CHAPITRE XVIII
CoDdé se fait condottiere et va s'établir en Ctinra^^tpne; misère de cette province^ de la Picardie. — Détresse de la cour; lettres de Colbert et de Mazario à ce sujet. — Circulaire imprimée de Condé pour forcer toutes les villes ou les villages de Champagne à lui payer contribution. Autre circulaire de Condé, qui autorise la maraude d'hommes par ses troupes. — Misère de la Bourgogne; le siège de Seurre est la ruine de la province. — Dettes de la Bourgogne. — La fin de la Fronde à Bordeaux rappelle la fin de la Fronde à Paris. — Complicité de Condé et de Conti avec VOrmée, — Lettre de Mazarin au duc de Candale. — État misérable de la Guienne, du Languedoc et de tout le Midi. — Réaction parlementaire, bourgeoise et cléricale, — Soumission de Bordeaux (81 juillet 165a).
La lettre de Vincent, à la date du 3 janvier 1633, dont nous parlions dans le chapitre précédent, monire que les environs de Paris n'étaient pas seuls à souffrir :
« JJétais allé chez mademoiselle Legras faire une petite conférence à ses filles, lorsque mudame la duchesse d'Aiguillon et la présidente de Herse m'ont envoyé quérir chez une d'elles où je suis pour aviser aux moyens de secourir la Champagne oii Boni les armées^qui la réduisent en no pitoyable état. »
Après la soumission de Paris, Condé ne pouvait plus compler réellement que sur son armée; il résolut d'en faire son refuge, en môme temps que son moyen d'action et de puissance. Dans ce siècle de guerre, le rôle de cou-
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dottiere avait été élevé assez haut par divers personnages qui lui avaient dû leur célébrité et leur force : Mansfeld, Bernard de Saxe-Weimar,Wallslein, Charles de Lorraine, c Cette façon de vivre libre et indépendante, » ceponvoir souverain sur ses troupes et sur ses officiers, devaientcqnvenir à Thumeur hautaine, absolue du prince^ impatiente de toute contrainte; aussi pensa-t-il qu'avec tous les avantages qu'il avait sur le duc de Lorraine, il ne pouvait manquer de se faire une condition bien supérieure. Décidé à jouer le rôle de chef d'armée mercenaire, il partit avec son émule Charles (15 octobre) vers la Champagne et la Flandre, qui retombèrent dans leur vie d'alarmes et d'inquiétudes : a le commerce est entièrement interrompu, et rien n'entre plus que par convoi et avec des dépenses excessives *. »
La bonne intelligence ne put subsister longtemps entre € les deux aventuriers » qui se séparèrent bientôt, et, tandis que Charles se dirige vers la Lorraine, Condé fait une vaine tentative contre Reims, mais s'empare de Rethel, de Château- Porcien et assiège Sainte-Menehould. Turenne accourt; de beaucoup inférieur aux forces de Condé et de l'Espagne réunies, il ne peut empocher h prise de la ville. Heureusement Gaston envoya bientôt redemander ses troupes à Condé, qui fut encore affaibli par le départ de Ta vannes, et de la plus grande partie des troupes espagnoles, que Fuensaldagne emmena en qua^ tier d'hiver dans le Luxembourg, tout en remeltantà Condé, comme compensation, le titre et les insignes de généralissime des armées d'Espagne; désormais l'écharpe rouge de Castille, qui ceignait le premier prince du sang,
t. Bibl. imp.^ coU. Champagne, t. XXXm, fo 182 à 148. Us. LmohiI»
MISÈRE DE LA CHAMPAGNE. iftS
fut, aux yeux de tous, le signe manifeste de sa trahison. Il semble que pour punir Condé, la fortune l'abandonne dès lors complètement. Turenne, dont l'armée s'était grossie en même temps que celle de Condé se fondait, reprit l'offensive, força son rival à passer la frontière du Luxembourg, et, aidé par Mazarin, qui lui amenait de nouveaux soldats levés dans le pays de Liège par les soins de Faberl, auprès duquel il s'était réfugié à Sedan, revint menacer les conquêtes du prince. En deux mois (décembre 1632, janvier 1653), Bar, Ligny, Châleau- Porcien et autres petites places, furent reprises; mais la mauvaise saison empêcha de faire le siège de Sainte- Menehould et de Rethel , dans un terrain naturellement fangeux et détrempé par les pluies, au grand préjudice de la Champagne, qui était perpétuellement ruinée par les courses des commandants des deux villes. On n'était pas en sûreté, si on n'avait un passe-port du marquis de Persan (à Rethel), auquel ce trafic rapporta de grandes sommes, puisque le passe-port n'était valable que pour un mois et coûtait 13 livres. La guerre semble, en effet, n'avoir plus d'autre but que la dévastation et le pillage sur toute l'étendue de nos frontières Nord-Est; et quoique pendant les cani^pagnes de 1653, 1654, 1655, nos armées soient conduite^ par Turenne, les conquêtes n'avancent que lentementi faute d'argent. La correspondance de Mazarin avec Colbert, alors intendant de la maison du ministre, permet d'entrevoir la situation. En janvier 1653, lors de la présentation h la cour de madame de Mercœùr, la nièce de Mazarin, celui-ci n'a pas le moyen d'acheter un carrosse neuf, et se sert d'un vieux carrosse en mettant une housse dessus. C'est encore pis à l'époque des campagnes, pendant le printemps et l'été.