliothèques impériale et Mazarine, aux archives de l'empire, toit dans les copies que la bienveillance de M. Chéruel a mises à notre disposition, nous a laissé entrevoir quelques coins de ce vaste champ d'intrigues. Les Mémoires sur la vie publique et privée de Fouquet ^dQ\h publiés par M. Chéruel, et les Lettres de Mazarin, du môme éditeur, si vivement attendues, ne laisseront plus aucune obscurité surce point. Mazarin avait encore un auxiliaire plus puissant, le clergé. M. l'abbé Maynard s'est trompé lorsqu'il a cru reconnaître les éléments d'une opposition religieuse cftitre le favori d'Anne d'Autriche dans quelques passages des Carnets de Mazarin publiés par M. Cousin. Il s'agit simplement d'une lutte de position entre le cardinal et révoque de Beauvais Potier, soutenu de ses amis ; d'une revendication d'influence par certains chefs de communautés tels que la supérieure du Val-de-Gnlce; M. Maynard a grossi les proportions de quehiues petits faits, accidents de cour, qui tous d'ailleurs se rapportent au commencement de la régence et lorsqu'il s'agit de se rendre maître du terrain. Un clergé hoslile se fût conduit bien autrement; il se fût rappelé facilement les scènes et les prédications de la Ligue, qui remontaient à

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peine à cinquante ans. Où voit-on rien qui, de près oi| de loin, ressemble à celle démocratie religieuse, M] M. Labilte a si vivement retracé le tableau ? A cette preiml n<'g;ilive ajoutons des faits positifs qui prouveront îTi-' deniment Terrour dans laquelle une politique tonte d'actualité, nous le craignons, a entraîné le récent historien de saint Vincent de Paul.

Quatre jours seulement après que le roi s'est enfcide Paris, le 10 janvier 16W, le journal de Dubuisson noos montre les arcbevôques de Bordeaux, de» Toulouse, les évoques d'Avranclies et d'Aix et jusqu'à c deux outras douzaines » de j»rélals proposant de s'assembler chez rarchevéque de Paris pour s'entremettre c de quelque accommodement entre le ministre et le Parlement. iCette proposition a probablement reçu un commencement d'exécution, puisque le 14 janvier on refuse la sortie do Paris aux c ecclésiastiques qui veulent aller à Saint- Germain proposer un accommodement; i les mêmes tentilives du clergé se renouvellent encore le 17 ; essayer à trois reprises une médiation entre Mazarin et le Parlement, à cette époque de fureur générale contre le ministre, peut, ce nous semble, être compté comme une preuve de synipalhie.

Si, le 25 janvier, le Coadjuteur fait un discour» frondeur et parlementaire h Téglise de Saint-Paul, on peut facilement opposer maint sermon anlifrondeur, entre autres celui de Tabbé Lingendes (6 mars) où Beaufort crut se reconnaître dans le tableau passionné de la révolte d'Absalon, ce qui amena de si longs démêlés. Le 18 février, le zélé que montrent les prélats en faveur de la cour et de Mazarin, amène l'arreslalion momentanée des évéques de Dol et d'Aire ; une mazarinade croit même

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