NOUVELLE ADMINISTRATION DE LA FRONDE
Il fallait se procurer de l'argent, c'est toujours par là qu'un nouveau pouvoir commence: on ordonna de vendre ce qui restait des meubles, « bustes et figures » du cardinal, qui les avait donnés au roi dans le désir de les sauver. On mit sur les habitants de Paris une taxe égale à ce qu'ils payaient chaque année pour l'enlèvement des boues; on demandait une somme de 800,000 livres à une imposition de soixante-quinze livres sur chaque porte cochère de la ville et des faubourgs, de trente livres sur chaque boutique de marchand et de dix livres sur les petites portes; on vota en môme temps le rétablissement des entrées, des cinq grosses. fermes et des divers droits autorisés parla déclaration du 24 octobre, et qui ne se payaient plus depuis les troubles. C'était faire payer assez cher aux Parisieîis leur défaite; une circon^itance vint encore aggraver la position : la cour établit de son côté des taxes analogues à Pontoise, Lagny, Corbeil et Melun, de sorte que les denrées qui entraient dans Paris supportaient double péage : ajoutez à ces lourdes charges les désordres des gens de guerre, qui recommençaient de plus belle.
Des événements inattendus vinrent bientôt déconsidérer la nouvelle administration municipale: la mort de Nemours, tué en duel par Beaufort, et la retraite de la Rocbefoucauld pour cause de blessures. Ces deux frondeurs étaient dans le parti des princes les seuls partisans de la paix. Condé, dès lors, tout à fait soùs l'influence de madame de Longueville, devait s'engager plus que jamais dans l'alliance espagnole et dans la guerre, comme le devine fort bien Mazarin dans sa correspondance avec l'abbé Fouquet. La lutle entre les deux partis prenait chaque jour un caractère plus grave, plus sérieux : les deux Parlements de Paris et de Pontoise se
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faisaient une guerre d e'iU r-î ri::-. :^- 1 : 1 1..1.1. ^i i: .'• leiïient leurs actes, de sont jur. :ii.r :.r '...:. 1 les peuples ne saTaient Je qut] i:.\'iz ht rx^^
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Les signes de la réaction devenaient chaque jour plus sensibles et plus nombreux : d'abord la division continuait entre les chefs du parti des princes ; Condé.
4t0 UNE VRAIE RÉACTION ROYALISTE
incapable de modéralion , aigri encore par l'insuccès, s'en prenait à ses lieutenants, aussi les défections se multipliaient : Séguier lui -môme fit sa soumission et désorganisa par sa retraite le conseil des princes. L*antorilé du duc d'Orléans comme lieutenant général du i-ojnumc n'avait élé reconnue nulle part : le Parlement de Bordeaux seul lui avait répondu. Dans h province de Languedoc, dont il était par sa naissance gouverneur, le Parlement de Toulouse avait enjoint de « n'nbc'ir qu'aux ordres du roi; » à Paris môme, il fallait dos t peines extrômes pour obtenir une faible part des taxes sur les portes des maisons, et, dans le quartier da duc, malgré Tcxemple qu'il avait donné en payant le premier t le dizainier, marcband de bas du pont Saint- Michel, n'en peut venir à bout. »
La détermination de la cour au sujet de Mazarin vint donner une nouvelle force au parti de la réaction: à la lin dos longues crises, les transactions que sait faire à propos le parti le plus fort mettent plus vite un terme aux troubles qu'un système de violences, en rattachant à la cause victorieuse les modérés et les timides qui for^ Lient toujours le plus grand nombre. Sur les remontrances du Parlement de Pontoise, qui ouvrit sa première séance (7 août) par demander l'éloignement du cardinal, sur les instances nouvelles de celui-ci, le roi déclara (12 aoùi) qu'il consentait à laisser partir « ce fidèle serviteur, » et Mazarin (le 19) s'achemina lentement vers son exil de Bouillon; comédie dont les principaux du Parlement de Pontoise t savent le secret, » dit lui-même Mazarin dans une lettre du 9 octobre à Fouquet.
Une seconde mesure vint compléter ce premier acte déjà si heureux pour le retour de la paix: le 26 août fut
RELÈVE LÀ TÊTE. 4ftl
promulgué, toujours par le conseil de Mazarin, un « édit . du roi portant amnistie de tout ce qui s'est passé à roccasion des présents mouvements,- à la charge de se remettre dans trois jours sous l'obéissance du roi. » Ce fut le signal de la déroute de la Fronde ; il ne restait jjIus à personne de prétexte pour continuer la rébellion : aux princes, depuis le départ de Mazarin; aux gens compromis et qui ne persistaient que par crainte de châtiment, depuis l'amnistie. Dès lors, le courage revint aux plus timides : le 29 août,
« plusieurs assemblées de bourgeois se font es places et rues de Pari?, aucuns des plus hardis ont dit aux princes qu'ils iraient demander au roi ses forces pour chasser de Saint* Cloud, Suresnes et toute cette vendange, leurs troupes qui la ruinent, si eux-mêmes ne les ôtent ; plus de 300 vont au palais d'Orléans demander qu'ils puissent faire leurs vendanges; on les renvoie avec belles paroles. Les troupes des princes se débandent toutes, les officiers mOmes quittent. Les paysans dos environs viennent depuis quelques jours au duc de Beaufort et à Brousscl demander avec hardiesse qu'pn les délivre de ces restes cTéf rangers (Lorrains et espagnols) qui les dévorent, autreme.it ils joueront à la désespérade et s'en défairont. Sur les plaintes vigoureuses que font à S. A. R. ces habitants, conduits par le sieur du Vaussel, marchand linger et dixainicr d'entre les deux portes du Palais, le prince de Condô se rendit le lendemain près des troupes et fit prendre deux soldats qui avaient, Tun, arraché une porte d'une maison, et l'autre fait vanterie d'avoir tué les jours précédents des "bourgeois, les livra entre les niaius du prévôt des bandes pour être exécutés, et môme réprimanda de Valon, leur commandant^ en tirant l'épée sur lui pour n'avoir pas réprimé ses soldats *, »
Les temps, oh le voit, étaient bien changés: les princes commençaient à comprendre qu'on ne pouvait plus abuser de 4a patience des malheureux peuples; que partout on voulait la lin de cetle guerre exécrée; qu'il n'y avait plus
1. Voir pour toute cetle ngonie de la Fronde Dubuisson, qui enregistre iour par jour le mouvement de l'opinion.