‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 218 sur 316 · LES MISSIONNAIRES ET LES SŒURS · texte numérisé non relu

LES MISSIONNAIRES ET LES SŒURS

Ne sémble-l-il pas qu'on entende sur un champ de ta»' taille Tordre lugubre de : c Serrez les rangs, • et toujon» de nouveaux soldats se trouvent au poste périlleux pour y succomber. Les Filles de la Charité ne pouvaient le céder sur un pareil terrain aux Missionnaires, et sœur Marie- Joseph mérite de voir son nom inscrit à côté de celui de M. David :

« Celte vraie Fille d^ la Charité succombant enfin sous le poids d'à travail qui ne finissait point, et ne pouvant plus ni aller assister les malades dans leurs maisons, ni se résoudre à ne les plus servir, lei faisait amener dans sa chambre, et se levant sur son lit, elle avait 1» courage de les saigner. Comme elle voulut continuer jusqu'à la mort de leur rendre ce service, clic expira dans le moment qu'elle se couchait, après en avoir saigné un i. »

On avait, en effet, établi pour les pauvres vivants qualre hospices où étaient reçus et servis chaque jour les malades, et où présidaient MM. Deschamps et Watebled,qui avaient appris la charité à Relliel, dans cette grande école de misère. Deux de ces maisons étaient destinées aux habitants d'Ét-ampes, et les autres à ceux d*Élrechy, Yilleconin, Guillcrval, Saint-Arnoult et les villages environnants. Les orphelins ne furent point délaissés par celui dont le zèle avait su donner des mères tendres aux enfants trouvés : une vaste maison d'Étampcs les recueillit. Aussi la ville relevée dressa, dans sa reconnaissance pour M. Vincent et ses disciples, une croix de fer plantée non loin de l'église de Saint-Basile sur le terrain dit

1. Vie de madame Lrgras, par Gobillon, curé de Saint-Laurent. Now lisons dans une Relation de mai 1652 : « Pour Étampes, l'ôtat est tel que l'on a délaissé les malades des villages, l'on s'attache seulement à ceux de la ville, qui est en telle désolation, que Ton n'a pu trouver une femme pour veiller une sœur de la charité, laquelle a fini ses jours en servant les pauvres de ce lieu, après les avoir secourus pendant deux années en '^ "ardie et eu Champagne, » 11 s'agit probablement de sœur Marie^oseplu

MARTYRS DE LA tlHARITÉ. 415

e Carrefour des Ormes, et qu'on voyait encore il y a quelpies années.

En plus ou en moins, ce que nous venons de voir à Êlampes se retrouve dans tous les environs de Paris; la lettre de Vincent au frère Bonichon nous a montré l'état don moins déplorable de la Brie ; elle est

I semblable, dit une Relation^ aux frontières les plus désolées, les villages sont déserts, et les pauvres mourants n'ont qu'un peu d^eau et de nisSn pour toute nourriture et tout remède. Qui peut exprimer Tétat do [jâgny, Corbeil et environs? La France n*est plus la nourrice de Paris, die a besoin d'être nourrie en la plupart de ses villages , où toute récolte a été moissonnée par des mains étrangères; les terres restées en [riche rappellent la malheureuse Lorraine, et il est à craindre qu'on ne trouve plus de secours; car, comme les revenus ordinaires manquent, à tout le monde ^ les pauvres seront abandonnés si ceux qui ont Seuz robes, c'est-à-dire qui ont au delà du nécessaire, n'en donnent une à ceux qui n'en ont point; s'ils ne vendent ce qu'ils possèdent pour doniier Taumône. »

Aux motifs religieux, les Relations ajoutent des considérations parement humaines, dès mesures de prudence:

€ Le présent besoin que Ton a trouvé dans la visite djcs paroissea tant à Paris que dans les environs, ne permet aucun discours que pour représenter à tout Paris que c'est un ouvrage public que l'on entreprend, et qu'il est de telle importance d'y trouver un prompt remède, que, cessant mémo la loi de l'Evangile qui nous oblige de donner de notre subsistance pour sauver la vie du pauvre, la seule police y doit obliger, pour empêcher le désordre que pourrait exciter le peuple affamé ou les maladies que la corruption d'une mauvaise nourriture lui peut causer ^ »

La plume tombe des mains à copier tant d'horreurs. Quand a-t-on Jamais vu une situation plus déplorable? Ne croirait-on pas relire l'histoire des temps de l'invasion

1. Voir auFsi les Mémoires de madame de la Guette, obligée de défendre son domaine de Sussy (Brie), entre l'Yerre et la Marne, contre le» maraudeurs des deux armées... Édition de M. Morcau.

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