SEMBLE PERDUE
jaés^ malgré la promesse faite par la reine pendant la
Fronde.
Peu s'en fallut que, comme Henri IV, le roi n'eût à re-
€X)nquérir ou à racheter son royaume, ville à ville, des
onains de la noblesse, qui Toccupait par droit de concession ou par force. Lorsqu'elle ne trahissait pas, elle abusait singulièrement de son autorité : c'est ce que prouvent les procédures des Grands Jours^ cette justice sommaire que Louis XIY dut faire promener presque par tout son royaume, dans les premières années qui suivirent le rétablissement de la paix, pour réprimer les violences, faire cesser les extorsions, imprimer le respect des lois dont le peuple et la noblesse surtout semblaient avoir perdu l'habitude. Fléchier nous fait connaître les mœurs de tous ces brigandeaux dont les plus doux et les plus honnêtes auraient été de nos jours condamnés, pour le moins, aux travaux forcés à perpétuité*. Ceux de Normandie»
1. Voir les Grands Jours d'Auvergne, de Fléchier, édit. de M. Chérael; les Histoires de France, de M. H. Martin, t. IV, p. 592, § II, Justice et Police; de M. Miclielet, chap. v, les Grands Jours; chap. ix, Débâcle des mœurs, et une belle étude sur le livre de Fléchier, par M. Taine, Essais de critique et d'histoire. Il faudrait un volume pour faire connaître les désordres moraux de cette époque, à laquelle Tailemantdes Réaux et Bussy-Rabutin ont emprunté les détails de leurta« bleau, un peu exagéré peut-être. Ajoutons quelques traits fournis par nos documents manuscrits : la justice, dit la correspondance Séguier^ est partout impossible, aussi bien dans les provinces du centre que sur les frontières, à Ribemont et à Marie, etc. « 6 mai 1649. Je démentirais ma profession si je taisais à Votre Grandeur, comme chef de la justice en France, qu'il ne s'en rend plus à Bordeaux ni aux pays voisins, ni 8*y en peut rendre à l'avenir. — 2 août 1650. Montpellier. Il se fait ici beaucoup de crimes sans aucun cbatimeut, la juiàtice y étant fort faible; pour moi, je n'ose qu'avec peine me môlcr d'aucune affaire pour ne pas me commettre inutilement avec les juges de la province; les peuples y sont dans le dernier désespoir. » Les registres d'écrou de la Conciergerie (1647-00) et celui duChâlclct (1C51), qui se trouvent aux Archives de la préfecture do police, font frémir; ce sont les crimes^ les plus monstrueux attentats contre les personnes