DANS PARIS
qiill paye à ses assassins. » Les simples particuliers mêmes n'étaient pas à l'abri de ces exigences. « Au sieur Courtois, prêtre sacristain de la paroisse de Saînt-Gervais, un filou s'adresse à Theure qu'il n'y avait plus personne en l'église, et lai demande 20 pistoles, autrement qu'il n'était rien de sa vie. »
Peu à peu cependant quelques membres du Parlement étaient venus se joindre à ce simulacre de cour souveraine; de son côté, la cour, voyant Paris au pouvoir des princes et Tarchiduc prêt à entrer en France avec les Espagnols, se résolut, par un grand ctîort, à offrir positivement ce qu'un mois auparavant elle présentait comme une simple possibilité : le roi et la reine se décidaient, sur les instances de Mazarin, à le laisser se retirer, « aussitôt qu'à Paris les ordres seraient donnés pour Texécution de ce qui devait rétablir le calme dans le royaume. »
Le peuple, crédule dans ses espérances, parce qu'il est toujours en dehors des intrigues des partis, prit naïvement cette déclaration pour les préliminaires d'une paix sérieuse, et la joie se répandit dans Paris; mais Condé le détrompa promptement : il ne voulait pas de paix, à moins d'avantages exorbitants pour lui et les principaux complices de sa révolte. Le cardinal eût peut-être cédé, si le prince eût consenti à ce que l'exil de Mazarin se cliangeût en mission d'aller traiter de la paix avec l'Espagne : mission importante dont le succès eût rétabli en grâce Mazarin, auteur de cette paix que tous désiraient: mais pour celle même raison d'influence, Condé voulait se réserver ce rôle de pacificateur général, qui aurait justifié sa coupable liaison avec les Espagnols*. Aussi la négociation échoua : Condé n'avait donc plus qu'à rendre les promesses du roi suspectes; c'est ce qu'il fit dans la séance
i. Une curieuse lettre de Mazarin (7 mai 1652) explique ces démêlés.
ac CONDE MECONTENTE LA NOBLESSE.
du 13 juillet. Cent dix membres s'étaient réunis, mais toujours sans présidents ; on décida que la Compagnie remerciait le i-oi de réloîgnement de son ministre, et annonçait que les princes mettraient bas les armes dès que le o^rdinal serait hors de France. C'était rompre toute négociation en ordonnant au lier monarque de s'exécuter le premier : la cour, en effet, n'avait plus d'autre alternative que de subir la loi dure et hautaine de Condë on de laisser les événements sui\Te leur cours naturel jusqu'à la i*éaction, que tout montrait comme très-prochaine» et que la conduite du prince devait encore avancer.
Condé ne pouvait maintenir autour de lui cette clien* telle militaire et aristocratique qu'en cédant de son côté à toutes ses demandes, à toutes ses exigences : le 15 juillet, au mépris d'un arrêt du Parlement qui ordonnait de n'enregistrer aucun brevet de duc et pair, tant que Mazarin serait au pouvoir, Condé exigea cette formalité pour le duc de Rohan-Chabot, quoiqu'il n'eût été reçu à cette dignité qu'après cinq autres personnages qui attendaient encore la fomiule « soit montré » sur leur brevet. Cette faveur exceptionnelle, exigée du Parlement, était probablement le prix du silence que gardait Rohan sur le crime de riiolel de ville, crime dont le gouverneur de l'Anjou avait vainement, au rapport de Talon, essayé de détourner le prince : elle irrita toute la noblesse contre Condé.
Le roi, après la réponse du Parlement, avait quitté Saint-Denis pour se rendre -à Pontoise : ce changement de résidence, conseillé par Turenne, qui sut ranimer la cour découragée, était une précaution militaire pour arrêter derrière l'Oise l'archiduc de Flandres et le duc de Lorraine; mais c'était surtout une rupture de négocia- ^vec Paris. Le 18, un arrêt du conseil donnait un -
c NOUVELLE ADMINISTRATION DE LA FRONDE. 421
; caractère de rébellion à tout ce qui se faisait à Paris : remontant au dernier arrêt du Parlement du 1*' juillet comme au dernier acte légal, le roi déclarait nulle toute délibération pjise ou à prendre tant au Parlement qu'à riiôtel de ville, ordonnait d'informer de rhorriblc attentat commis conîre l'assemblée dûment convoquée, et transférait le Parlement à Pontoise.
A toutes ces attaques, la Fronde devait répondre sous peine d'abdication et de déchéance; le 19 juillet, cent quarante-trois membres se réunirent; Broussel proposa, dans un discours écrit à l'avance, de déclarer Gaston lieutenant-général du royaume, dignité presque royale S et Condé commandant des armées sous l'autorité du lieutenant général, jusqu'à ce que le roi, « détenu par Mazarin, eût été mis en liberté, et Mazarin chassé du royaume. » En face d'un roi majeur, c'était un crime de haute trahison, et néanmoins la cour des aides, la chambre des comptes et l'assemblée des notables bourgeois de Thôtel de ville reconnurent sans contradiction ce « brevet d'usurpation. » Le premier soin du nouveau chef fut de nommer à la ville de Paris un gouverneur à sa discrétion, en l'absence du maréchal de L'Hôpital, Beaufort fut choisi ; puis d'établir le conseil dont parlait l'acte d'union, conseil de princes, de ducs et pairs, de membres des coui^ souveraines et du corps de ville. Séguier, mécontent de la cour qui ne lui rendait pas les sceaux, on accepta la présidence au grand scandale de la haute magistrature, et pour compléter la contrefaçon du conseil royal, on imita le sceau du roi.
1. « n ne lui manquait plus, comme le remarqua spirituellement le conseiller Catiuat (père du maréchal); que le pouvoir de guérir les ôcroueUet* »•