CHAPITRE P&EIOEI
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i - L'ART, EXPRESSIOir
d'un demî-siècle môme, Tépoque d'une œuvre d'art, et rœuvre est différente. Il faut distinguer dans tout produit de Tesprit humain deux caractères essentiels, le type d'universalité, qui seul marque le travail de Tliomme au coin de Timmortalilé et le fait vivre à travers siècles et pays; mais ce cachet imprimerait aux œuvres du génie une sorte de monotonie, leur enlèverait toute originalilé, et par conséquent n'aurait permis que la production d'un chef-d'œuvre unique en chaque genre, si on ne devait trouver en môme temps un reflet de l'époque et du lieu où vécut l'auteur. Cette seconde qualité, en assurant au livre, au. tableau, un caractère de beauté particulier, lui gagne avant tout les sympathies des contemporains qui le comprennent mieux, et produit autour du nom de l'auteur un concert de louanges et d'éloges qui, quelquefois môme, trompe la postérité sur le mérite réel et intrinsèque de l'écrivain ou de l'artiste.
Il existe donc entre un peuple, ses artistes et ses littérateurs une influence réelle qu'ils subissent à leur insu et qui les fait réagir les uns sur les autres. Les nombreux exemples à l'appui de cette thèse peuvent ôtre empruntés à tous les pays. Qui mieux que Michel-Ange, avec son génie titanesque, représente les grandeurs de la Renaissance? Dans Moïse, le Jugement dernier et la coupole de Saint-Pierre, ne sent-on pas revivre le grandiose, la fermeté, l'austériié de cette époque, tandis que Raphaël, par ses madones si pures, exprime le sentiment religieux, la grâce et l'élégance de son siècle? Venise aussi eut sa peinture et son architecture en propre, et retrouva son cachet semi-oriental dans la couleur chaude et dorée du Titien et surtout dans son palais ducal de Saint-Marc. L'Espagne, pays monacal et roya-