‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 239 sur 316 · DE LÀ PICARDIE · texte numérisé non relu

DE LÀ PICARDIE

mée dans tout le département de l'Aisne, où les ravages que nous venons de lire à Marie, s'exercent avec autant d'impunit^; pendant ce temps, le cardinal est à Laon, c'est-à-dire à quelques lieues du théâtre de toutes ces horreurs, se préparant à rentrer dans Paris comme le libérateur de la Picardie et de la Champagne!

A un autre moment, vers le mois d'octobre, c'est l'armée de Turenne qui se répand dans toutes ces contrées, et f empêche les labours et couvrances des blés qui, jusqu'alors, n'avaient encore pu être semés à cause des courses journalières et pillages ordinaires des armées; » pendant ce temps, Condé demeure dans Rocroy* avec forte garnison d'infanterie et de cavalerie, « qui fait des courses journalières dans ce pays, envoie des ordres et mandements aux villes et villages afin de lui contribuer. »

Nous avons rencontré aux Archives des papiers qui , à nos yeux, attachent une éternelle honte au nom de Condé. Ce sont des circulaires imprimées, toutes prêtes pour la désolation de la France, qui constituent, organisent sur une grande échelle le brigandage et la désolation : on conçoit à peu près que la guerre nourrisse la guerre; on excuse la maraude du troupier affamé; mais un prince du sang qui envoie aux villes un ordre imprimé de contribuer de leur argent pour soutenir sa révolte contre son pays; qui date cet écrit de Rocroy, le premier théâtre de sa gloire, témoin maintenant de son opprobre, en osant faire pré-

1. A Rocroy, Condé tranchait du petit souverain; par un décret du 18 novembre 1653 il y établit ries greniers à sel, à Ja vente et dislribution duquel il ne sera pris qu'un petit dioit que nous voulons ôUe Icvi pour le iiien de nos ailaires par-dessus le juslu prix de l'ach.'it, et onlon- Daiice de poursuivre les faux-saunit^rs et tous ceux qui feront amas de sel. iN'cst-ce pas curlouv de voir ce Faux-saunior en ^t/muI condamner des malheureux, qui no fout la coulpjbaudc <['ie ^jo-r \ivic ou éciiapp»r à bu droit Irtis-oûéreux! Arcli. imp.^ lui^ 1071.

4eft CIRCULAIRE DE GONDfi.

céder cette sommation de tous ses titres et dignités, qsl l'obligenl à la défense et non à la ruine du pays, commet à nos yeux autant de chefs de condamnation, que le génie du grand capitaine ne peut faire oublier, et dont toute réloquence d*un Bossuet ne saurait jamais l'absoudre.

Voici la première de ces pièces : les mots entre paren* thèses sont écrits à la main dans le billet original; les autres sont imprimés '•

m Le prince de Condé , premier prince da sang, premier pair et grand maître de France, dnc d*Anguien, Chasteauroux, Mootmonocj, Albert et Fronsac, gouverneur et lieutenant gt^néral pour le roi ea 8ei provinces de Guyenne et Bcrry, généralissime des armées de Sa M:^eité.

« n est ordonné aux habitants (de Pargny) de députer quelqo'oB d*entre eux qui nous vienne trouver, incontinent )e présent ordre leoea, avec pouvoir de traiter pour leur communauté à peine d'ôtre coum Fait (à Rocroy le 14*] Jour de (novembre) mil six cent -cinquante (trois).

« Louis m Bocmoh.

€ Par Monseigneur, a Caillet. »

Cette circulaire ne devait pas être une simple menace; Condé en usait largement : dans une lettre de Fabcrt dn 9 novembre 1653, nous apprenons que le prince a déjà exigé contribution de cent soixante villages dépendant de Cliarleville et de Méziéres, et de soixante-six du c6\i de Sedan et Mouzon ; et cela en un mois et quelques jours: on voit qu'il ne perdait pas son temps et qu'il savait battre monnaie. Les villes qui ne voulaient pas contribuer étaient mises sous une sorte d'interdit; toute communication avec elles devait être rompue sous les peines les plus graves.

« Les habitants de ChAlons se voyant chaque Jour courus par l6sga^ nisons de baiote-Meaehould, Stenay et vUles voisines « et qae tOUftlpi

* F« 181, KR, 107S. Arch. tmp.

Page 1