CHAPITRE XI IL
Lc8 soldats sous la Fronde.
Notre livre est rempli des désordres causés par les soldats; nous n'emprunterons doncque quelques lignes au manuscrit du curé Macheret (de Langres), qui nous fait connaître en détail la situation du département de la Haute Marne et lieux circon voisins (Champagne, Bourgogne et Lorraine). Nous avons déjà cité le pa.-sage où il confirme en latin la conduite atroce de toutes ces bandes, « pillant, volant, brûlant, ravageant tout à tort etàtrayers, » violant les femmes et les filles, et non contents de cette exécrable conduite, les faisant sauter avec de la poudre à canon. « Ils ont tellement fatigué le pays plat, dit Macheret, en mars 1651, qu'il semble que chacun ne se puisse reconnaître dedans la grandeur de sa perte et evcès de sa désolation... » L'année suivante, en mai et juin, « la pauvreté est si grande que le pays afTamé mange jusqu'aux charognes des chevaux, et môme, à M ussy-l' Évoque, il y avait un gros cheval de carosse appartenant à monsei-
1 . Dagier, Histoire de VHÔpital général et de V Hôtel-Dieu de iMon. 2 vol. 1830.
gneur révoque de Langres, qui, tout en fredn, ou pour mieux dire chargé de mauvaises humeurs^ rendait une telle puanteur qu*on ne le pouvait souffrir ni sentir; il fut conduit hors de. la ville pour être écorché; lequel ne fut pas plus tût dévêtu que le peuple y arrivait avec telle avidité que plusieurs furent blessés aux mains des couteaux des autres, en rompant la chair du cheval, laquelle fut entièrement enlevée en moins d'une heure. » Pareil fait proche la porte du moulin à vent de Langres : « Il s'est trouvé deux hommes morts de faim proche la porte de l'hApital des Sept- Sols; et même leurs pauvres corps ont été pour servir de proie aux loups. Une pauvre mère portant et allaitant son enfant a été trouvée morte en une prairie, ayant encore ]a# bouche pleine d*berbes et en mangeant comme une bête, et son petit enfant encore vivant entre ses bras. » Macherct attribue particulièrement cette extrême misère à la conduite des soldats. Son témoignage est trop d'accord avec les faits et ropinioQ de tous les contemporains pour qu'on puis-^e le mcttie en doute. La Fontaine, par un mot dans la fable du Bûcheron et la Mort, i^&Tue en 1608. nous retrace vivrment rimpression des paysan^:, comme l'a si finement remarqué un consciencieux et habile critique, M. J. Levallois ' : u Vous vous souvenez de ce pauvre bûcheron , tout covvcrt de ramée^ qui, à bout de forces, dans un acte de désespoir appelle la mort à son aide. Le fabuliste nous fait assister à la délibération intérieure qui amène chez ce paysan ce cri de détresse, à son monologue d'Hamlet; il cite avec soin les principaux motifs de sa détermination : •
Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts,
Le créancier et la corvée Lui font d'un malheureux la peinture achevée.
Les soldats! avec nos belles et nobles armées d'aujourd'hui ; avec notre admirable discipline militaire; avec le sentiment d'honneur exquis et rigide qui, dans tous les camps, à tous les grades, circule et va échauffer, inspirer les âmes, nous ne saurions admettre que l'on prenne en mauvaise part un nom qui de lui-même déjà est un titre. 11 n'en était pas ainsi
|. Critique militante : Ujie enquête sur la Fronde^ p.î49. 1 voL iii-12. Didier.
5)8 APPENiriCE.
ayant Louvois^, Catinat et Vanban. On aimait Bûetix se (mt que de subir les tortures infligées parles soldats; iln'yanii contre eux d autre ressource que la fuite ou le siûd4t.i