‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 238 sur 316 · LETTRES DE MAZARIN ET DE COLBERT · texte numérisé non relu

LETTRES DE MAZARIN ET DE COLBERT

.qne, pour le surplus, je travaille avec M. Letellier pour voir si on le "pourra trouver parmi ceux qui sont à la suite ^e lu cour, et déjA jo suis assuré de plus de 1,500 louis par MM. de Viileroy, de Roquelaure, de '. Créqui et de Beringhen , et s'il me manque quelque ciiose pour parfaire la somme, je tâcherai de faire contenter Hanicamp d'une lettre ~ que je lui donnerai pour vous payable à vue, dont le maréchal d'Estrées lui répondra. Cependant la yôrité est que ce soir, après ce payement fait, il n'y aura plus un sol à la cour, non-seulement pour donner à l'armée ce que les surintendants avaient envoyé, mais même pour sub* sister. C'est pourquoi je vous prie, sans perdre un moment de temps, de presser les surintendants de nous envoyer un prompt secours au moins de 100,000 fir., et s'ils veulent mes pierreries pour avoir plus de facilité de trouver cette somme sur-le-champ, vous les leur donnerez. Avec cette somme on pourvoira à ce qui sera nécessaire pour les travaux et pour l'hôpital, pour faire quelque gratification aux principaux offiden des régiments auxquels on Ta promis à Paris, et pour donner lieu aa roi d'employer 200 pistoles, comme il avait résolu de faire, aussi bien que pour rendre une partie de ce que j*aurai emprunté aux personnes ci-dessus qui en auront besoin pour leur subsistance. En cas qu'on ne pût trouver à l'instaut la somme entière, il faudrait en envoyer au moins la moitié droit à La Fère et le jour suivant le reste; et on pourrait prendre quelques gardes de la reine pour en assHrer la voiture, n'oubliant de recommander à ceux qui en seront chargés de marcher avec toute la diligence possible.

« Le cardinal BIazarini. a

On voit par cette letlre quelle était la situation du trésor, et à quels expédients on était obligé d'avoir recours pour une somme misérable de 50,000 écus. Il faut lire dans toutes les histoires financières, Bailly, Bresson, Forbonnais, ou dans M. H. Martin; quia parfaitement résumé cette époque, les détails des opérations désastreuses auxquelles on se livrait, s*abandonnant à la discrétion des financiers et des partisans, dont les beaux temps revenaient; le tout couvert par des acquits au comptant, c'està-dire les dépenses secrètes,non soumises à la vérilication de la cour des comptes et qui servaient à payer les usures des traitants ou les pots de vin (en certaines années ils

obtenir la protection de tel ou tel haut personnage, qid, dans l'occasion, peut être utile à la province; et comme les grands ne sont accessibles que par une foule de petits intermédiaires, il en résulte une liste interminable de présents à offrir, partant d'impôts à payer pour salisfaîrt toutes les cupidités de haut et de bas étage. En un mot, c'est l'histoire de la poule aux œufs d'or qu'égorge u maître extravagant.

Que de maux devaient être engendrés, et l'étaient, en effet, par une administration aussi déplorable ! Entre tons les témoignages qui surabondent, prenons d'abord un de ceux qui peuvent le moins être suspectés d'exagération, celui de notre impassible notaire de Marie, M* Lehanlt Cette fois, il ne se borne plus à consigner les faits, il éclate en gémissements :

« C'est avec regrets que je décris les misères de ma patrie, et mère* pcns de l'avoir entrepris, puisque je ne vois aucune apparence de la fio de mes maux, que j'appréhende être plus grands que jamais... 0 pauvre ville de Marle^ j'ai horreur de voir dans son circuit jouer la pluscrueOe tragédie que les plus inhumains tyrans se pourraient imaginer; hé Dieu! n'apaiserez-vous jamais votre courroux? Vos fléaux seronMl» toujours sur DOS tûtes? Quels courages seraient assez constants poar souffrir avec patience les malheurs qui nous accablent? La plume me tombe des mains et me trouve dans la résolution de désister de cet ouvrage puisqu'il ne peut servir que de sujets de déplaisirs à nos successeurs. Néanmoins, pour faire connaître à notre géniture lescraeli effets de la guerre, je franchirai hardiment ce mauvais pas^^uand M ne serait que pour leur faire voir que les ruines et incursions n'arrivent pas toujours par la fureur des ennemis, et que nous nesoniBiee le plus souvent affligés que par la rage de ceux qui devraient oons protéger, et notamment après avoir reconnu les services que nous rendons au roi et h notre patrie, en conservant et gardant la ville au péril de nos vies, à son obéissance, ainsi que nous l'avons fait depuis dixhuit ans, sans l'avoir désertée, quoique nous ayons eu mille sujets de V faire, par les mauvais traitements que nous y avons reçus... »

' 'événement ne tarde pas à justifier ces plaintes, qui

DE LA PICARDIE. i^'i

^ pourraient paraître déclamatoires si, par les pages du registre que nous ayons cité textuellement dans un des

7 premiers chapitres de cette histoire, on ne connaissait le caractère du chroniqueur. La ville de Vervins ayant été prise par les Espagnols, le cardinal, dans le dessein de les en chasser, fait avancer le maréchal de la Ferté-Sen-

' netcrre avec 3,000 chevaux, et lui donne ses quartiers à Marie et dans les villages voisins.

« A Bon arrivée, on lai remontre que la Tille n'est composite qnc de 100 maisons environ, et que dans ce nombre il y en a 60 an plus où on puisse mettre logement, le surplus étant pauvres gens; que les fanbourgs sont beaucoup plus spacieux et qu'il y a quantité de villages à une petite lieue es environs^ où les gens et guerriers seront plus à leur aise et y trouveront quantité de fourrages qui manquaient en la ville; en un mot, que ce serait ruiner soixante hommes i, puisque le surplus s'étaient retirés... Il ferme l'oreille à ces justes remontrances et veut que le tout loge, et en un moment les 3,000 hommes se saisissent des 60 maisons, où ils se font traiter à discrétion et avec toutes les inhumanités indicibles, depuis le 20 janvier jusqu'au 24, qu'ils en sortent; pendant lequel temps ils pillent et emportent tous les meubles, grains et autres choses qui se trouvent aux maisons ^ sans presque y rien laisser, battent, outragent et excèdent leurs hôtes afin de les faire abandonner^ les dépouillent en la rue et en plein jour, violent quantité de filles et femmes, brûlent cinq ou six maisons et plusieurs bâtiments, rançonnent certains habitants pour leur rendre leurs femmes, retiennent un petit enfant à l'âge de six mois un fort long temps sans le rendre à sa mère, quoiqu'il mourût presque de faim, et menacent de l'embrocher, si elle ne leur donne ce qu'elle n'avait pouvoir de faire. Et ce qui passe l'ordre naturel, est que quantité de ces enragés, pour ne pootoir trouver des femmes et filles suffisamment , ont été trouvés

1. C'était en effet la cause do tous ces maux résultant du passage des années; Fabert l'indique fort bien dans une de ses lettres à Mazarin : ft Si on loge les compagnies en corps dans les villages, elles se trouvent bientôt sans aide par Tabandonnement que font les villageois, et alors elles courent et volent partout et forcent les paysans à quitter la campagne, pour se réfugier dans les souterrrains et dans les bois, où quelquesuns tuent les cavaliers qu'ils peuvent attraper; si on les éparpille, ne se sentant plus redoutables, Us se font aimer du paysan et s'entendent avec eux. » Ms. KK« 1074. Arch. imp.

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et aperç» eierçvit l'ibonûiixtiaD pDiir Im^seDï S»âoBS « funnt rédaitei ea cendres ^... Le& li^'/:iiLT.i« s* p.£jiçimR n et n'oot auicune ivpons*», sîiiod qu'tV frht 7k f »>f 7r-Di3»n nifraiii ^ /rai/e comme tV faut; on lui remoziire le piHuet. L cjb -OKcei! rim et qoe cbican retouroe en srjn l>ps p:*Qr ifs biez ? doyens et carés Toot «ow faire lears â&îc&j s?5: p£>sr jss 'Sa bonue bouche, on leur dit qu'il vaut miecx çt. 'iît Pi'tcfJ ^oriM chi^i de Fronrt qu'étranglét de la çhie^me d'Eppr-^^t.,. Ea pcial^ ii*jr eut ni orficiers, ni cavaliers, du moins for: ps-s de» oT&an^qi nVmporta'-s'ïnl unecliarçe de blé et autre» grafiis. tc-=s £>nrîe3«âfr> taux, avï-c tout Iç vin 'ju'ilî n'avaierît pu loire, de scrir qo'« îKzi vil e il n*y avait point en tout 50 pots de vin en dirers c^iés: qa^cNi qui en avaient b^.'soio par extrt'.-me ntrc«.-s<>i^ê étaieni cco:ra:r.ts c> choier 25 on 30 tous le pot au lieu de 6 ou 7 qu'il « a^aii boi: joa au]«aravant. Étant à noter que toutes ces pcries et rajoes oe pema être ebtiuiC'C'S oioin« que de 150,000 livres, outre les déplaisirs reçus, et que 1<'B troupps emportaient les blés et autres grains à Crécj et aura lieux voisins, où il» les vendaient, et non contents de ce, faisaient T^ nir des troupes qui étaient logées à Voyenne, Toully, etc., auxq ce/les ils donnaient, vendaient et distribuaient les gr:iias, de sorte que, deb niénioirc des vivnnts, il ne s*(-s( vu on ladite ville une plus grande désolution qui a caiihé de grandes indispositions et maladies aux habitants, desquels bon nombre des plus aisés sont morts. »

Vervins ayant été pris le 27 janvier, on loge celle ar-

i, O» faits sont malheiirenscment dans les mœurs du temps. LeîTb' gisfn-s (los(':crous de la Conciergerie et du grand Châtelet (Archives de la |in':rc(;ture de police) mentionnent de nombreux condamnés pour C6 g»iiir(i d'icifamie. On connaît aussi raccusation que La Porte fait peser sur Mazarin à l'égard de Louis XIV; rien, il est vrai, ne prouve rexactitude du nîproclie... Madame, mère du régent, dans sa correspondance, dit il mAiiM! chose de Coudé. 5 juin 1716 : « A l'arii.ée, le grand Condé s'habitua à de jeunes cavaliers, et quand il rcviut il ne pouvait plus souffrir les dames... » Une chanson du temps, en latin macaronique, contieDdrait une sorte d*aveu : mais doit-elle être regardée comme authentique! Le duc d'Enghien descendant le Rhône, en 1043, avec le marquis deU Moussaye, fut surpris par un violent orage et fît, dit-on, ce couplet:

Carns amicns, Massœns

Ahl Deus bone, quod tr.npai

Laniiurirctte

Inibro siiinas peritori

LanderirU

La Moussaye riposte ainsi :

Sccarœ sant nostrœ vite, Sumus enim Sodomits Igné taotum penlori Landeriri*

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