PRÉFACE
Après les grands travaux sur l'ensemble de notre histoire entrepris et exécutés, à la gloire de notre époque, par les Sismondi, les Guizot, les Michelet, les Henri Martin, nous croyons, sans cependant songer à blftmer les œuvres de longue haleine, qu'il est surtout utile de se livrer à des travaux partiels. Que d'époques ont encore besoin d'être reprises à part et creusées plus profondément I combien d'épisodes, sous un travail persévérant, éclaireront d'un jour nouveau nos vieilles et encore bien obscures annales I Un nombre considérable de monographies, de plaquettes même, fortes d'une érudition poussée jusqu'aux plus petits détails, complètes dans leurs limites circonscrites, peut seul maintenant préparer le grand monument national réservé au futur historien qui viendra résumer les travaux du xix"" siècle, le siècle de l'histoire. L'accueil que tous ces maîtres ^ ont bien voulu faire à notre Uvre ;
1, Voir, pour MM. Michelet et Henri Martin, la préface de notre première édition. M. Guizot faisait partie de la Commission de rAcadémie des Sciences morales et politiques qui nous a accordé «ne mention Ms'éonorabie.
rhonneur que lui a accordé Thistorien M. Duruy, en lui donnant, comme ministre de l'instruction publique, une place dans les programmes de l'enseignement historique*, prouvent que la jeune génération portera fructueusement ses efforts vers ces études de détail. La France n'est pas tout entière dans Paris, comme on l'a dit souvent ; l'historien doit donc suivre dans la province le contre-coup des événements de la capitale, ou rechercher si quelquefois le mécontentement du pays n'a pas déterminé l'explosion de Paris. C'est à cette condition qu'on pourra intéresser les déparlements aux recherches de l'érudition parisienne, et qu'un échange de documents, d'informations s'établira, au grand profit de la vérité et de la science historiques, entre tous les travailleurs ; c'est à cette condition qu'on arrivera un jour à faire enfin une histoire de France vraie et qui répondra à son titre.
Depuis notre article de la Revue de -Pam(1856), Un chapitre inédit de l'histoire de la Fronde, qui fut l'idée-mère de ce livre, de curieuses et savantes publications, toutes venues de province, ont confirmé ou développé notre récit. Outre celles que nous avons déjà indiquées dans la première et la deuxième édition, nous mentionnerons le Journal de Jousselin, curé de Sainte- Croix d'Angers (1621-1652), analysé par M. Port, archiviste d'Angers et correspondant du Comité des
1. Le Qo 11 du programme d'histoire de France pour renseignement secondaire spécial (juin 1866), est le titre même de notre livre ; La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul,
travaux historiques; Ducrest de Villeneuve, La Frotide en Bretcigne; Bouchard, Les guerres de religion et les troubles de la Fronde en Bouî^bonnais , et les réponses à cette brochure, par M. L. Audiat: La réforme et la Fronde en Bourbonnais ; La Fronde en Sainionge, du môme écrivain ; la Ville d'Agen d'après les registres consulaires, par M, Ad. Magen. L'auteur, commençant à la peste de 1628, s'est arrêté à la Fronde, qu'il doit publier prochainement; de tristes et authentiques détails nous font connaître l'état de ce pays au moment de la guerre civile. M. le docteur Thiberge, membre du Conseil général de la Haute*Marne, et un des hommes les plus instruits de la Champagne, a mis à notre disposition, avec une complaisance sans réserve, un très-important et très-considérable manuscrit de Macheretj curé de Langres (1628-16S8), qui rappelle les récits odieux du notaire Lehaut, de Marie, sur la lubricité et la violence des soldats de la Fronde ; seulement l'honnête curé, par pudeur, n'a osé les relater pour cette partie qu'en latin*. (Voir page 191.)
Nommons encore : Saint Vincetit de Paul et le dio' cèse de Soissons et de Laon, — Dix années de souffrance (1650-1660), par M. de Laprairie, président de la Société archéologique et historique de Soissons {Bulle^
1. Nous sonhaitODS TiTement la publication du manu&crit de ce curé, toujours très- exact pour sa proyince, et souvent très-bien informé pour les autres f t pour Paris, par suite des nombreuses corr» spondancesqu n entretenait; quelques f- arment», trop courts, ont déjà été douués daf s une revue : ia Haute^Mame^ 1856.
tin^ t. xiv); mémoire qui fait pendant de l'important travail de M. Ed. Fleury sur le Diocèse de Laon. A propos de ces publications, M. Rathery, du Comité des travaux historiques au ministère de l'instruction publique, dans la Revue des Sociétés savantes^ el M. Victor Foucher, vice-président de ce Comité, dans son discours à la distribution solennelle des prix aux Sociétés savantes, ont fait remarquer que notre livre avait été en province l'occasion d'un mouvement historique sur la Fronde {Moniteur du 14 avril 1863). Nous avons nous-mème, sans compter quelques nouvelles statistiques extraites des registres de l'état civil à la Rochelle, à Tonnay-Charente, à Niort, à Saintes, à Angoulême, à Étampes, etc., trouvé dans les archives de cette dernière localité un matnuscrît longtemps conservé par l'illustre famille Geoffroy Saint- Hilaire et donné enfin à la ville par un magistrat de cette maison, M. Geoffroy-Château. Ce manuscrit nous a fourni de nouveaux renseignements sur la ville d'Étampes après le siège de 1652; enfin M. Husson, membre de l'Institut et directeur général de l'assistance publique, nous a permis, avec une complaisance qu'on désirerait trouver chez tous les chefs d'administration publique, d'étudier les registres des délibérations des hôpitaux de Paris, et en particulier ceux de rnôtel-Dieu, pendant la Fronde. On trouvera donc souvent des chiffres à côté des faits; nous demandons au lecteur de vouloir bien les étudier, d'avoir la patience de lire ce qu'ont pu endurer ses pères. Pline
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]e Jeune l'a dit : la patience du juge est une grande partie de la justice. A notre époque positive, il faut que l'historien se fiasse économiste ; il doit prouver que la transformation de la Société, en 4789, loin d'avoir ruiné la nation, l'a sauvée d'une décadence complète, et l'a mise en voie de s'améliorer et de s'enrichir. Comme le disait M. Michel Chevalier dans un discours au Conseil général de l'Hérault : « Les principes de 1789 ont fait la conquête de l'Europe ; les rois leur demandent la sécurité^ de même que les peuples en attendent la sécurité et le bien-être ^ »
Pour cette nouvelle édition, nous avons puisé avidement à toutes les sources indiquées, et rien n'est venu
1. Nous avoDs appris qoe M. Escbassériaux, débuté et savant saintongeois, doit publier dq manuscrit He >amuel Rubert^ 1 eu'enaot pdrticvlier de l'é-ection de Santés en 1650, et une Currespo dance du même fonctionnaire, « remplis de précieux renseignements sur Thisti ire de cette province | eodant la Fronde. » Ce que nous lisoua liai.s a Noti-.e de M. de la Morinie, qui a classé les anciennes archives de Sa-nte^^, ne fait qu'ajouter au désir que nous éprouve is^ comme M. de U Moriuie de voir parai're ces documents. • Pendant son séjour dans la capitale, Samuel Robert entretient ^es amis de Sa ntonge de tous les L'ults de la coar et de la ville, et ses remarques ncu> initie .t à de cu^ieu^es lévé* lations sur ces temps de troubles. Revenu au pays, il continue de tenir au courant le brouillon de sa correspondance, qui devient ne plu-f en plus abondante en détails. Il écrit tont ce qu'il voit, tout ce qu'il entend; il suit à la piste les marches et les coiitre-marche^ d^s années du roi et de la Frûnde. 11 a l'œil ouvert sur les pré;jaratifs ilu c> mte du Daugnon, et tont ce qu'il rapporte peint à merveille le caractère à double face de ce personnage. 11 noos montre en rcène le prioce de Cotidé, le comte d'Harcourt, le duc de Tarente, La Rochefoucauld, Saint-Simon, Richelieu, Bellière, du Vigean, Matha, Jonzac et Balthazar. Les évcnement? se pressent sous sa plume; il nous fait assister aux dn.x capitulations de Sainte^, à l'arrivée des E.-pagnols, à l'horrible saccageaient de Pons,' à la destructinn de )loïze, au siège de Cognac, de Saint Jeand'Aigély, de TunnayCharente, de Brouage tt d'autres lieux de la pro- Tînce, au combat de Montanceys en Périgord, elc. *
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affaiblir Timpression douloureuse que notre précédente étude nous avait fait éprouver * ; loin de là, ces documents ont quelquefois dépassé notre première affirmation au sujet du paupérisme, déjà ancien dans la France, affirmation que des critiques, dont nous tenons en profonde estime le savoir, ont combattu, à tort, nous le croyons. Aujourd'hui c'est avec une plus profonde conviction que nous répétons les paroles, tout à Thonneur de notre temps, d'un des grands historiens de notre époque, Macaulay, paroles dictées par une haute raison et une connaissance profonde de ces études : « Plus on examine avec attention l'histoire du passé, plus on voit combien se trompent ceux qui s'imaginent que notre époque a enfanté de nouvelles misères socia^.es. La vérité est que ces misères sont anciennes ; ce qui est nouveau, c'est l'intelligence qui les découvre et l'humanité qui les soulage. »
Juin 1868.
1. Outre des changements assez importants dans l'ensemble du livrê^ cette édition contient, comme parties tout à fait nouvelles, la conclusion de la page 520 à 541 et la moitié des notes qui composent l'appendice.
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ET SAIXT-YINCEM DE PlUL