‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 232 sur 316 · AU LOUVRE · texte numérisé non relu

AU LOUVRE

pose à la royauté des conditions de gouvernement dont il demeurait à peine un souvenir. Tout rinteryalle de ces quatre années avait été rempli par la désolation du royaume, par la perte de son unité au dedans et de son influence au dehors, par la misère des particuliers et Tépuisèment des ressources publiques, sans que de ce désordre 'fût sortie une seule institution féconde pour la réparation des abus et des vices sérieux qui composaient l'ancien régime. Beaucoup d'idées cependant avaient été semées et germeront dans le demi-siécle qui s'ouvre*. Le terrain était tellement déblayé des renommées prétentieuses qui, pendant quelque temps, l'avaient occupé, qu'un roi de quatorze ans, une reine décriée, et l'ombre d'un mi-

1. Les bÎBtorîens ont pu souvent remarquer que les mesures d'ordre, de progrès, qui d^ordinaire signalent Tinstallation des périodes d'autorité, en général ont été empruntées aux idées de l'époque de troubles qui les a précédées et amenées. A son grand honneur et proGt, le pouvoir habile fait accepter aux intérêts menacés par la révolution une sorte de compromis qui donne satisfaction aux besoins réels et aux aspirations de la société, et en même tempi: lui fait faire un pas important dans la voie du progrès. Toute notre histoire en fait foi : c'est dans les projets des Etals généraux, dirigés par Etienne Marcel, que Charles V va choisir les réformes et les institutions qui lui ont valu le surnom de Sage, et donné à son règne un caractère réparateur. Charles Vil le Bien servi puise également dans la grande ordonnance des Cabochiens. L'hôpital et les illustres jurisconsultes qui nous ont laissé Tordonnance de Moulins sont contemporains des guerres de religion et des luttes ardentes du XVI* siècle. Henri IV succède à la démocrj^lie de la Ligue; l'administration de Richelieu doit plus d'une des sages inesures qui recommandent ce ministère, à cette assemblée orageuse des États généraux de 1G14, qui lut la dernière de l'ancienne monarchie. M. Laferrière, inspecteur général de l'enseignement supérieur en France, a montré tout ce dont notre l<^gislalion actuelle est redevable aux discussions fécondes des assemblées de la grande révolution de 1780; M, More-iu, éditeur des Mazarinades^ rédacteur de \*Union^ a lUabli avec beaucoup de sagacité que les premières réformes qiû ont signalé le règne do Louis XIV ont été conçues et ordonnées sous l'iiiflucncedes mouvements de la Fronde. On consultera avec fruit sur ce sujet la préface de ses Courriers de la Fronde, 25,

44t TRISTE BILAN DE LA FRONDE;

nistr6 absent, n'y rencontraient plus d'obstacle l \m Tolonté. Mazarin seul manquait au triomphe qu'il ayait préparé , malgré son vif désir d'y prendre part, pQi»i qu'il avait été à la peine; désir qui perce dans toute la correspondance avec les Fouquet.

Quel triste inventaire le jeune roi pouvait dresser comme résultat final de ces quatre années de troubles ! Qu'étaient devenus ces temps signalés par les grandes victoires de Rocroy, de Fribourg, de Nordiingue, de Lens, triomphes qui aidaient la France, toujours fascinée par la gloire militaire, à supporter avec patience sa profonde misère, ses dures souffrances? Combien était éloigné maintenant ce jour où, le traité de Westphalie à la main, elle avait espéré imposer à l'Espagne, par un second traité,, l'aveu définitif de l'abaissement du grand empire de Charles - Quint et de la supériorité des successeurs de François !«', Tancien vaincu de Pavie, le prisonnier de Madrid m avait fallu la lassitude, l'épuisement, l'impuissance, bien réelle déjà, de la monarchie espagnole, pour que la France pût, pendant trois ans, protéger encore, à peu prés, ses conquêtes. Mais depuis 1632, en Flandre et du côté des Pyrénées, l'Espagnol commençait à réparer ses pertes : après un siège de cinq semaines, Gravelines se rendait, etMardyck, abandonné par les Français, re* tombait aussi sous leur domination : Dunkerque, isolé par ces succès, se trouvait sérieusement menacé, et bientôt, malgré la courageuse défense du comte d'Estrades, l'Espagne , avec l'aide de Cromwell , reprenait celte place importante ; à Pextrémitô opposée , elle en reprenait encore une autre plus importante. En Catalogne, le maréchal Lamotte-Houdancourt fit vainement d'héroïques efforts pour garder Barcelone; au bout de six moto, il

TROISIÈME REMISE DES LOYERS. ki$

fallut la remettre i don Joan d'Autriche, et la proTince entière fut perdue, à rexception de Roses. Du côté de ritalie, l'Espagne triomphait encore, et Casai, ce boulevard de la France, à la conservation duquel Richelieu attachait un si grand prix que deux fois il avait passé les Alpes pour le défendre. Casai se trouvait livré par le duc de llantoue, un de ses petits princes qui se sont montrés de tout temps plus Autrichiens qu'Italiens.

Il était temps aussi qu*on s'occupât de Paris, réduit â la dernière extrémité. Une des premières demandes adressées au roi (24 oclobre) fut une requête des locataires de Paris, pour obtenir la remise des termes de la Saint-Jean et de la Saint-Remy, fondée, comme la précédente, sur la misère des Parisiens, misère qui a tué f plusdeoO,OôOpersonnes. • L'avocatauconseil,Lefebvre, demande, pour assurer Texécution , une amende de 1,000 livres pojir tous les contrevenants, propriétaires, sergents et huissiers, en reconnaissant toutefois que cette remise < ne peut tirer à conséquence pour l'avenir *. • C'est, on s'en souvient, la troisième fois que se présente cette exemption en Tespace de trois années 1 Cette misère frappait tellement tous les yeux, qu'un mois environ avant le retour du roi, il y avait eu une sorte d'armistice entre les divers partis pour permettre le libre exercice de la charité. Nous avons trouvé t trois ordonnances des^ tinées à servir de passe-port et de sauf-conduit aux prêtres et aux personnes charitables, allant assister les malades dans les villages, avec défense aux gens de guerre de les troubler, sous peine de vie »; la première est

i. Bibl. imp., ^r=r. Requête présentée au roi en son chAle^n du Loutre, ete;

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